[Review] Ozzy Osbourne – Ordinary Man

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Nous y voilà enfin. 10 ans que Ozzy Osbourne, Prince des Ténèbres, Rockstar et légende de son état, n’avait pas sorti d’album, hormis 13, album final de Black Sabbath, en 2013. Concerts, multiples tournées d’adieu, tracas médicaux et autres aventures ont parsemé la vie du rockeur septuagénaire pendant cette dernière décennie. C’est d’ailleurs une autre dernière révélation qui entre en scène quelques semaines avant la sortie de ce nouvel album, lorsque Ozzy et Sharon, sa femme, annoncent, émus, lors d’une interview pour une chaîne américaine, que l’anglais que l’on pensait invincible, est affecté depuis presque 20 ans par la maladie de Parkinson. Pas de panique, le britannique est de retour pour une nouvelle tournée européenne cette année. La cerise sur le gâteau est ce nouvel album, Ordinary Man (titre à moitié ironique lorsque l’on connaît un peu la vie du chanteur) dont personne n’avait soupçonné la venue avant la diffusion du single Under the Graveyard, en novembre dernier.

Ozzy s’entoure ici d’une nouvelle équipe, et pas des moindres : Chad Smith aux fûts (Red Hot Chili Peppers, Tarja…), Duff MacKagan à la basse (Gun’N’Roses, Alice in Chains…) et enfin Andrew Watt (producteur de Post Malone et de l’album ici intéressé) aux guitares. Une bien belle brochette de « grands », qui ont écrit l’album en 4 jours seulement. Des guests de renom viennent s’ajouter aux festivités comme Slash ou Elton John (oui oui). Alors vous me direz, une bonne équipe ne peut que gagner le match, mais dans le cas présent, on se rapproche plus de l’Argentine en Coupe du Monde 2018 que des victoires d’Olive et Tom… Explications !

Il faut être franc et direct: l’album n’est pas un fiasco total en soit, mais trop de défauts l’empêchent ici d’être un bon album. Tout commence avec Straight to Hell (qui s’est doté d’un clip à gros budget, dévoilé en janvier) et premiers titillements auditifs : la voix du plus américain des british est suraigüe, robotique, retouchée à l’extrême. On se demande même si Ozzy n’a pas fait ses parties vocales dans ses chiottes, une bouteille d’hélium dans la bouche. Pas loin, la voix d’Ozzy a été enregistrée lors de son triste séjour à l’hôpital (désolé pour cette blague délicate…). Pourtant le titre me fait bouger la tête à chaque écoute, grâce à un riff simple mais efficace, et aux paroles crues : le « I’ll make you cry, I’ll make you defecate » restera dans les annales (c’est le cas de le dire !). On notifiera d’ailleurs la participation de Slash au solo, mentionné plus haut.

Puis vient All My Life, première ballade de l’album, qui me rappelle dès le début les vieilles ballades du Prince des Ténèbres, comme les sublimes Mama I’m coming Home ou Road to Nowhere (1991). Le refrain est entraînant et j’en oublie vite les retouches forcées qui me faisait frémir quelques lignes plus haut. Goodbye prend ensuite place avec un riff lourd et écrasant, jusqu’à ce que le premier désastre arrive en deuxième partie : une couche de sonorités électros me fait saigner des oreilles (j’écoute pourtant des choses inécoutables pour le commun des mortels), et gâche le riff de base. Il ne sert à rien de nettoyer le vinyle ou le CD, car c’est bien de l’album que cette abomination provient… Nous retrouverons ce problème ensuite… Next !

Ordinary Man, le morceau éponyme s’emboîte (très mal d’ailleurs) ensuite à l’odieux Goodbye, et on soulignera déjà l’arrivée d’Elton John, au chant et au piano. Ordinary Man est donc une chanson sur la vie de rockstar et les effets du succès chez Ozzy et son compère, alors qu’ils étaient encore très jeunes. L’une des meilleures de l’album, on a perdu un point pour ensuite en retrouver un autre. Déboule maintenant Under the Graveyard, premier morceau à avoir été dévoilé, qui vient rejoindre le titre précédent en ayant cette fois-ci pour thèmes la dépression et la dépendance de notre anglais préféré à l’alcool et aux drogues, ainsi que ses premières relations fortes avec Sharon, sa future femme peu après son éviction de Black Sabbath, fin 70. Je vous conseille d’aller jeter un coup d’œil au clip, on y voit d’ailleurs un Ozzy interprété par l’américain Jack Kilmer, qui a aussi  interprété le défunt chanteur de Mayhem, Dead, dans le controversé Lords of Chaos, l’année dernière. Nous arrivons maintenant à ce que je pense être le dernier titre potable de l’album. C’est avec une intro à l’harmonica que Eat Me commence, et je pourrai dire ici que ce dernier est le titre le plus « sabbathien » du LP, avec un premier riff et une ligne de basse rappelant les morceaux cultes de Master of Reality, album ayant inspiré la quasi-totalité de la scène stoner rock et doom émergente à l’époque. Je ne vois pas d’utilité à détailler en profondeur la suite de l’album : Today is The End n’a pas d’intêret à mes oreilles et Scary Little Green Men, malgré un bon refrain et une bonne intro, se gâchent tout seuls par la production très « froide » qui se fait de plus en plus sentir/subir.

Vous l’attendiez comme le messie devant une porte d’église, il est enfin là ! La grande foirade de cette fin d’album est pour moi une cata sans nom. Le morceau Holy for Tonight, hommage d’Ozzy à son père décédé il y a bien longtemps (cause de sa dépression qui lui aura valu son retrait de Black Sabbath en 1977) échappe au dérapage, car il a su musicalement et textuellement m’émouvoir, il est vrai. Mais la suite me fera plutôt pleurer dans le mauvais sens du terme, car la surcouche électronique sur It’s a Raid (pourtant très punky), vient gâcher tout le morceau, même son intro à la Motörhead est noyée dans une bouillie de pixels sonores, telle une Playstation 1 bloquée sur écran de démarrage (certains joueurs ici sauront). Post Malone ici en featuring ne sert à rien, et pour ma part cet avant dernier titre précédant  le grand final est le pire. Dommage, car le break améliore un peu l’ensemble, mais la suite ne fait que remettre au fond de l’eau le peu de bonnes idées apportées.

Pour clôturer le tout, je me serais bien passé de ce mauvais final qu’est Take What You Want, composé par Post Malone… Cette fois, c’est Ozzy qui est en feat avec le rappeur ainsi que Travis Scott. Le deuxième rappeur n’apporte que du vent à cette chanson à laquelle je n’ai pas été sensible (ce mélange « pop/rap/rock » m’a laissé de marbre), et qui signera la fin de cette review mouvementée, ainsi que de cet album en demi-teinte.

En conclusion, cet album est une énorme déception. Composé avec fénésie et rapidité (ce qui n’est pas forcément un manque de travail et de recherche en soit), cet LP ne contient que trop peu de bonnes idées: trop terne, trop « moderne », trop « froid », trop « fake ». Les briques étaient là mais quelqu’un a décidé de pisser sur le plan de la bâtisse, en empoisonnant l’ensemble par des influences électros à la limite de l’écoutable et par une production peu chaleureuse. La voix d’Ozzy Osbourne est ici contestable, je n’ai eu de cesse de le dire. Était-ce vraiment nécessaire de la mixer aussi aigüe ? Pourquoi ? Ozzy a entendu sa voix devenir plus grave au fil des années et ce timbre avait été bien géré lors des précédents albums et de son passage de frontman de Black Sabbath à celui de rockstar solo début années 80. Je ne peux que crier à Zakk Wylde de revenir à la composition (le début d’écriture de cet article prend suite à la superbe performance de Zakk Sabbath au Trianon…), et de nous composer quelque chose de plus « traditionnel », plus Ozzy ! C’est sûr, cet album m’a fait « cry » et « defecate », je ne savais pas que la rockstar avait prédit mon opinion lors de Straight to Hell… Mais peut-on vraiment en vouloir au Prince des Ténèbres ? Carrière magique, inventeur d’un style unique, premier chanteur d’un monde énorme et invincible qu’est le heavy metal ? Non. Cet album, sûrement le dernier d’un monstre à la vie mémorable, n’est qu’une sortie de plus, regardant de haut les premiers albums de l’inconditionnel anglais. A la prochaine, on l’espère.

N’oubliez pas : ALL ABOARD ! Et que Dieu bénisse Ozzy Osbourne.

 

Note : 6,5/10

 

Tracklisting :

  1. Straight to Hell
  2. All My Life
  3. Goodbye
  4. Ordinary Man
  5. Under the Graveyard
  6. Eat Me
  7. Today Is the End
  8. Scary Little Green Men
  9. Holy for Tonight
  10. It’s a Raid
  11. Take What You Want