[Live Report] An Evening with Bruce Dickinson

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Comme on vous l’annonçait en décembre, Bruce Dickinson était au Trianon à Paris pour une nuit de la Saint-Valentin très spéciale autour de An Evening with Bruce Dickinson, où le sir partage avec le public des confidences extraites de son autobiographie, What does this button do? Pozzo Live y était aussi, on vous met dans la confidence et on vous livre les détails de la presqu’interview qu’il a donnée en réponse aux questions des fans. Spoiler alert, on a été conquis !

La scène de An Evening with Bruce Dickinson attend le maître

C’est dans un cadre rococo que Sir Bruce Dickinson nous recevait pour partager les anecdotes de sa vie de rock star. Alors que la salle se remplit, l’écran du fond de scène diffuse des images du sieur et la musique d’ambiance est forcément accordée sur Iron Maiden. Une grosse horloge trône sur la scène tandis que les t-shirts à l’effigie d’Eddy et les vestes à patch s’installent. On attend LA star de la soirée en sirotant une bière. Le concept? 2h à parcourir la vie de Monsieur Dickinson, puis 30 minutes de réponses improvisées aux questions qu’ont posées les fans durant l’entracte.

20h15, avec un poil de retard les lumières s’éteignent et l’écran diffuse un film retraçant les étapes importantes de la vie du maître. Entrée en scène de l’artiste, standing ovation d’emblée, ça y est, le show est démarré. Après une première blague sur son caractère d’étranger post-Brexit en France – il réside désormais à Paris et parle français dans le texte -, on attaque dans le vif du sujet. Tout au long du show, des expressions françaises reviendront, attention charmante portée à sa patrie d’adoption.

Ce qui impressionne d’emblée, c’est la présence scénique de l’artiste. On est habitués à sa gestuelle et son énergie en tournée, mais seul sur scène, sans décor (l’horloge n’a pas résisté aux première minutes du spectacle), c’est encore plus frappant : l’homme est vraiment un showman né. Tout au long du spectacle, il incarne les personnages, transformant sa voix, vivant les situations, mimant les personnages. Tout y passe: son colocataire à l’université, la reine d’Angleterre, son garde du corps lors d’une tournée en en Pologne derrière le Rideau de Fer… Si l’homme n’avait pas été chanteur, il aurait été acteur. Des blagues et des vannes émaillent le spectacle, le rendant dynamique et vivant.

Première partie : An Evening with Bruce Dickinson, sa vie, son oeuvre

Brice Dickinson dans son showLa première partie du show suit les grandes lignes de son autobiographie. Pendant 2 heures, Bruce Dickinson nous détaille des morceaux choisis de sa vie, qui ont forgé l’homme qu’il est aujourd’hui. On attaque fort avec sa naissance, où sa mère à 16 ans le laisse aux soins de son grand-père pour s’enfuir avec son père et mener une vie d’artiste de cirque. L’occasion de nous parler de son oncle John, aviateur dans la Royal Air Force durant la 2e Guerre Mondiale, qui a fait naître sa passion pour les avions en lui racontant les histoires de batailles aériennes.

Son enfance dans une public school (pardon : comprendre école privée, les anglais aiment bien inverser le sens des choses) ? L’excuse parfaite pour nous rappeler à quel point il a toujours eu du mal avec l’autorité, et de nous parler de son (dés)amour pour les politiciens. L’épisode de son expulsion après avoir uriné dans le plat de haricots du Headmaster (l’infortuné mangeat le plat complet) et revendiqué l’attentat déclenche des fous rires dans la salle. Mais la public school, c’est surtout l’endroit où il se découvre un talent de chanteur, après une brève carrière de batteurs de bongos qui s’acheva quand ses camarades découvrirent qu’il chantait nettement mieux Let it be que leur baryton classique de bassiste.

Brice Dickinson en plein séance de mime

Master Bruce passe ensuite sur ses années d’université. Découverte des drogues, premières expériences sexuelles, premier groupe sérieux (Samson) : les anecdotes pleuvent, toujours soutenues par des traits d’humour so British. Le public est conquis : l’homme sait y faire. On appréciera les détails de ses mésaventures lorsque le groupe décida, dans un délire alcolo-médicamenteux, de se séparer de son management… L’éternel optimiste découvrit alors que valant 5 pounds la veille, les avocats lui attribuaient désormais une valeur de 175 000 pounds à rembourser intégralement… Bruce Dickinson « valait enfin quelque chose » !

 

 

Vient bien sûr son recrutement par Iron Maiden, déjà formé à l’époque. Quelques anecdotes sur le Rock in Rio plus tard, il est temps d’évoqué le goût très personnel – et totalement assumé ! – de l’artiste pour les pantalons… fantaisistes. Photos d’archive sur grand écran à l’appui, l’artiste fait preuve d’une sacrée auto-dérision avant d’évoquer sa rencontre avec la reine d’Angleterre.

On passe rapidement sur sa carrière solo. Un souvenir particulier revient cependant : le concert qu’il a donné à Sarajevo pendant la guerre, et ses pérégrinations sur la ligne de front, au-delà du no man’s land. Armé de photos, l’artiste nous montre (s’il fallait encore se poser la question après l’avoir vu en cuir moulant) qu’il en a dans le pantalon !

Séquence émotion lorsqu’il revient longuement sur l’épreuve de son cancer de la gorge. Son optimisme est frappant. Son médecin lui dit qu’il a juste manqué de chance ? Bruce Dickinson décide que tant qu’il portera sa barbe (affreuse – on a vue les photos !), un cancer ne pourra pas décemment décider de rester dans son corps. Suivent des anecdotes sur la perte de sa barbe (cheveux et moustache ont survécu), avant que la pause s’impose. 2 heures sont passées, on a l’impression qu’on vient de s’installer.

La presqu’interview

Retour en scène après 20 minutes de pose, durant lesquelles les fans ont pu poser leurs questions sur des fiches (que le staff avait oublié d’imprimer…) dans le lobby du Trianon.  Bruce Dickinson lit sur scène et improvise des réponses. On vous livre le résultat en mode interview !

Est-ce que tu envisages de refaire une tournée en solo ?

Définitivement ! Je dois faire un show à Rome fin mars, je suis en train de regarder ce que je peux faire. Je ne veux pas copier ce que fait Iron Maiden, ça n’aurait pas de sens. Mais quelque chose de personnel, plus intimiste, oui définitivement, ça aura lieu dans l’année !

As-tu déjà envisagé de lancer ta propre marque de pantalons?

Non, jamais ! Quelle idée…

Brice Dickinson a un visage très expressif

Te laisserais-tu tenter par un show de metal symphonique metal show ?

Non ! Mais c’est sûr qu’il y aura bientôt un show avec un orchestre, on fera quelques dates en Europe. J’adorerais jouer Empire of the Clouds, même si c’est un album si compliqué à rendre sur scène. Ce qui est sûr, c’est que nous joueront sur scène Alexander the Great un jour. On me le demande dès que je viens en Europe du Sud, toutes les questions des fans portent dessus !

Quel conseil donnerais-tu à toi jeune ?

De prendre un bon avocat ! [NDLR : il fait référence à l’épisode où Samson a viré son management…]

Qui, ou qu’est-ce que tu préfères dans la vie ?

Le jour de la Saint-Valentin, on ne révèle pas son amour secret. Mais je peux vous dire que le mien est dans la salle ce soir ! [cris approbateurs du public]

Quelle est la meilleure drogue que tu aies jamais prise ?

L’adrénaline ! Je n’ai essayé que 2 drogues dans ma vie, et je les ai vraiment trouvées sans intérêt. Pour moi, la vie est meilleure que toutes les autres options !

Quels sont tes prochains projets?

J’ai mis pas mal d’énergie et d’argent dans le développement d’un avion zéro-carbone. Je suis assez fier de dire qu’on a maintenant un prototype d’avion zéro carbone. C’est un avion hybride, à décollage vertical. Il peut emporter 10.000 kg de charge utile, j’ai une société qui le développe et on ambitionne de pouvoir faire des vols transatlantiques avec très peu, voire zéro émissions de carbone !

Quels personnages du passé sont tes héros ?

2 personnages : William Blake, que je considère comme le rebelle absolu. Et Patrick McGoohan, acteur surtout connu comme le créateur de la série Le prisonnier, dont il détient les droits. Mon manager se souvient encore de l’appel qu’il a du lui passer pour obtenir les droits sur le générique pour un des albums d’Iron Maiden [NDLR : suit une description détaillée de l’anecdote].

Durant ta dernière tournée, tu avais un Spitfire sur scène. Tu en as déjà piloté un ?

Oui, durant 20 minutes. C’était magique !

Et un planeur ?

Oui, une fois à Santiago. On a volé à 18.000 pieds au-dessus des Andes. Ce que je peux vous dire, c’est que quand tu as envie de pisser, mieux vaut ne pas être dans un planeur ! On a passé 3,5 heures magiques à voler, mais la descente a pris 45 minutes (c’était un très bon planeur), je n’en pouvais plus à l’arrivée !

Que penses-tu de la crise de Boeing ?

Rien de particulier… c’est une crise, ils doivent la résoudre !

Bruce Dickinson en séance d'explications

Parlons de Empire of the Cloud. Comment as-tu convaincu Steeve Harris d’accepter les cuivres et les violons ?

Le plus dur, ce n’était pas de les lui faire accepter, car en fait il aimait bien. Le pire, c’était de les lui faire enregistrer ! Nous étions tous en-dehors de notre zone de confort. L’intro par exemple commençait par un piano, et nous avions cette règle que personne en-dehors de Iron Maiden ne devait intervenir sur l’enregistrement. Du coup, pas de pianiste pro (ce qui aurait été beaucoup plus simple), nous avons dû enregistrer avec des claviers MIDI tout pourris que personne n’utilise plus depuis 15 ans. Heureusement, maintenant je connais une certaine personne qui a accès à un orchestre complet !

As-tu déjà envisagé de devenir politicien ?

Non. Nous n’avons pas besoin de changer le monde. Le problème, ce sont les gens, et les gens n’évoluent pas. Nous sommes plus intelligents que les singes, comme les singes sont plus intelligents que les vers de terre. Mais pas de beaucoup. Nous sommes des singes avec des I-Pads et des armes nucléaires. Je suis un optimiste, alors je veux croire que ça va aller, mais ça nous promet des moments… intéressants !

Te vois-tu encore tourner avec Iron Maiden dans 10 ans ?

Oui ! Si je suis toujours vivant… à un moment, il faut savoir quand te faire remplacer par un hologramme !

Que dirais-tu d’un show unplugged ?

Un show unplugged? NON!!! Quel est l’intérêt ? Nous ne sommes pas un groupe unplugged !

As-tu enjolivé les histoires dans ton livre, ou as-tu une bonne mémoire ?

Je suis quelqu’un de visuel, donc je me rappelle des choses comme des films. Quand j’ai écrit le livre, je me suis juste repassé les films de mes souvenirs et j’ai décrit ce que je voyais. Tu sais, avec Iron Maiden nous n’utilisons pas d’Autocue sur scène pour nous rappeler des paroles. Je sais que Rob Halford [NDLR : le chanteur de Judas Priest] en utilise un sur ses tournées solo. Je me suis foutu de lui… qu’est-ce qu’il affiche au juste ? « Breaking the law, breaking the law, breaking the law, breaking the law » … Moi, je dois visualiser physiquement les mots avant de pouvoir les chanter, je n’aurais pas le temps de les lire. Je sais que les Guns and Roses se sont disputés parce que leur chanteur voulait un Autocue. Vraiment ? Pourquoi ? Tout le public connait les paroles, et lui ne pourrait pas s’en souvenir ?

Bruce Dickinson donne de la voix
Qu’as-tu dit à Dave Mustaine quand on lui a diagnostiqué son cancer de la gorge ?

Je lui ai dit qu’il allait aller mieux, que tout irait bien. Il va mieux maintenant apparemment puisqu’il a repris les tournées, je suis content pour lui.

Il paraît que tu as rejoint la Royal Air Force ?

Oui! Ils ont fait de moi un membre honoraire. Le problème, c’est que je ne pourrai porter leur blouson que si je me coupe les cheveux ! Mais la récompense dont je suis le plus fier, c’est d’avoir été fait citoyen d’honneur de Sarajevo, le jour de leur fête nationale. Je suis vraiment très fier d’avoir partagé ce moment avec eux, ça m’émeut beaucoup.

Avec le temps, est-ce que chanter n’est pas devenu juste un job comme un autre pour toi ?

Mais va te faire f**** ! Chanter, c’est une passion. J’ai de la chance de pouvoir encore le faire après mon cancer, même si sur le coup, j’étais surtout préoccupé par le fait de ne pas mourir ! J’ai de la chance de pouvoir encore utiliser ma voix. Qu’aurais-je fait sinon ? J’y ai pensé à l’époque, et je me suis dis que certains chanteurs, comme Leonard Cohen, n’ont pas une grande voix. Mais ce sont quand même de grands chanteurs, car ce sont de grands raconteurs d’histoires. Leur voix est juste un medium pour dire les mots, ce n’est pas très important d’avoir une grande voix si tu sais bien raconter.

As-tu pensé à ouvrir une école de chant ? Ou à donner des cours toi-même ?

Non, pas vraiment. J’ai appris le chant tout seul à partir de livres, et de travail. J’écoutais les autres chanteurs et je leur piquais des trucs, j’analysais leur technique. Ma première vraie copine, avait une super technique de la langue [sifflements du public], elle me l’a montrée et je me suis dit « Tiens ! C’est vrai que ça marche ! ». J’ai beaucoup appris des notes qu’elle avait prises quand elle prenait des cours de chant. L’autre facette du chant, c’est l’émotion. Ça vient avec les années, au point qu’à un moment, tu ne peux plus la différencier de la technique, les deux sont entremêlées.

Pourrais-tu nous faire un échauffement vocal ?

Vous savez, le pire pour le chant, c’est de parler. On n’utilise pas du tout les mêmes muscles, et je viens de vous parler pendant 2 heures !

En ce jour de Saint-Valentin, pourrais-tu nous chanter le début de Wasting Love ?

Bien sûr, si j’arrive à me rappeler les paroles !

Suit une démonstration d’échauffement vocal sur les paroles de Wasting Love, avant que Master Bruce ne finisse son spectacle par les premiers couplets de The Book of Revelations.

Le verdict

Frontman hors-pair, showman infatigable, Bruce Dickinson nous a régalés, en 2 heures de conférence sur sa vie et 30 minutes de réponse à bâtons rompus à des questions qu’il ne n’avait pas préparées. Un grand Monsieur, un de ces artistes qui forcent le respect. Qu’on aime ou pas son style, on ne peut qu’être impressionné par l’homme, sa force de caractère, son éternel optimisme, et sa résilience. C’était un moment magique, merci Monsieur Dickinson !