Review : Rammstein – Rammstein

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Dix ans. Voilà dix ans que Rammstein n’avait plus gratifié le monde d’un nouvel album. Une éternité pour les innombrables fans du groupe allemand. Longtemps annoncé et plusieurs fois teasé, tel l’ultime saison de Game of Thrones, qu’en est-il finalement de ce nouvel (et peut-être dernier) opus ? L’offrande est-elle à la hauteur de l’attente et de l’engouement suscité ? Pozzo Live se prête au périlleux exercice de l’analyse !

Pionnier de la Neue Deutsche Härte (NDH), représentant majeur du métal industriel et fer de lance de l’industrie musicale allemande dans le monde, Rammstein occupe depuis toujours une place à part au sein de la planète musicale (et dans mon petit coeur). A commencer par ses origines et son histoire, déjà : l’un des plus dramatiques accidents aériens de l’histoire, et une bande de jeunes berlinois de l’Est issus de « l’autre côté du Mur ». Pas celui protégeant Westeros, mais celui de Berlin, symbole d’une Guerre Froide qui a beaucoup marqué les membres de Rammstein, et donc leur musique. Ce dernier opus n’échappe d’ailleurs pas à la règle, en abordant régulièrement l’Allemagne, son histoire, et son influence sur le groupe.

 

Le premier morceau en est le parfait exemple, puisque le titre Deutschland fait figure de récit historique, explorant les périodes majeures du pays depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, qu’elles soient sombres ou éclatantes, honteuses ou glorieuses. Une superbe vidéo, d’ailleurs plus film que clip musical tant la qualité est au rendez-vous, avait été sortie fin mars en guise de teaser. Les membres du groupes y revisitent ainsi tour à tour la conquête de la Germanie, les guerres du Saint-Empire Romain Germanique, la grande Peste Noire de 1350, le IIIème Reich, la RDA ou la Bande à Baader. Ce clip avait alors rapidement atteint des millions de vues et marqué presque unanimement le retour fracassant de Rammstein sur le devant de la scène. Epique !

Musicalement, on retrouve les éléments qui ont fait le succès du groupe : des riffs lourds et martiaux, la voix grave et profonde de Till Lindemann, une pointe d’électro et un soupçon de provoc, le tout servi par un superbe esthétique. Et le résultat est détonnant, magnifique pour les yeux comme pour les oreilles. De quoi nous laisser augurer alors le meilleur pour la suite.

 

Un second teaser avait suivi un mois plus tard, présentant cette fois-ci Radio. Hélas, trois fois hélas, le résultat ne fut pas à la hauteur de Deutschland. Si les paroles – rappelant la vie de l’autre côté du « rideau de fer » et la censure qui y était pratiquée – sont fortes et touchantes, le son très (trop) électro se marie difficilement avec les riffs plus métal. Le clavier et les beats électro prennent souvent le dessus sur le reste, tandis que la voix si particulière de Till, qui avait aussi fait le succès du groupe, n’est pas suffisamment exploitée. Au final, « l’électro-métal » qui en résulte ne semble pas vraiment fonctionner.

Bon, « 1-1, balle au centre » ! Voilà ce que l’on se disait alors après l’écoute de ces deux premiers morceaux. Hélas, la suite n’allait pas vraiment nous faire redécoller. Au contraire.

 

A peine sorti, l’album Rammstein semble diviser comme rarement avant lui, et la déception est d’autant plus grande qu’elle intervient après une très longue attente.

Comme d’autres avant lui, Rammstein fait le pari de l’évolution en se tournant vers de nouveaux horizons, à l’image de ce qu’avait fait – dans un style différent – les américains de Linkin Park à partir de l’album Minutes To Midnight, délaissant alors un nu metal unanimement reconnu pour un rock progressif puis une pop beaucoup plus décriés. Ce dernier opus mêle donc des titres divers. Très divers. Peut-être trop divers.

Certains sont typiques du genre NDH ou plus largement du métal industriel, tels Tattoo ou Zeig Dich, et s’inscrivent dans la droite ligne de ce à quoi nous avait habitué Rammstein depuis tant d’années. Les riff simples et efficaces donnent d’entrée l’envie de secouer la tête et marcher en cadence. Une certaine facilité, certes, mais plutôt payante. On reste ainsi sur du « bon gros » Rammstein comme on l’aime.

En revanche, d’autres chansons sont beaucoup plus déstabilisantes, comme Ausländer et son intro très « night club », ou Puppe et son ambiance film d’horreur dans lequel Till hurle littéralement d’une manière plutôt inquiétante, voir oppressante, diront certains. De ce côté là, le pari semble beaucoup plus risqué, et au final assez décevant malgré de bonnes surprises, qui nécessitent parfois plus réécoutes pour s’y faire…et même s’y plaire !

Derrière, Diamant se présente comme la balade de l’album, et malgré la présence agréable du violon, ne réussi pas à atteindre l’émotion d’un Frühling In Paris ou d’un Ohne Dich – surtout en…2’30 – tandis que Sex rappelle Pussy mais avec moins de verve et de punch. Dommage pour une chanson qui parle de sexe !

Globalement, un majorité de l’album s’avère finalement assez quelconque, tels un Was Ich Liebe clairement pas transcendant, tandis que le très électro (encore !) Weit Weg rappelle plus l’ambiance du film Tron – et sa BO signée Daft Punk – que le métal industriel martial auquel nous avait habitué Rammstein. Un vrai changement de cap !

L’album se conclu très (trop) en douceur avec Halloman, qui donne surtout l’impression d’adresser un inquiétant adieu aux fans, tel un générique de fin de film.

 

Vous l’aurez compris, chez Pozzo Live comme dans la communauté Rammstein, l’accueil est très mitigé, et ce nouvel album divise profondément. Telle la dernière saison de Game of Thrones, l’interminable attente et l’immense impatience font place à une certaine déception, faute de (re)trouver ce à quoi l’on s’attendait de la part d’un groupe qu’on adore et qui nous passionne depuis si longtemps. Cependant, il faudra peut-être aussi voir ce que cela donnera en live, pour éventuellement réviser ce jugement. Pour cela, rendez-vous en Juin à la Paris La Défense Arena ! Reste néanmoins à saluer l’audace et la prise de risque. Loin de tomber à corps perdu dans la facilité du fan service comme d’autres l’ont fait ou continuent de le faire (coucou Iron Maïden !), Rammstein a fait la pari de se réinventer et d’explorer d’autres horizons, même si cela intervient peut-être trop tardivement dans leur carrière. Pari loin d’être gagnant, donc, même si pas totalement perdant non plus. Dommage, car ce qui sera peut-être son dernier album, on attendait autre chose de Rammstein.

Reste que 10 ans après, Rammstein est enfin de retour !

 

6/10

 

Review par Clément Tournier.

Album sorti le 17 mai, disponible à la vente ici et dans les points de ventes habituels.