[Interview] Rencontre avec le monstre Shaârghot

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Le 13 mai dernier, Pozzo Live avait eu le plaisir de rencontrer Shaârghot pour une interview. L’occasion de revenir avec Bruno, alias Svarga, le guitariste, sur l’univers du groupe, ses inspirations, et ses aspirations.

Pozzo Live : « Shaârghot », pourquoi ce nom ?

Shaârghot : « Shaârghot », c’est un personnage de fiction dont le nom signifie « qui sème le chaos ». Je crois que cela vient d’un jeu de rôle. Or, suite à une expérience scientifique qui a mal tourné, ce Shaârghot a vu ses côtés sombres enfouit en lui se réveiller puis prendre le contrôle de sa personne. Des côtés sombres, on en a tous en nous, mais nous arrivons à les contrôler. Sauf que chez lui, ce sombre inconscient a pris le dessus. Au cours du processus, il s’est également injecté un produit pour tenter de devenir plus fort, plus résistant. Sauf que cette substance a entraîné l’apparition sur son corps d’un genre de champignon ou de parasite qui a rendu sa peau totalement noire. Tout cela amalgamé a fini par donner cette créature : Shaârghot.

 

Pozzo Live : Comment s’est passé l’enregistrement du dernier album ?

Shaârghot : Clémence (ndlr : alias Clem’X), la bassiste, est à l’origine ingénieure du son et dispose de son propre studio d’enregistrement. En fait, on en a tous un ! Cela aide beaucoup, c’est primordial pour nous. Bref, le premier maillon, c’est Etienne. C’est lui qui a tout dans sa tête : l’histoire, le thème, l’ambiance…etc. Il présente donc son idée, et c’est Clémence qui défriche et déchiffre ensuite tout cela, pour matérialiser ce à quoi Etienne pensait. C’est un boulot monumental ! Une fois que l’ossature est trouvée, et que nous avons un embryon de projet, c’est moi qui intervient. J’écoute, je ré-écoute, et j’essaie de développer tout cela. L’important pour nous est d’avoir à chaque étape un regard extérieur sur le boulot des autres. Après cette étape, on continue à travailler dessus, en enregistrant les guitares, les basses, les sons ou les chants, puis tout ceci est envoyé à notre producteur, Planète Nomade, qui est également arrangeur. Parfois, il y a des choses qui sont alors modifiées ou supprimées. Par exemple, des guitares qui existaient disparaissent ou sont déplacées. Il arrive qu’on doivent parfois réapprendre certains morceaux pour ensuite les jouer en live. Et j’adore cà ! Il peut arriver que je n’ai pas pensé à tel ou tel élément, et effectivement après coup ca sonne mieux, ca percute mieux. Parfois certains trucs soient un peu tordus, mais il faut les faire. En plus, c’est cool de retravailler des choses qu’on a pu faire précédemment. J’apprécie beaucoup !

 

Pozzo Live : D’où vient votre créativité ? Quelles sont vos influences ?

Shaârghot : Le processus, on l’a en nous car on a baigné dedans depuis longtemps. Par ce qu’on a lu, entendu ou regardé quand on était plus jeunes. Ça ressort comme ça, naturellement. Il n’y a pas de recette miracle, il faut le ressentir et le vouloir.

 

Pozzo Live : Chez Pozzo Live, nous avons tous écouté votre musique, et il y a pas mal d’amateurs d’indus-métal dans l’équipe. Certains disent qu’en terme de groupe français, vous êtes particulièrement performants sur la scénographie. Commet mettez-vous cela en place ?

Shaârghot : Là, c’est plutôt mon travail, avec Etienne. On est très visuels, et surtout très complémentaires. On a exactement les mêmes idées. Quand l’un a une idée, généralement l’autre l’a eu aussi, et donc il ne faut pas grand-chose pour que ça parte loin ! Le personnage du Shaârghot, c’est Etienne qui l’a créé a 100%, et il existe maintenant depuis 6 ou 7 ans. Une fois retranscris sur scène, il y a 4 ans, il a ensuite fallu créer d’autres personnages autour, et qu’ils soient surtout complémentaires et cohérents. On a donc créé les deux autres personnages sur scène, à savoir Clem’X, à la basse, et Olivier, à la batterie. Concernant la déco et les décors, on est tous de base très attirés par le coté post-apocalyptique. Le côté rouillé, industriel, abandonné. De plus, peindre ou customiser est naturel, chez nous, car c’est une passion. C’est venu comme cà, naturellement. Maintenant, l’élément bloquant c’est la logistique, le fait de tout transporter. On a pu créer de belles scénographies pour nos concerts sur Paris, mais il faut pouvoir ensuite tout transporter, sinon ca ne sert à rien. On se creuse la tête pour résoudre ce genre de problème. Ce qu’on a fait, c’est qu’on a maintenant plusieurs thèmes de scène, et on s’adapte en fonction des circonstances. Par exemple, pour un concert à Toulouse, on a pu emporter qu’une partie du décors seulement, par manque de place pour tout transporter mais aussi par manque de temps pour tout installer sur scène. Puis on adapte au lieu et au thème choisi en partant de cette base. Petit à petit, ça vient, ça se construit. On se force pas, c’est naturel. Autre exemple, avec nos instruments. Toutes les guitares, je les customise moi-même. J’en ai une avec des leds, une autre avec des lasers, ou encore une autre avec de la pyro. J’ai tout créé moi-même, ça ne vient pas du commerce. De même pour nos costumes. C’est vraiment une passion !

 

Pozzo Live : Vous montez en puissance. Récemment vous étiez en première partie de Ministry, puis maintenant vous venez de faire le Hellfest… Jusqu’où voulez vous aller ?

Shaârghot : C’est vrai que ça va vite ! Il y a 1 an, on ne savait même pas encore qu’on aller jouer à l’Elysée Montmartre, par exemple. Quand on a appris qu’on jouerait en première partie de Ministry là-bas, on s’est dit « ah ouais quand même ! C’est génial ! ». Puis mi-septembre, on nous a appelé pour nous dire « Tiens, le Hellfest s’intéresse à vous ». Et quelques semaines après cela, le Hellfest nous programmait. A chaque fois c’est un « ah ouais quand même ! ». Mais cette évolution par étapes nous semble naturelle. On sait à peu près où on veut aller, mais comme tout groupe qui commence à émerger. Alors on va continuer à travailler et on verra. Jusqu’au jour où on fera peut-être une première partie nationale voire européenne sur une tournée, ou on ouvrira pour un groupe d’envergure mondiale. Mais bon déjà si on peut avoir une tournée en première partie ou comme guest sur la France ce serait déjà très bien ! En attendant, on commence à jouer en Suisse, en Belgique, aux Pays Bas… Les pays de l’Est, aussi. Il y a de la demande, c’est bien !

 

Pozzo Live : Pourquoi avoir fait le Hellfest Cult ? Vous appréciez cette communauté ? Pour la petite histoire, j’en fais partie.

Shaârghot : C’est une demande de leur part, en fait. Je pense qu’ils aiment bien Shaârghot. Et Shaârghot les aime bien aussi. On devait jouer dans un évent, en octobre, et il se trouve que la personne en charge de cette évent est aussi chargée de communication pour le Hellfest. Donc quand on l’a rencontré, on lui a dit qu’il fallait faire passer Shaârghot là-bas ! Cela nous a fait aussi plaisir car avant tout, on est festivaliers. C’est un peu un pèlerinage, pour nous. On a pu visiter le site hors-festival, et on l’a découvert tout vide . ça fait bizarre mais c’était super !

 

Pozzo Live : En parlant de Hellfest, quelle est votre scène préférée ?

Shaârghot : Évidemment, on aime l’électro-métal, forcément. Mais il y a quelques groupes qui m’interpellent particulièrement. J’étais beaucoup aimé Dagoba, notamment au Warm Up Hellfest de Paris. J’ai été surpris par leur intensité sur scène. J’avais aussi apprécié Gojira. Après, je ne suis pas un grand métalleux non plus. Mais ce sont de très bons groupes, français qui plus est. Pour moi, c’est dommage qu’en France on a pas cette culture communautaire autour d’un style, autour du métal, comme c’est par exemple le cas en Allemagne. Sinon, parmi d’autres groupes que j’aime beaucoup, il y a forcément Combichrist et Rammstein, qu’on écoute depuis longtemps. On va d’ailleurs les voir à Paris les deux soirs. En fosse le vendredi, puis en gradin le samedi, de manière à pouvoir apprécier à la fois leur musique mais aussi leurs décors et leurs scénographies.

 

Pozzo Live : Tu parlais tout à l’heure de tourner en Belgique, en Suisse et en Allemagne. Il y a d’autres pays où vous souhaiteriez aller ?

Shaârghot : Franchement, on a ces pays limitrophes qui nous sont accessibles, c’est déjà bien ! Surtout que d’autres se montrent réceptifs. L’Allemagne reste assez difficile même si on y a déjà joué. Ensuite, on aimerait partir plus à l’Est. Après, il y a déjà beaucoup à faire en France ! On va continuer à faire ce qu’on fait depuis 4 ans, à travailler, à proposer quelque chose de qualité, et après on verra. C’est maintenant que cà commence vraiment, depuis 1 an, depuis l’Elysée Montmartre. Et maintenant le Hellfest ! Plus deux festivals qu’on va bientôt faire, la « Guerre du Son » à Landresse (ndlr : Franche-Comté), et le « 666 » à Cercoux (ndlr : Charentes-Maritimes). On commence à tourner avec de grands groupes qui envoient, comme Dagoba, Black Bomb A ou Oomph!. On sent que ca vient et qu’il faut continuer à bosser. La semaine dernière on a appris que ces deux festivals nous proposaient de les clôturer, leur prog estimant que c’était intéressant de clôturer par un groupe de notre style, car cela apportait quelque chose de particulier. Nous, on prend !

 

Pozzo Live : Bientôt un nouveau clip ?

Shaârghot : Effectivement, un clip va sortir dans 15 jours, et il s’appelle…(il marque une pause). Non en fait on va garder le titre secret. Cà fait partie du jeu de com !

 

Pozzo Live : Ce clip sera tourné en extérieur ou studio ?

Shaârghot : Ah, je ne sais pas (rires) ! On en dira pas plus, c’est secret ! En plus j’ai tourné des choses, mais je n’aime pas trop voir les résultats avant le montage final. Là, on travaille même encore dessus. J’aime découvrir le résultat final au dernier moment. J’ai tourné des choses mais sans savoir comment elle seraient travaillées, et j’aime ça.

Et voici le nouveau clip:

Pozzo Live : Au niveau de vos influences, on a parlé de pas mal de groupes d’électro-métal. La mort de Keith Flint (ndlr : chanteur de Prodigy, suicidé le 4 mars 2019) vous a affecté ? La liste s’est malheureusement allongée, ces dernières années, avec notamment Chris Cornell (ndlr : chanteur de Soundgarden, suicidé le 18 mai 2017) et Chester Benington (ndlr : chanteur de Linkin Park, suicidé le 20 juillet 2017)…

Shaârghot : Toutes sont tragiques, mais celle de Keith Flint particulièrement car Prodigy est une référence, pour nous. Cela a été tellement brutal. J’ai eu du mal à le croire, mais j’ai du m’y résigner quand cela a été repris dans la presse. Donc oui, sa disparition nous a beaucoup touché. Prodigy a été d’une influence certaine sur notre musique, notamment sur premier album. Aujourd’hui, et même si tout cela donne à réfléchir, on essaie de garder la tête froide. On profite.

 

Pozzo Live : Plus légèrement, tu compte d’inscrire au Hellfest Cult, prochainement ?

Shaârghot : En fait, j’ai déjà participé au Cult ! C’était il y a 4 ou 5 ans. Pour être adhérent et intégrer cette communauté, mais aussi pour aider et promouvoir le Cult. En plus, les contreparties étaient très sympas, avec notamment de superbes lithographies en guise de cadeaux. De très belles choses, vraiment magnifiques !

 

Pozzo Live : C’est le moment de la question made in Pozzo Live. Alors, selon toi, quel groupe devrait-on interviewer la prochaine fois ? Quel groupe, ou artiste ?

Shaârghot : Si je te dis le nom d’un chanteur, ca marche (rire) ? Tu vas vraiment l’interviewer ?

 

Pozzo Live : Oui, bien sûr ! Si on peut, pourquoi pas ?!

Shaârghot : D’accord ! Alors moi je verrais bien…Patrick Sébastien (rires) ! C’est un grand chanteur ! Si tu peux, ramène le à un concert de Shaarghot. Tu sais, on a déjà eu le Père Blaise, de Kaamelott, qui est venu. D’ailleurs, Alexandre Astier cà serait pas mal aussi !

Merci à Shaârghot pour leur amabilité et le temps qu’il nous ont accordé.

 

Interview réalisée par Charles Pozzo Di Borgo, le 13 mai 2019.

Shaârghot participera aux festivals « Guerre Du Son » (Landresses, 25) le 20 juillet 2019 et « 666 » (Cercoux, 17) le 24 août 201, et sera en concert au Réacteur (Issy-les-Moulineaux, 78) le 30 novembre 2019.