[Interview] Entretien avec Eluveitie au Motocultor !

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Lors du Motocultor 2019, Eluveitie ont eu la gentillesse de nous recevoir dans leur loge pour une longue interview à propos d’Ategnatos et du groupe en général. Nous avons donc pu parler pendant près de 30 minutes avec Chrigel Glanzmann et Fabienne Erni, qui ont donc répondu à toutes nos questions malgré le bruit des cornemuses d’Excalibur qui répétaient juste derrière la fenêtre !

Pozzo Live : Vous allez jouer au Motocultor pour la quatrième fois dans quelques heures, avez-vous un rituel avant d’aller sur scène ?

Chrigel : Oui, on égorge un bébé chèvre.

Fabienne : J’espère pas ! Sinon je me casse du groupe ! Non, on se fait des « fist bumps ».

Chrigel : A part ça, évidemment tout le monde s’échauffe, et c’est différent pour tout le monde. Genre toi (Fabienne, ndlr) tu t’échauffes les cordes vocales genre 15 minutes ou une demi heure avant le concert, et Alan commence à s’échauffer en gros en sortant du lit ! Donc il s’échauffe toute la journée.

Fabienne : Constamment !

Chrigel : Donc c’est différent pour tout le monde.

Fabienne : (à Chrigel, ndlr) Tu t’échauffes, toi ?

Chrigel : De temps en temps, pas tout le temps.

PL : Vu que vous êtes neuf sur scène, refusez-vous parfois des concerts à cause de la taille de la scène ou pour d’autres raisons techniques ?

Chrigel : Oui et non. Je veux dire qu’on ne l’a pas fait pour le moment. Comme tous les groupes on a un rider, une liste de choses dont on a besoin pour faire un show, et ces prérequis doivent être remplis sinon on ne peut tout simplement pas jouer. Mais sinon, jusque là on a accepté toutes les offres qu’on a eues, mais à partir de l’année prochaine on va commencer à augmenter un peu la barre. Donc pendant ce cycle de tournée d’Ategnatos, on a beaucoup travaillé notre show et sa production pour le rendre plus cool, et meilleur. Et je pense qu’on a réussi, en tout cas j’espère. Mais ça veut aussi dire qu’il y aura des prérequis plus élevés pour les salles et pour l’année prochaine nous aurons des prérequis différents qui seront d’une certaine manière plus élevés. On ne pourra pas faire de compromis. On veut que les gens voient cette production. Ils ont payé les tickets et méritent un certain standard en terme de production live. Donc on a besoin d’un certain standard pour la mettre sur scène. Donc à partir de l’année prochaine, oui on va faire ça.

PL : Quelle a été la réaction des fans à Ategnatos ? L’ont-ils apprécié ?

Fabienne : Ouais ! Je pense que leur réaction a été très bonne !

Chrigel : Oui, très très bonne à vrai dire ! C’était génial ! Je me souviens les premières semaines, quand on était en tournée et qu’on a commencé à jouer de nouveaux morceaux, surtout la chanson Deathwalker à vrai dire…

Fabienne : Ah oui !

Chrigel : Je n’aurais jamais attendu ça, mais apparemment tout le monde connaissait déjà cette chanson. Et dès que Michalina (Malisz, la joueuse de vielle à roue du groupe, ndlr) commençait le morceau…

Fabienne : Ils devenaient fous ! Et cette intro est si épique, avec elle seulement…

Chrigel : Ouais ! La réaction était géniale ! On est très heureux et reconnaissants pour ça !

PL : Vous dites souvent qu’Ategnatos est très personnel pour vous, y a-t-il une chanson en particulier qui résonne avec votre vie ?

Chrigel : Pour moi personnellement c’est totalement Rebirth, elle est très personnelle pour moi.

Fabienne : J’aime bien Breathe, c’est ma préférée (rires) !

PL : Le thème de l’album est la renaissance. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Chrigel : Pourquoi ? Je ne sais pas (rires) ! C’était en 2018, quand on parlait beaucoup de l’album et de nos idées. Et avant ça, je vivais beaucoup de choses en rapport avec la mythologie celtique originale, et je ne sais pas exactement pourquoi, mais ce sujet est venu un peu tout seul. On pensait au contenu d’un nouvel album et cette idée est un peu sortie de nulle part. Pour nous c’était même pas la renaissance au départ, la première idée qu’on voulait y incorporer était qu’on voulait vraiment être en rapport avec cette mythologie celtique originale. Les vieilles écritures qui avaient parfois 2000, 3000 voire 4000 ans. Et pas juste écrire des chansons à propos de ces écritures, mais vraiment les traduire, non pas linguistiquement, mais transmettre le message au monde moderne aujourd’hui. Parce qu’on pense que ces mots antiques écrits il y a 3000 ans, ils n’ont rien perdu de leur signifiance et de leur vérité. C’était la première idée, de prendre ces messages anciens et les transporter dans le monde moderne. Et pendant qu’on faisait ça, au bout d’un moment on a juste remarqué que dans chacun de ces textes, il y avait toujours ces vérités centrales qui tournaient autour de la renaissance. Et ce n’est jamais dans un sens religieux, pas genre la réincarnation, mais toujours d’une manière métaphorique. C’est toujours des métaphores de choses que l’on vit, où l’on a la chance de mourir et de renaître en quelques sortes. Et c’est aussi une chose intéressante que j’ai remarqué, car dans la mythologie celtique, ce n’est pas juste mourir et renaître. Le plus important c’est que dans chaque histoire on a toujours le choix. Tu as le choix de si tu veux mourir, si tu es sur une falaise, c’est ta décision si tu veux sauter. C’est une vérité centrale à tous ces anciens mots, et c’est à partir de cette idée que tout s’est construit.

PL : Dans Angus (une interlude dans l’album, ndlr), vous dites que ça fait partie de la vie, d’ailleurs.

Chrigel : On ne le dit pas, les druides l’ont dit ! (rires)

PL : Pensez-vous que c’est un sujet particulièrement d’actualité vu que les gens de la communauté LGBT+ (Lesbiennes, Gays, Bi, Trans et non binaires, ndlr) vivent en quelques sortes une renaissance en faisait leur coming out ?

Chrigel : Je ne pense pas que ce soit connecté à quelque chose de spécifique. Peut-être que c’est un sujet de notre décennie, et dont on parlera peut-être beaucoup pendant le prochain siècle, mais dans 30 ans on parlera peut-être d’autre chose. Au final tous ces aspects et tous ces challenges que les humains doivent affronter, les choses changent mais la vérité centrale reste la même, peu importe le sujet. Donc je pense que c’est important aujourd’hui mais pas seulement aujourd’hui. Certaines de ces histoires ont été écrites il y a 3000 ans et on ne sait pas pourquoi elles ont été écrites, mais apparemment c’était important pour les gens d’entendre ce message à l’époque. Donc évidemment c’était important à l’époque, ça l’est toujours aujourd’hui, et ça le sera toujours dans 1000 ans !

PL : Vous avez un son plus sombre sur Ategnatos, vouliez-vous évacuer des moments sombres que vous avez vécu récemment ?

Chrigel : Ouais, Fabi (surnom de Fabienne, ndlr) m’embêtait tout le temps pendant l’écriture donc j’étais très en colère ! (rires)

Fabienne (imitant Chrigel) : Rhaaaa je dois écrire Worship ! (rires)

Chrigel : Je ne peux parler que pour moi, mais pour moi quand j’écris de la musique, je n’y pense pas vraiment. Je ne choisis pas vraiment si je veux ne faire une chanson hard ou pop, ou quoi que ce soit. Pour moi la force principale derrière mon écriture a toujours été l’intuition. Je ne forme pas la chanson comme je le veux, mon intuition me dit où aller. Une chanson est un peu comme un être vivant, comme un enfant qui grandit. Tu peux l’influencer mais seulement dans une certaine mesure. Et deuxièmement, pour moi la chose la plus importante c’est les paroles. Pour nous dans le groupe c’est super important. On a pas juste des chansons au hasard auxquelles on rajoute des paroles. Nos chansons expriment musicalement ce que les paroles racontent. Par exemple la chanson Worship avec les paroles qu’elle a ça fait qu’elle devient super dark. C’est la même chose pour Ambiramus, elle a ce message rêveur, mystique mais beau. Et bien sûr c’est comme ça que va sonner le morceau.

PL : La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c’était au Brésil, à Belo Horizonte (où le groupe a annulé le reste de sa tournée brésilienne à cause d’un promoteur qui n’a apparemment pas voulu les payer, ndlr). La situation s’est-elle réglée ou est-elle toujours en cours ?

Chrigel : Non aux deux. La situation s’est arrêtée comme elle était. D’ailleurs c’était marrant, la police de Rio nous a contactés et ils sont venus au concert de Rio avec un avocat, et ils ont demandé notre coopération parce qu’ils nous ont dit qu’ils voulaient arrêter ce promoteur depuis quelques années et qu’ils n’avaient jamais réussi. Donc on était en mode « wow, OK, c’est bizarre ! » Et ils nous ont dit de leur dire tous les détails, qu’ils le recherchaient etc. Mais… (il s’énerve par rapport aux dizaines de cornemuses qui s’exercent devant la fenêtre, ndlr). Mais on leur a dit ce qui s’était passé, et ils voulaient qu’on remplisse des milliards de papiers et on avait juste pas le temps de tout faire. Et aussi, le promoteur a apparemment disparu et ne répondait plus. Et pour nous, on était contents d’avoir fait ce show à Rio et d’être rentrés. On a bien sûr perdu beaucoup d’argent mais pour nous ça ne servait à rien d’aller en justice et on était juste genre « fuck it ».

PL : Sur une note plus légère pourriez-vous nous apprendre quelques mots de gaulois ?

Chrigel : Oui ! (rires) Une chose qu’on dit toujours… (à Fabienne, ndlr) Oh à vrai dire je parle beaucoup, peut-être que je devrais te laisser la dire ?

Fabienne : Non, non, continue !

Chrigel : On sait pas pourquoi mais ces dernières semaines on arrête pas de répéter une chose, qui est « pradi cio » ? (je l’écris comme je l’entends, n’ayant pas fait gaulois LV1, ndlr)

Fabienne : Ariamibrita ! (idem, ndlr) (rires)

PL : Ce qui veut dire ?

Chrigel : Ce qui veut dire en gros « donc, préparez-vous ! » (rires)

PL : Que pensez-vous de la scène folk actuelle ? Pensez-vous qu’il y aurait des améliorations à apporter ?

Chrigel : Si j’écoute ça (il parle des cornemuses devant la loge, ndlr), je suis plutôt sûr qu’il pourrait y avoir des progrès ! (rires) Ca défonce le crâne !

Fabienne : C’est magnifique !

Chrigel : Non ça ne l’est pas ! (rires)

PL : Y a-t-il un groupe avec lequel vous aimeriez collaborer ?

Fabienne : Floor Jansen ! (rires)

Chrigel : A vrai dire en faisant l’album acoustique il y a quoi ? Deux ans ?

Fabienne : Ouais.

Chrigel : Il y a deux ans j’étais en contact avec Wardrunna pour une apparition en tant qu’invité. Et au final ça ne s’est pas fait parce qu’il avait plein de projets en même temps, donc on a pas eu le temps. Mais ça aurait été cool. C’est quelque chose que j’aurais beaucoup aimé faire, je pense. (à Fabienne, ndlr) Tu fais quelque chose avec Heilung, non ?

Fabienne : Oui on fait un truc avec peut-être quelqu’un de Heilung. Donc ouais, c’est cool de collaborer ensemble. C’est toujours sympa !

PL : Qu’écoutez-vous ces derniers temps ?

Fabienne : J’ai une phase où j’écoute beaucoup de musiques de films, sur Youtube avec des vidéos d’une heure. Ça me calme en quelques sortes en ce moment. Et toi Chrigel ? T’écoutes pas beaucoup de musique !

Chrigel : J’écoute le « sound of silence », mon album préféré c’est le CD Rom. (rires) Non mais cet aprem je bossais sur le tourbus, et j’ai écouté Left Hand Path d’Entombed en entier, et ça me fait me sentir bien. J’adore Entombed !

Fabienne : C’est la magie de la musique !

PL : Chrigel, vous avez fait une conférence à l’Université de Zurich il y a quelques temps, est-ce que ça pourrait arriver à nouveau ?

Chrigel : Je ne sais pas.

Fabienne : Tu es ouvert aux propositions, pas vrai ?

Chrigel : C’était il y a quelques années… Et je ne sais pas si tu (il s’adresse à Fabienne, ndlr) sais mais c’était quelques années avant qu’on se rencontre, et ils avaient cette semaine de conférences sur les guerres gauloises, et ils m’ont contacté pour faire ces conférences dans l’amphi de l’université et j’étais en mode « oh mon dieu oh mon dieu oh mon dieu » ! Et c’était un grand honneur, mais ça sonnait un peu bizarre parce que je ne suis pas professeur, qu’est-ce que je peux dire aux gens ? Mais ouais, s’ils le demandaient à nouveau, bien sûr !

PL : Alan Stivell joue en ce moment même…

Chrigel : Oui, et je ne peux pas aller l’écouter à cause de cette putain d’interview (rires) !

PL : Je crois qu’il va jouer Tri Martolo en dernier. Vous pensez qu’il pourrait y avoir une collaboration pour Inis Mona un jour ?

Chrigel : A vrai dire, il y a quelques années, on en a parlé ! C’est il y a déjà quelques années, on a joué au Hellfest puis on était en contact pour qu’il joue Inis Mona avec nous et ça ne s’est pas fait, je ne sais pas pourquoi. Mais pourquoi pas, ça serait un grand honneur de faire quelque chose avec lui, bien sûr !

PL : Avec Inis Mona, avez-vous un lien spécial avec la Bretagne ?

Chrigel : J’adore la Bretagne, mais c’est pas seulement à cause d’Inis Mona ! Y a aussi Luxtos, Celtos, des milliards de morceaux d’Eluveitie ! Mais notre concept musical est de faire du metal mais aussi de la musique folklorique traditionnelle, et la musique bretonne en fait partie. C’est à peu près tout, car même s’il y a beaucoup de morceaux bretons dans notre musique, il y en a beaucoup d’irlandais, de belges, de suisses… La tradition musicale des racines celtiques est partout !

PL : Enfin quel groupe ou artiste voudriez-vous qu’on interviewe ensuite ?

Fabienne : On est pas très bons en noms de groupes ! (rires) Euh, Floor Jansen, je suis une grande fan ! (rires)

 

On vous remercie de votre lecture. Un grand merci à Nuclear Blast et à L.O. Communication pour nous avoir permis cette interview !

Sur ce, on vous laisse avec l’excellent Ambiramus !

Eluveitie seront en tournée avec Lacuna Coil et Infected Rain cet hiver, ils passeront à Cenon le 26 novembre (Rocher de Palmer), à Ramonville le 29 novembre (Le Bikini), à Rennes le 30 novembre (L’Etage) et à Paris le 1er décembre (Elysée Montmartre).