[Interview] The Old Dead Tree raconté par Manuel Munoz

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Nous avons récemment pu nous entretenir avec Manuel Munoz de The Old Dead Tree au sujet du nouvel EP qui sortira vendredi : The End. Ils nous parlera aussi du documentaire qui accompagnera cet EP dans sa version physique, et reviendra donc sur l’intense carrière du groupe culte du metal gothique français.

Pozzo Live : Bonjour Manuel, ça va ?

Manuel Munoz : Très bien et toi ?

PL : Très bien moi aussi. Vous sortez le 6 décembre un nouvel EP qui s’appelle The End ainsi qu’un documentaire sur le groupe dix ans après sa fin. Pourquoi le faire maintenant ?

Manuel : Ça a été une succession de hasards de calendrier, mais effectivement le groupe s’est arrêté en 2009, et ce qui s’est passé c’est que 4 ans plus tard on s’est ponctuellement réunis pour préparer une tournée pour fêter les 10 ans de notre premier album. A la suite de cette tournée qui s’est très très bien passée on s’est dit que ce ce serait quand même bien de donner une vie aux titres qu’on avait commencé à composer avant le split. Donc on s’est réunis pour enregistrer ça en 2014. Et à la même époque, Julien Metternich, qui a réalisé le documentaire, et qui connaît bien son boulot parce qu’il a bossé avec Mass Hysteria, Ultra Vomit ou encore Alice Cooper, vient me voir et me dit qu’il a commencé à apprendre son métier avec nous. Qu’il était là aux touts débuts du groupe et qu’il nous a suivi toutes ces années dans notre bus, dans les salles de répétition, dans nos concerts, et qu’il a des heures voire des dizaines d’heures de filmées et qu’il voudrait en profiter pour en faire un documentaire. Un documentaire sur ce qu’est un groupe semi-professionnel et ce que ça représente. Et il m’a dit qu’on allait réutiliser l’histoire de The Old Dead Tree pour expliquer ça. Du coup je lui ai dit « vas-y fonce ! Y a pas de problème ». Et il m’a dit que ça ferait 30 à 40 minutes. Et là j’ai compris très vite que ce serait un format qui n’est pas commercialisable tel quel. Donc je lui ai proposé d’aller chez Season Of Mist avec nos 5 titres et le documentaire pour leur proposer de sortir les deux en même temps. Il m’a dit oui, mais à ce moment-là je ne savais pas qu’il prendrait 5 ans pour faire le documentaire (rire) ! Donc c’est pour ça que nos titres ont été enregistrés il y a si longtemps.

PL : J’ai lu qu’il y avait certaines idées de cet EP qui dataient de vos débuts.

Manuel : Oui, effectivement. Il y a eu une erreur de communication puisque Season Of Mist a dit que tout l’EP datait de 1999, ce qui n’est pas le cas. Les quatre premiers titres datent de 2000 à 2008-2009 et par contre le dernier titre effectivement, The End… Again, lui est une chanson très particulière puisque c’est la dernière chanson sur laquelle on a travaillé avant le décès de notre premier batteur, Frédéric Guillemot. Et c’est pour cette raison qu’on l’a laissée intouchée si longtemps. On a eu beaucoup de mal à se repencher dessus parce que ça nous touchait énormément.

PL : Je m’en doutais un peu en lisant les paroles effectivement, que les 4 premières dataient de plus tard. Mais retravailler sur tout ça, ça a dû vous rappeler beaucoup de souvenirs, comment vivez-vous le fait d’être revenu en arrière sur toute cette période ?

Manuel : C’est une période compliquée mais c’est aussi une période qui était riche. En relations humaines, en découvertes, en création musicale, donc pour nous c’est effectivement une petite fenêtre sur notre passé le fait de se revoir pour réenregistrer des titres et pour les arranger. Même si c’est vrai que contrairement à il y a dix ans on habite tous loin maintenant, je suis le seul à être resté à Paris. Tout le monde a quitté la capitale pour aller dans des villes assez éloignées, donc c’était plus difficile de travailler ensemble. Donc j’ai beaucoup travaillé seul au début pour faire les bases et tous les arrangements. Mais effectivement, on a toujours continué à se voir. On va dire que les liens amicaux étaient là et que la seule différence c’était effectivement comme tu dis de se repencher sur la musique ensemble, c’était quelque chose d’agréable.

PL : Et du coup pendant ces années où vous étiez séparés et où vous ne tourniez pas, qu’est-ce que tu faisais, toi ?

Manuel : Quand le groupe s’est arrêté, pour moi c’était très compliqué. Donc j’ai complètement arrêté la musique pendant 2 ou 3 ans. Ensuite ponctuellement on est venu me proposer, notamment Pierre Le Pape de Melted Space qui m’a demandé de venir chanter un titre sur un de ses albums. Donc j’ai dit OK puis après y en a eu un deuxième, puis un troisième et quelques dates de concerts aussi avec le groupe Melted Space. Puis de manière un petit peu plus sérieuse je suis rentré dans le groupe Arkan qui est un groupe de metal oriental qui a été créé par Foued Moukid qui a été le batteur de The Old Dead Tree de 2004 à 2007. Et donc j’ai remplacé leur chanteuse qui a préféré quitter le groupe. Ils existent depuis longtemps, ils avaient déjà fait 3 albums avant. Mais en 2016 on a enregistré un album, Kelem, qui a été très bien accueilli.

PL : Du coup l’EP commence par Sorry, où justement ça enlève toute ambiguité sur une possibilité de retour. 

Manuel : Ouais, effectivement…

PL : Il n’y a vraiment rien qui vous ferait rejouer un concert ponctuellement ?

Manuel : En l’occurrence il va y avoir un concert. On a réussi à se mettre d’accord et à trouver le temps de travailler pour préparer tout ça, et de monter la date. Donc il y aura un concert exceptionnel de deux heures à Paris le 11 avril 2020, à la salle Le Petit Bain. Donc ça c’est quelque chose qui est sûr. Par contre c’est vrai qu’on a évoqué la possibilité de repartir en tournée et ça, ça nous paraît plus délicat. Avec les vies qu’on a aujourd’hui, l’éloignement, c’est vraiment compliqué.

PL : J’ai d’ailleurs beaucoup aimé dans le documentaire la phrase « un groupe correspond à un temps ». Pensez-vous que The Old Dead Tree aurait mieux marché en 2019 ?

Manuel : Je ne sais pas du tout parce qu’il y a tellement de facteurs… Je ne sais pas si on fait une musique très actuelle, mais en même temps y a un groupe comme Alcest qui a le vent en poupe et a priori on a des points communs dans la sensibilité musicale. Et effectivement ça aurait été pas mal qu’on puisse jouer avec eux, à l’époque, ou même maintenant. Mais ce n’est pas prévu.

PL : Je te demande ça parce que je trouve le son de l’EP très moderne, notamment sur Kids dont le riff me fait beaucoup penser à Avatar.

Manuel : Je ne connais pas, mais tu vois ça a été composé y a 10 ans ! Donc les arrangements ont changé mais la compo, même le riff, n’a pas évolué !

PL : Quand tu composes, comment tu choisis entre chant clean et chant saturé ?

Manuel : Ça va être des questions de dynamique. Il ne faut pas se forcer. Pendant longtemps j’ai gardé comme idée d’essayer de faire 50/50. Puis quand on est arrivés sur le quatrième album, sur lequel on avait commencé à travailler en 2008 au moment où on s’est arrêtés, j’avais envie de m’affranchir de cette règle là. Et puis faire en fonction de ce que je veux faire, et ne pas m’interdire de faire un morceau entier en death ou un morceau entier en chant clair. Et après c’est des questions de dynamique, ton morceau si tu mets tout le temps la même intensité ou la même puissance, il risque de ne pas être très intéressant. Ou alors il faut vraiment faire un morceau très court si tu fais quelque chose de très violent. Ne pas t’amuser faire un morceau de 5 minutes qui bastonne tout le temps. Donc pour moi de toute façon, l’idée c’est de ne jamais ennuyer l’auditeur. Ton morceau il lui faut des phases, il faut faire monter l’auditeur, il faut le faire redescendre, il faut que chaque riff ait une raison d’être là. Il ne faut pas qu’il y ait de riff bouche trou. Je suis très embêtant en composition parce que je commence à m’attarder sur tous les détails pour ne jamais lasser l’auditeur (rire). Et ce qu’on fait souvent c’est aussi de faire 4 ou 5 riffs de guitare différents, et d’en mettre un principal et il y en aura d’autres mixés en dessous, on en retrouve 3 ou 4 qui vont apporter une richesse supplémentaire au morceau. Peut-être même de manière inconsciente parce qu’on ne va pas forcément réaliser ces mélodies-là mais on peut les sentir.

PL : Quel a été selon toi le meilleur moment quand tu as été dans The Old Dead Tree ?

Manuel : (rire) C’est très très dur ça ! Ça a été ma vie pendant 12 ans entre la création du groupe quand j’avais 19 ans et sa fin, où j’en avais 30 et deux enfants, c’était là du début à la fin au quotidien dans ma vie, donc c’est très compliqué ce que tu me demandes ! Des bons moments y en a eu plein ! Y en a eu des mauvais aussi mais des bons moments y en a eu plein ! Que ce soit la première fois que tu sors du studio pro et que t’as ton album dans les mains, et que tu le mets à l’époque dans l’autoradio, dans le lecteur CD de la bagnole pour rentrer… On était partis enregistrer en Allemagne, et on avait je crois 9 heures de route pour rentrer. Et avec Nicolas on était restés pour le mix, et tous les deux on partait avec notre CD, en train de l’écouter en boucle pendant 9 heures ! Et on était extrêmement fiers. Extrêmement heureux et extrêmement faire. On l’avait fait comme des grands (rire) !

PL : Ca doit être quelque chose effectivement !

Manuel : Ah ouais, le premier c’est magique !

PL : Y a-t-il des groupes français qui t’inspirent en ce moment ?

Manuel : Je t’avoue que sur la scène française je n’ai pas suivi énormément ! Ce serait dommage de citer encore une fois Gojira, parce qu’ils sont incontournables et que c’est un groupe qui en plus d’être une machine de guerre sur scène réussit à apporter quelque chose de nouveau dans la création artistique. C’est vraiment un groupe admirable. Mais dans la scène française je n’ai hélas pas beaucoup suivi, je n’ai pas de nom qui me vient. Après y a quand même des groupes qui sont là depuis longtemps, y a Monolith, y a Think of A New Kind dans un autre genre qui sont des groupes qui savent tenir une scène et qui savent là aussi composer des choses hyper intéressantes au niveau musical. Mais dans les jeunes groupes je t’avoue que je ne sais pas ! Dans la scène internationale, je suis amoureux du groupe Leprous qui vient de sortir son dernier album, et ils ont un style incroyable, c’est vraiment génial ! Ils ont un chanteur de fou !

PL : Quel artiste penses-tu qu’on devrait interviewer ensuite ?

Manuel : Oh la la… Tu aurais dû m’envoyer ça à l’avance, j’aurais potassé un peu (rire) ! Pour moi y a un artiste (en plus de Leprous qui est une belle découverte) qui m’a profondément touché, mais plus dans le rock/folk, c’est un artiste américain qui s’appelle Father John Misty. Je trouve qu’il a un sens de la composition et des textes vraiment superbes. Je sais pas si c’est lui qui arrange sa musique, mais ses arrangements sont super. Et j’aime vraiment beaucoup ce qu’il fait. Pour moi c’est le fils spirituel des Beatles qui revient au 21ème siècle, j’adore !

PL : Du coup tu travailles sur un nouveau groupe, Arkan, est-ce que c’est parce que tes enfants ont grandi et que tu as un peu plus de temps pour ça ?

Manuel : Tu rigoles ?! J’ai encore moins de temps qu’avant ! Y a rien de pire qu’un ado au lycée qui a pas envie de travailler (rire) ! Non c’est vrai ils sont grands, mais ils ont beaucoup plus de devoirs et il s’avère que je suis un papa assez présent donc je fais attention à ça. Mais non, finalement, l’âge des enfants n’a pas particulièrement joué. Je pensais que ça allait libérer du temps, mais pas particulièrement. Ce qui fait que la musique reprend, c’est que l’amertume de la fin du groupe est passée et que quand j’ai pu partir en 2016 en tournée 10 ou 12 jours avec Melted Space en Angleterre pour une tournée en première partie de Symphony X, ça m’a redonné un peu envie de reprendre la route tout simplement. Et de faire partie d’un projet. Et Foued est arrivé à ce moment-là, il avait plus de chanteuse et il m’a demandé « est-ce que tu veux être ma chanteuse ? » Tu peux pas refuser une offre pareille (rire) !

PL : Du coup il y aura le concert au Petit Bain, que peut-on attendre de ce concert exceptionnel ?

Manuel : Alors déjà ce sera deux heures de concert qui vont balayer les trois albums et l’EP. Et puis la nouveauté qu’il va y avoir, même si c’est pas un argument de vente, c’est que je compte délaisser la guitare rythmique et la confier à un musicien avec lequel on a déjà tourné qui s’appelle Nicolas qui va donc assurer la guitare rythmique pendant que je me concentrerais sur le chant, donc ce sera le premier concert de The Old Dead Tree où je serai sans guitare !

PL : Merci beaucoup ! On se verra là bas !

Manuel : Avec plaisir ! A la prochaine !