[Interview] Mark Booze de Booze & Glory dans l’oeil du cyclone

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Nous avons pu nous entretenir avec Mark Booze, chanteur et guitariste de Booze & Glory à propos de leur nouvel album, le très bon Hurricane. Il nous a expliqué le sens de cet album pour lui, on a parlé de reggae et il nous a partagé quelques anecdotes sympa. 

Pozzo Live : Salut Mark, comment ça va ?

Mark Booze : Salut ! Ça va très bien et toi ?

PL : Ca va très bien aussi ! Du coup votre nouvel album Hurricane sortira le 18 octobre. Que représente cet album pour vous personnellement ?

Mark : Je pense que c’est l’album le plus important de l’histoire du groupe. Parce qu’on a passé à peu près 2 ans à travailler dessus, et c’est aussi important parce qu’un des guitaristes est parti, et il était un des compositeurs principaux avant, donc évidemment quand il a quitté le groupe, il s’inquiétait de comment on écrirait l’album souvent. Et je pense qu’on a beaucoup travaillé, et personnellement, cet album est mon album préféré de Booze & Glory, mais on verra ce que les reviews diront ! (rires)

PL : Comment était le processus créatif pour cet album ?

Mark : On a commencé à écrire en janvier 2018 et le problème était qu’en tant que groupe on écrit normalement la musique en premier puis quand on a la musique on fait les paroles. On voulait avoir un album vraiment différent, différent par les sujets, on a quelques chansons politiques, quelques chansons sociales, des chansons de football, une reprise d’Elton John, des ballades, on a tout dans cet album. C’est 46 minutes de musique mais je pense qu’on y a glissé beaucoup plus de choses intéressantes et différentes qu’avant. On a aussi changé de studio, on a enregistré en Suède avec Mathias Farm de Millencolin comme producteur, donc c’était un gros changement. On a aussi ajouté le piano et l’orgue à notre son, donc à mon opinion, on sonne mieux, et plus complets avec le piano, et je pense que c’est tout. On verra ce que sera l’avis des gens sur l’album ! Mais j’espère vraiment que les gens vont l’aimer !

PL : J’ai remarqué que malgré le titre sombre, c’est un album assez léger et inspirant. Qu’est-ce qui vous a inspiré ces paroles ?

Mark : Eh bien, tu sais dans l’album physique, il y a un motto qui dit « tu peux danser dans une tornade, mais seulement si tu te tiens dans l’oeil », ce qui veut dire que dans l’oeil d’une tempête, tu peux y arriver mais seulement si tu travailles vraiment dur. Parfois tu dois traverser tellement de difficultés et de merde dans la vie pour aller à l’endroit où tu peux prendre ton souffle, tu vois ? Donc on voulait avec cet album répandre ce message positif de croire en soi, de se battre pour les choses en lesquelles tu crois, tu vois ? Et j’espère qu’on répand ce message positif avec cet album. Comme tu dis, la tempête en elle-même est une mauvaise chose, mais c’est l’intention, car quand tu lis toutes les paroles, et surtout la chanson qui est appelée Hurricane, avec cette chanson on essaie de motiver les gens plutôt que de les énerver ou quelque chose comme ça. Donc ouais, le message principal de cet album est de croire en soi, de ne pas laisser les autres personnes t’user, et j’espère qu’on a réussi ce qu’on voulait réussir, mais on verra !

PL : Sur la chanson Hurricane justement, vous parlez de rédemption. Avez-vous besoin d’une seconde chance personnellement ?

Mark : Parfois on en a besoin. Tu sais, j’ai un ami qui a un passé criminel. C’est un très bon ami, et il a changé. Il était très mauvais, il a fait ses années de prison puis il a regardé les gens rester dans cette vie et retourner en prison. Mais ce mec, mon ami, il a complètement changé. Il est une des personnes les plus positives sur terre. Donc sa vie m’a vraiment inspiré pour cette chanson, car je pense que certaines personnes font des erreurs, et parfois il faudrait donner aux gens une deuxième chance, tu vois. Pour le réparer, car personne n’est parfait, et il ne faut pas faire une croix sur des gens parce qu’ils ont fait une erreur. Bien sûr s’il le fait encore et encore, c’est mauvais, mais s’il fait une erreur, il faudrait qu’on donne tous une deuxième chance aux gens.

PL : Sur My Heart Is Burning les paroles pourraient s’appliquer à beaucoup de choses. De quoi ça parle exactement ?

Mark : C’est une chanson de working class. C’est à propos d’ouvriers qui ne sont pas assez respectés par la classe moyenne. A vrai dire, My Heart Is Burning est notre prochain single, qui devrait sortir le 3 octobre, et quand tu verras la vidéo, on l’a fait dans une usine qui a été détruite. Et beaucoup de gens ont perdu leur travail. Deux mille personnes bossaient dans cette usine, c’est une usine de minage en Pologne, et ils ont tous perdu leurs boulots. C’est une petite ville dont la majorité des hommes étaient ouvriers dans cette usine, et maintenant que l’usine est fermée, ils sont tous sans travail. C’est surtout une chanson ouvrière qui demande ce qui va nous arriver, c’est pour poser la question, et les politiciens promettent toujours les meilleures choses et après l’élection ils ne font rien… Tu sais, c’est les problèmes sociaux typiques.

PL : Sur 10 Years et sur Goodbye, tu parles aussi du fait que tu adores tourner. Quels aspects de la tournée aimes-tu le plus ?

Mark : Rencontrer les gens de différents pays, différentes cultures, et vois les beaux paysages, c’est les meilleures choses. Bien sûr les shows, c’est la cerise sur le gâteau, mais on adore voyager. On aime tous voyager, on voyage beaucoup, on joue partout, sur 5 continents, et ces chansons sont sur la vie qu’on choisit de vivre, tu vois ? Si t’es un groupe de punk rock, ou n’importe quel groupe et que tu n’aimes pas tourner, tu ne devrais pas être dans un groupe. Je pense que tourner est la chose principale. J’aime évidemment enregistrer les albums, mais après la sortie des albums, pour les 2 ou 3 années suivantes on va tourner autant que possible.

PL : As-tu une anecdote de tournée spécifique que tu aimerais nous raconter ?

Mark : Oui, on a joué à une convention de tatouage l’année dernière, et notre bassiste, qui est à moitié péruvien (je sais pas si tu sais mais les gens d’Amérique du Sud tiennent pas beaucoup l’alcool). Donc en gros on a joué ce concert, puis je l’ai vu dans un bar à boire de la tequila. Et j’avais le sentiment bizarre que quelque chose allait arriver. Et il a disparu. Donc le jour suivant, on pensait qu’il était allé en soirée et qu’il allait revenir le lendemain, mais il a disparu, le samedi et jusqu’au dimanche après-midi il n’est pas revenu. On s’est demandé s’il était mort ou arrêté ou autre chose. On l’a trouvé dans un « drank tank », le show était en Pologne, je sais pas si vous avez ça en France. Le « drank tank » est un endroit où, s’ils te trouvent bourré dans la rue, la police t’y met normalement. C’est pas la prison, mais c’est un endroit où tu peux redevenir sobre, et ils te font payer très cher pour ça. Donc, parce qu’il ne savait pas que ces endroits existent, il a pensé en se réveillant attaché au lit complètement nu que quelqu’un l’avait kidnappé. Donc il était super parano et après ça il n’a pas bu pendant 6 mois. Il est un super fêtard, mais après ça il était super sage pendant 6 mois. C’est une de nos histoires les plus marrantes. Ça sonne peut-être moins drôle quand je le dis, mais à ce moment là c’était super drôle ! On est contents de l’avoir trouvé, mais pour lui c’était une expérience super négative. Je ne te le recommande pas ! (rires)

PL : J’espère que je ne le vivrais pas ! Vous aviez enregistré les reggae sessions en 2017 avec Vespa et The Londonians. Est-ce que c’est après cet EP que vous avez réalisé que vous vouliez travailler avec du piano et de l’orgue ?

Mark : Non, pas vraiment. J’avais cette idée folle avant car je suis un gros fan de reggae, donc je m’étais demandé comment faire des versions reggae de nos chansons. Evidemment on ne les joue jamais comme ça en live, j’aime juste le reggae. J’adore le reggae traditionnel with avec des orgues Hammond etc, mais non, pour l’ajout de piano et d’orgue au groupe, on tournait avec un groupe d’Allemagne appelé Broilers, et ils ont commencé comme un groupe de punk mais ils sont un énorme groupe de rock là-bas maintenant. Similaires en taille à Die Toten Hosen, tu vois ? Donc quand je les ai vus en live avec un piano, ils avaient un mec à l’orgue et au piano, et ça sonnait tellement bien ! C’est difficile à expliquer, on met le piano en arrière, on a deux chansons où il est en avant mais en général on le met en fond, parce que je pense que ça fait sonner les morceaux plus grands. Mieux. Mais ce n’était pas le reggae. On avait fait cet EP de reggae pour le fun. On va sûrement en sortir un autre l’année prochaine de 2 ou 3 chansons. C’est juste marrant, les gens adorent ça ! Certains festivals de reggae nous demandent de jouer en version reggae mais on peut pas, y a pas moyen de jouer en reggae ! T’aimes bien le reggae toi ?

PL : Ouais j’aime bien, surtout Max Romeo.

Mark : Ah ! Max Romeo ! Super, j’adore Max Romeo ! C’est du vrai reggae , c’est le reggae que j’aime ! Je suis pas fan de ce ragga moderne, ou je sais pas comment ils appellent ça. Mais c’est du reggae traditionnel, du reggae rocksteady, j’adore ça. Max Romeo est génial.

PL : Du coup est-ce que ça veut dire que vous aurez un claviériste en live maintenant ?

Mark : Ouais, on a commencé à amener un claviériste l’année dernière. Peut-être pour les gros festivals. On a aussi eu une fille de France à jouer avec nous, mais quand on a commencé à tourner elle ne pouvait vraiment pas gérer la tournée. Elle pouvait pas dormir tout le temps. Quand tu tournes parfois t’as de bons hôtels, parfois de mauvais hôtels et elle se plaignait tout le temps. Donc en gros on s’est séparé d’elle. Mais elle a enregistré certaines chansons sur cet album. Et l’autre chanson c’était un mec mais on a pas de claviériste permanent. Je pense qu’on va inviter quelques amis à nous rejoindre pour jouer. Mais pour le moment je ne pense pas recruter un claviériste à temps plein. Pour les concerts bien sûr, mais je sais pas pour être un membre, juste invité. Mais j’aime beaucoup jouer avec des claviers.

PL : Dix ans après avoir commencé, votre vidéo pour London Skinhead Crew a 16 millions de vues, quelle est votre réaction à ce succès ?

Mark : Je ne m’attendais pas à ça pour cette chanson. Et pour être tout à fait honnête je ne suis pas très content que cette chanson en particulier ait eu ce succès. Parce que je pense que j’ai écrit de meilleurs chansons après ça qui n’ont pas autant de succès que celle-là. J’ai écrit cette chanson en 10 minutes et quand je conduisais, je me souviens comme si c’était hier. J’avais cette mélodie dans la tête et j’ai écrit les paroles après et ça a juste explosé. Je sais pas pourquoi. Je pense que c’est parce que c’est une chanson entraînante sur Londres et le football, les gens aiment ce genre de trucs. Je ne m’attendais pas à ça. 16 millions de vues en 8 ans ! Et je crois que ma femme a calculé que ça voulait dire que tous les jours 5000 personnes regardent cette vidéo. J’ai trouvé ça incroyable. 5000 personnes qui regardent cette vidéo, c’est fou !

PL : Vous avez sorti une vidéo pour Ticking Bombs où on voit The Casualties, Municipal Waste, Billy Bio, Sick Of It All et Ignite. Comment s’est organisée cette vidéo ?

Mark : Oh c’est parce que le mec qui a fait la vidéo bosse pour un festival en Slovénie appelé Punk Rock Holiday. Et on le prend toujours en tournée avec nous, avec un appareil photo pour prendre des photos et des vidéos, pour enregistrer des trucs marrant backstage etc. Et on l’a pris sur la tournée Persistence en janvier de cette année et on jouait avec Municipal Waste, Ignite et Sick Of It All. Et on a rencontré Billy Bio à un des shows. On savait pas qu’on ferait comme ça, et on a fait écouter cette chanson à ces mecs et ils ont dit « oh c’est une super chanson, faisons une vidéo ensemble ». Donc on a fait une vidéo, The Casualties je crois qu’on les a filmés en Hongrie quand on a joué un show ensemble cet été. Il devait y avoir plus de monde dedans, mais c’était difficile de trouver le temps de filmer. Mais je trouve que ça rend bien au final !

PL : Vous avez joué au Hellfest en 2017, est-ce qu’on devrait s’attendre à vous y voir bientôt ?

Mark : J’adorerais ! Mais je ne sais pas à quelle fréquence le Hellfest programme le même groupe. On a un nouvel album cette année, donc on va carrément essayer de jouer au Hellfest l’année prochaine. Mais je sais pas ce qui sera possible. Cette année on a aussi joué à l’Extreme Fest, c’est un super festival en France. Donc ouais j’espère jouer à des festivals français ! Mais pour le moment en France on a 3 concerts en novembre. On joue à Paris, Montpellier et Nantes. Donc 3 shows en France pour le moment. Mais j’espère faire le Hellfest, même si je n’ai pas grand chose à voir avec du metal, je suis pas un super fan de metal, mais j’adore le festival, j’adore l’ambiance et le lieu est génial.

PL : Vous avez aussi tourné avec les Dropkick Murphys plus tôt cette année, comment c’était ?

Mark : Comment tu crois que c’était ? C’était putain de génial, mec ! C’était 5 semaines sur la tournée la plus populaire des Dropkick Murphys, appelée le St Patrick’s Day Tour. C’est une tournée en mars qui célèbre la Saint Patrick. Et ils nous ont invités. En gros notre lien avec les Dropkick Murphys a commencé au Brésil. Notre agence en Amérique du Sud nous a booké pour soutenir les Dropkick Murphys en tournée en 2017, donc on a joué avec eux à Sao Paulo, Curitiba et Rio De Janeiro. C’est comme ça qu’on est devenus amis avec eux, et Ken Casey, le leader, il nous a promis de nous emmener sur cette tournée en 2017, ils ont dit « peut-être l’année prochaine ou celle d’après, on vous emmène en tournée ». Donc ouais c’était en Amérique, pendant 5 semaine ensemble, on a joué toutes ces salles fantastiques genre la House Of Blues en Floride ou à Boston. Donc ouais c’était 5 super semaines ! Une tournée très longue mais très cool. Et on a aussi joué avec eux à Prague l’été dernier !

PL : Avec quel artiste aimeriez-vous collaborer ensuite ?

Mark : J’adorerais jouer en tournée avec Social Distortion. Juste parce que je suis un grand fan de Social Distortion et on n’a jamais joué avec eux. Je ne sais pas si ça sera possible parce qu’ils ne tournent pas vraiment. Je veux dire qu’ils tournent en Amérique maintenant mais ils ne tournent pas autant que les Dropkick Murphys ou Rancid. Ou même Rancid ne jouent plus très souvent. Mais Social Distortion je sens qu’ils vont sortir un album bientôt, et j’espère jouer des shows avec eux !

PL : Ce serait génial ! Et enfin, quel groupe ou artiste pensez-vous qu’on devrait interviewer ensuite ?

Mark : Je pense que si tu aimes Max Romeo et le reggae, tu devrais écouter le groupe The Northquakes, de Finlande. C’est un nouveau groupe, ils viennent de sortir leur premier album. Et un des mecs de ce groupe jouait dans un groupe de ska appelé The Valkyrians, un groupe de ska plutôt populaire. Mais maintenant il est dans The Northquakes, il y a une chanteuse et ils sont putain de géniaux, mec, tu devrais écouter !

PL : Merci beaucoup ! On se voit sur la prochaine date parisienne !

Mark : Cool, merci de m’avoir accordé de ton temps, passe une bonne journée !