[Interview] Jonathan Maurois nous livre les secrets d’Hypno5e

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Le 3 octobre dernier nous avons pu rencontrer Jonathan Maurois, guitariste du groupe de prog metal français Hypno5e, dans les sous-sols du Black Dog. Il nous parle donc dans cette interview du nouvel album, A Distant Dark Source, ainsi que de son univers et de la tournée à venir.

Pozzo Live : Salut Jonathan, ça va ?

Jonathan Maurois : Ouais, nickel ! Bonne journée !

PL : Du coup votre nouvel album, A Distant Dark Source sort le 22 novembre prochain, quelle est l’histoire de cet album ?

Jonathan : Manu compose un peu de son côté. Tout l’univers d’Hypno5e c’est son bébé, à Emmanuel Jessua, à la guitare et chant. Et on bosse tout le temps puis on se rejoint et tout ça, parce qu’il est de Paris et moi d’Orléans, et les autres à Bordeaux… Enfin on est tous éclatés sur la France. Moi je fais tous les enregistrements, et ensemble on enregistre en direct. Les prises ce sont les prises définitives qui ont été utilisées. Toute la composition est faite en même temps que l’enregistrement et du coup Manu a un grand pouvoir de composition à la guitare. Il sait vraiment où il va avec ses harmonies, et il maîtrise le truc beaucoup mieux que moi. Donc je participe plus moralement. Et à partir de ça on assemble et puis on avance la composition. Ça a tourné sur une session de trois fois deux semaines, à peu près. Tous les deux. Après le batteur vient apporter sa composition à la batterie qui est souvent programmée au départ pour que Manu fasse une pré-maquette de la batterie, puis ensuite on enregistre la batterie et le batteur vient apporter sa compo et sa complexité. Et Gredin (c’est Eric Pagès, le bassiste) vient aussi enregistrer à la maison une fois que les compos sont terminées. Donc il y a un gros travail qui se fait à deux au départ puis après c’est avec les autres pour la composition. Mais c’est tout l’univers, vraiment, de Manu, au départ.

PL : Justement, cet album est un concept-album qui se déroule autour du lac Tauca…

Jonathan : Oui, en fait c’est la partie que je maîtrise le moins puisque c’est tout ce qu’a pu imaginer Manu sur la narration de cet album, mais sinon c’est sur un lac qui a été asséché il y a plus de 15 000 ans. Et qui a formé plusieurs déserts en Bolivie comme le Salar d’Uyuni. Et Manu a tourné des films là-bas, le film qu’on avait tourné pour défendre l’ancien album avait été tourné là-bas. Et du coup pour cet album, il a imaginé quand il faisait ses repérages pour le film un personnage une nuit qui serait autour de ce désert où resurgirait la source d’origine avec les fantômes des gens qui auraient pu habiter les contours de ce lac en question. Et donc ça dure le temps d’une nuit jusqu’à l’aube et c’est ce questionnement, où il rechercherait un amour perdu à travers ce truc-là. Qu’il ne trouvera pas. C’est un peu l’errance de ce personnage et tout ce qui se passe dans le décor. Tous les dialogues, toute l’évolution de cette nuit est dans l’album jusqu’au dernier titre avec toute la narration. Les samples qu’on a utilisés peuvent être en quelque sorte les échos de ces spectres lors de cette nuit-là.

PL : Et du coup c’est un diptyque mais vous avez commencé par la deuxième partie…

Jonathan : C’est ça, ça c’est au fur à mesure jusqu’à la finition de la création de celui-ci ainsi que la composition de certains morceaux qui ne sont pas sur cet album et qui expliqueront la deuxième partie au niveau de la narration. On peut pas avancer ce que ce sera, mais il y a des chances que ce soit ce qui s’est passé avant tout ça.

PL : Du coup quand les deux sortiront, dans quel ordre faudra-t-il les écouter ?

Jonathan : Pour l’instant il faudra écouter celui-là comme un album à part entière mais l’autre apportera un truc en plus et des liens, surtout sur la narration. Je ne peux pas encore le définir puisque c’est le prochain. Je ne peux pas trop avancer le concept, mais pour celui-là il s’écoute seul et a son propre sens tout seul, mis à part pour un morceau qui est la partie 2 de quelque chose d’autre.

PL : Vous avez sorti un clip il y a quelques jours, c’est un véritable court métrage de 18 minutes, comment l’avez-vous réalisé ?

Jonathan : La tâche a été compliquée. C’est Manu qui réalise, fait le montage et tout ça… Ça s’est fait assez rapidement mais on s’est pris la tête pour réfléchir sur le lieu où le tourner, la logistique… Et finalement ça se passe sur une journée où tu joues le morceau de 18 minutes toute la journée. Donc c’est comme un concert mais toute la journée. Donc c’était épuisant. C’était réellement épuisant vu qu’à chaque prise c’est 18 minutes, vu qu’on a pas énormément de caméra pour faire plein de cadrages en même temps, donc il faut recommencer, changer l’angle etc. Du coup ça s’est passé dans ces carrières-là, on a fait une journée de tournage musiciens, une journée de tournage dans les carrières avec la comédienne, une journée de tournage avec les plans de drone et une journée de tournage de nuit avec les lumières dans ces carrières aussi. Ça s’est réalisé comme ça.

PL : Et le morceau a des véritables mouvements un peu comme un morceau de musique classique. Comment viennent les idées de ces mouvements ?

Jonathan : En fait il y a des trucs qui sont influencés par la musique classique car Manu est très musique classique au départ. Donc il s’est inspiré de plein de choses, dont les constructions comme tu viens de le dire. La construction se fait en direct comme ça quand on avance sur le morceau, et tant qu’on ne sent pas venir la conclusion, on continue. Tant que la fin n’est pas là on fait une autre partie, et parfois ça déborde un peu et on arrive à 18 minutes, mais en soit on ne se dit pas « tiens on va faire un morceau de 18 minutes ». C’est la façon dont il se déroule, avec le passage d’avant et le passage d’après… Ça se construit comme ça.

PL : Et vous travaillez toujours en studio pour la composition ou vous avez parfois des choses composées en amont ?

Jonathan : On utilise des composition qui sont là en amont, on les place et on les change un petit peu… On travaille avec plein de petits bouts, des recyclage d’il y a très longtemps qu’on a utilisés… Il y a une partie de ça bien sûr.

PL : Quel a été le morceau le plus compliqué à mettre en place ?

Jonathan : Vu qu’on compose en enregistrant, les morceaux sont appris après, une fois que tout est enregistré. Donc là on peut ressentir des difficultés notamment sur les tempos rapides notamment sur l’ouverture de l’album où pour le batteur c’est hyper sportif. A apprendre c’était un bon challenge ! Et pour tout le monde aussi parce qu’il y a des moments hachurés et bien rythmés. Peut-être le premier morceau, sinon pour la composition ça a filé dans l’ordre, tout est pareil, je ne dirais pas qu’il y ait un moment qui ait pris plus la tête qu’un autre. Ça file, il y a des idées qui viennent et c’est comme ça.

PL : Au niveau de la scène française, est-ce bien accueilli de jouer des morceaux progressifs et complexes comme ça en ce moment ?

Jonathan : Je sais pas trop. Parce que je ne maîtrise pas trop la scène française à part Gojira. Et encore je n’ai pas écouté le dernier. Je ne sais pas trop ce qui s’y passe et surtout on ne se pose pas la question. Comme je l’ai dit, dans le morceau de 18 minutes il y a une difficulté. On ne le cherche pas forcément mais ça s’est passé comme ça. On a composé quelque chose qui  nous a plus sur le coup en disant « ce truc là ça nous plaît, ce truc là ça nous plaît » et puis on a après posé la question de comment ça va le faire au public. Mais vraiment au départ l’objectif c’est de composer quelque chose qui nous plaît, et on sait que notre public est ouvert. Grâce à l’album précédent on le sait, car on a vu un public metal devant un ciné concert, et finalement le projet a bien été reçu. Donc on se dit que la palette est large et qu’on ne va pas se priver. On peut avoir n’importe quel idée, faire n’importe quel instrument. Mais c’est sûr que si on réfléchit après côté marketing, que ce soit un clip de 18 minutes que personne va regarder en boucle toute la journée comparé à un clip de 3 minutes qu’il pourra regarder plein de fois, au niveau marketing ça serait plus intéressant comme ça mais.. Donc a posteriori on peut y réfléchir, mais c’est pas évident. Monter un clip de  18 minutes c’était un peu une épreuve pour nous aussi ! En tout cas pour nous l’album c’est un morceau. Ca s’écoute d’une traite et c’est une histoire du début à la fin. Et puis même sur la narration, c’est de la tombée de la nuit à l’aube, tout ce qui s’y passe.

PL : Avez-vous prévu une tournée en France pour cet album ?

Jonathan : Oui, bien sûr ! On a la tournée de cet album qui sera annoncée bientôt. Ce sera fin janvier et en février. Une tournée française et des pays limitrophes, pas très loin. Après on retourne au Mexique. Puis il y a des trucs qui sont en train de se monter et qui ne sont pas sûrs. On va défendre l’album en tournée sur deux ans et on lance la composition du prochain, la suite et la préface en même temps.

PL : Du coup on peut l’attendre d’ici 2-3 ans ?

Jonathan : Vu que c’est un diptyque, le but c’est de le sortir très rapidement. Si on pouvait on le sortirait dans l’année ! Mais on ne peut pas donner de délai. Maintenant on le commence, et il y a déjà des trucs qui sont faits. On peut se dire que dans l’année ça peut être fait.

PL : Quels titres pensez-vous jouer en tournée ?

Jonathan : On aura du mal à le jouer en entier sur un set de 40 minutes en festival ! On pourrait jouer 3 morceaux même pas. Mais pour la surprise je ne dirais pas quels morceaux on jouera, mais on y a déjà bien réfléchi et on retrouvera du dernier album et toujours un peu des anciens albums. Il y a des morceaux qu’on a beaucoup joués qui vont disparaître aussi. Le dernier morceau de notre set on le jouait depuis le début à chaque fin de set et je pense que maintenant c’est terminé. Pourtant ça fait 12 ans qu’il y avait le même morceau en fin de set. Je pense qu’il va falloir changer parce que on a pas la place et il faut faire des choix.

PL : Et en termes de visuels, pensez-vous projeter comme à un ciné concert des visuels en fond de scène ? 

Jonathan : Sur l’album précédent on était déjà sur de la projection, sur lesquelles on a travaillé, là on part sur toujours l’utilisation de la projection plus abouti et sur un travail de la synchro avec la lumière qui appuierait le côté vraiment hachuré des parties metal. Le côté tranchant et avoir la lumière vraiment synchro avec ça.

PL : Quel artiste aimerais-tu qu’on interviewe ensuite ?

Jonathan : C’est étrange comme question ! Britney Spears alors !

 

Sur ce on vous laisse avec l’album complet en écoute !