[Live Report] Sunn O))) à la Gaîté Lyrique

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Ce week-end à cheval entre janvier et février est intensif pour cette superbe salle qu’est la Gaîté Lyrique, centre culturel en plein Paris. En effet, l’un des pionnier du drone metal (genre de metal aussi attractif que craint), Sunn O))) (à prononcer « Sun »), vient y planter sa bannière pendant 3 jours dans la capitale française, où se déroulera chaque soir une expérience sonore immersive unique. Ce duo américain (dirigé par Stephen O’Malley et Greg Anderson), qui a repris pour nom et logo exacts une ancienne marque d’amplificateurs, a pour passion une expression des sons et des ambiances comme peu d’artiste osent et imaginent le faire.

Pas de batterie, pas de rythme, des riffs de guitare réduits au minimum de leur instinct mélodique, une lenteur et une lourdeur extrêmes. Voilà ce à quoi les centaines de curieux à Paris auront droit pendant ce week-end inoubliable. Mais nos ricains, actifs depuis 1998, ne sont pas juste ici par hasard, car ils ont un, voire deux albums à promouvoir durant ces quelques dates de cette tournée européenne, explicitement intitulée « Let There Be Drone ». En effet leur nouveau bébé, Life Metal, sorti en avril 2019 chez Southern Lord Records, était très attendu de leur public, tant est si bien que son petit frère, Pyroclasts, lui a fait succession en octobre dernier chez le même label.

Retournons à nos moutons. Ces vendredi 31 et samedi 1er février seront ainsi destinés à Life Metal, tandis que le 2 février consistera en une session expérimentale, nommée SHOSHIN. C’est donc dans l’urgence que j’achète la toute dernière place du stock de tickets (oui oui) d’une célèbre enseigne de produits culturels pour avoir la chance de voir en live ce fameux Sunn O))), qui aura fait donc salle comble ce premier soir.

 

20h : RICHARD PINHAS

Il est 20h15 quand j’entre dans la salle, en plein milieu de la première partie, orchestrée ce soir par Richard Pinhas, que je ne connaissais pas. Honte à moi, après vérification, il est l’un des pionnier de la musique industrielle en France. Tout seul sur scène et armé d’une guitare, le bonhomme exécute ainsi de nombreux solos aux sonorités aigues, tantôt saturées tantôt cristallines, sur des backing tracks aux rythmes anormaux et aux sonorités folles. Un « apéritif » tout en douceur avant d’accueillir les monstres américains une demi-heure plus tard.

 

21h : SUNN O)))

21h. La salle se remplit de plus en plus, et mon excitation ainsi que celle de mon entourage, j’ose le croire, est à son paroxysme. Installé à côté de la régie, je visse mes bouchons d’oreilles dans mes tympans au maximum. En effet, le groupe est habitué (comme le veut le style), à performer avec un volume douloureusement élevé (les bouchons d’oreilles y étaient distribués de bon cœur par le staff ici présent).

Les lumières s’éteignent peu à peu pour laisser place à celles de la scène. Des stocks entiers de fumée s’échappent progressivement, s’installant à tous les coins de la salle, et immergeant le spectateur dans une atmosphère nébuleuse et mystérieuse. Les techniciens, pourtant, à quelques mètres de moi, ne ressemblent plus qu’à des ombres prisent dans des toiles d’araignées.

Ce mélange de fumée et de lumières fades dessinent peu à peu les couleurs les traits des covers des deux derniers albums, alors que la salle commence à se plonger dans un silence de messe quasi-total.

Encore quelques minutes puis vint le premier accord froid et envoûtant de Life Metal. Le son y est massif, et le compteur derrière moi indique 110 décibels. Le public et moi-même assistons au réveil fracassant et lourd d’un Dieu cosmique endormi depuis bien trop longtemps. La lourdeur du son fait trembler mes chauds vêtements d’hiver, et mon corps tout entier vibre aux pressions sonores exercées par les deux musiciens. Musiciens d’ailleurs imperceptibles de par l’air troublé nous entourant. « Troubled Air », n’est-ce donc pas le nom d’un des morceaux de Life Metal ? Si si.

Au bout de 30 minutes, la fumée commence à se dissiper et j’aperçois (difficilement), ce que je pense être Stephen O’Malley, brandissant sa guitare d’une lenteur extrême, et encapuchonné d’une toge de moine nihiliste venu d’un autre monde. Je ferme régulièrement les yeux et me laisse porter par ce voyage immense et écrasant, avec pour impression de partir dans l’infiniment grand, teintée de noirceur et de chaleur bouillonnante.

Après 1h20 de set, le son des guitares disparaissent et les lumières s’éteignent, symbolisant un entracte de 15 minutes bien méritées pour toute cette foule. En effet, de par le dépassement des limitations sonores française, le groupe a pour obligation de séparer d’une pause l’entièreté de sa prestation. Un décompte par projecteur d’un quart d’heure s’affiche d’ailleurs sur l’un des murs de la salle, tel un chronomètre prévenant l’explosion imminente d’une bombe.

La pièce se vide peu à peu, le temps à tout ce beau monde de regarder et d’acheter le merchandising (affreusement cher, 25 euros le t-shirt ou le poster, sans compter la pédale d’effet officielle du groupe à 300 boulasses…) mis à la vente et de passer si besoin par la case pipi.

Ce quart d’heure bénit par mes oreilles, sera de courte durée, et je m’empresse de retourner dans la salle, qui a d’ailleurs, perdue quasi la moitié de sa populace, l’entracte a dû sembler trop courte pour certains.

Les lumières s’éteignent à nouveau doucement, et une faible lumière met en scène le tromboniste de la formation, qui nous octroie un passage instrumental à l’allure orientale, nous alertant du début de la fin de ce show dantesque. Le trombone à coulisse laisse peu à peu place aux guitaristes, nettement plus visibles maintenant, brandissant leurs guitares vers le ciel, aux sons bourdonnants et aux larsens stridents. Vingt minutes plus tard, il est temps pour Sunn O))) de terminer le set, sous les pluies d’applaudissements, et de nous laisser voir les visages des musiciens sous ces capes sombres, souriants et visiblement conquis par le public parisien qui les attendait depuis longtemps.

Mais rien n’est encore fini puisque deux autres représentations auront lieux ces samedi 1er et dimanche 2 février, toujours placées sous le signe de la musique drone et expérimentale.

En bref, Sunn O))) est une formation unique sur scène, une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie, où se mêlent couleurs, guitares saturées et ambiances d’une lourdeur rare.

 

Setlist :

Richard Pinas

Improvisation (?)

SUNN O)))

  1. Novæ
  2. Troubled Air

Rappel :

  1. Troubled Air (part2)
  2. CandleGoat

 

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