Review : Opeth – In Cauda Venenum

0
544

« In cauda venenum » \in ko.da ve.ne.nɔm\ ou \in ka.u.da we.ne.num\ locution latine. Signification : se dit d’un texte ou d’un discours débutant gentiment, ce qui relâche le lecteur, et finissant soudainement sur un ton tranchant et méchant.

Alors comme ça, chez Opeth, on se prépare à mettre une claque surprise à son public ? Pour autant, ce n’est pas l’intention première du titre, qui a été choisi pour son rapport au scorpion à l’époque romaine. « Je me souviens que Travis et moi travaillions sur la couverture. Nous avions ce petit insecte, un scorpion, avec les cinq têtes des membres du groupe. Alors, quand je suis tombé sur l’expression  » In Cauda Venenum « , je me suis dit :  » Eh bien, c’est bizarre. Ici nous avons un scorpion et « In Cauda Venenum » peut se rapporter à des scorpions. » (Åkerfeldt)

Le treizième et très attendu album studio des suédois viens de finir de tourner dans notre lecteur. Et quelle beauté ! Les harmonies, les émotions et les couleurs musicales qui font la singularité musicale d’Opeth sont bel et bien de retour. Cerise sur le Toscatårta (gâteau suédois aux amandes), l’album se décline en deux versions : l’une chantée dans la langue natale du groupe, et l’autre dans un anglais plus « conventionnel » dirons-nous. L’exercice de proposer deux langages sur un album est souvent difficile à réussir, ce qui ne semble poser aucun problème à Opeth.

Dans les deux cas, la recette fonctionne et l’album se place comme digne successeur de son prédécesseur, Sorceress, avec quelques emprunts esthétiques, couplé à une maturité accrue de la musique d’Opeth. Comme toujours, les compositions sont particulièrement riches, des chœurs délicats qui nous accueillent sur « Garden of earthly delights », aux rythmiques Djent de « Charlatan ». Comme toujours, le synthétiseur aux sonorités 80’s rappel King Crimson et le Rock progressif anglais, tandis que les accords aux couleurs particulières des guitares donnent un côté jazzy à certains riffs.

Encore une fois, l’album dans sa globalité est d’une grande profondeur et varie d’une musique à l’autre, chacune ayant sa propre identité. Des Beatles à King Diamond, de Genesis à Tool, avec même quelques emprunts à la musique polyphonique médiévale, tout se retrouve mélangé dans une alchimie parfaite et virtuose. A chaque album, on croit qu’Opeth atteint le sommet de sa maturité, mais cette fois encore, force est de constater que la barre grimpe d’un cran.

Au fur et à mesure de notre écoute, on ne peut qu’être ébahi par la qualité de leur musique : mon dieu, que les passages à la guitares classique sont beaux. Que ce soit à la fin d’« Universal Thruth » ou en intro de « The Garroter », ou partout ailleurs, ça en donnerait presque des frissons. Les claviers, qu’ils soient pianos ou synthétiseurs apportent des couleurs étranges, apaisantes, lugubre… particulièrement expressives. Le chant, qu’il soit suédois ou anglais colle avec l’instrumental.

Enfin, la virtuosité des musiciens est utilisée à bon escient, dans son sens technique et esthétique sans jamais tomber dans la démonstration impersonnelle à seul but de flatter l’égo. Chaque instrument est mis en valeur grâce notamment à une production très propre qui laisse entendre distinctement chaque thème, chaque note, chaque accord.

Avec cette treizième pièce d’art, Opeth nous fait savoir sans conteste que le groupe s’impose comme LA formation de Metal Progressif d’aujourd’hui, grâce à une musique particulièrement expressive, riche, et belle, tout simplement. On ne peut vous inviter qu’à l’écouter dans ses deux versions pour en saisir toutes les subtilités.