Chat Pile ne ralentit pas, il affine le tir. Le quatuor d’Oklahoma City revient le 4 septembre avec Who Loves The Sun, un troisième album toujours aussi brutal mais traversé de mélodies héritées de l’indie rock 90s et de la new wave.
Après God’s Country et Cool World, le groupe pousse encore plus loin son noise rock anxieux pour raconter un monde usé, apathique, comme coincé dans une fin du monde au ralenti.
Un nouvel album pour une fin du monde au quotidien
Depuis un peu plus de six ans, Chat Pile est passé du statut de passion project de cinéphiles et musiciens locaux à celui de groupe culte de la scène heavy underground des années 2020. Leur marque de fabrique : un noise rock craspec, écrasant, où tout semble sur le point de s’effondrer.
Who Loves The Sun s’inscrit dans cette ligne, mais élargit le champ. Là où God’s Country s’attardait sur un malaise très américain, et Cool World sur une planète broyée par la violence systémique, ce nouvel album zoome sur un sentiment partagé un peu partout : cette impression de vivre dans une boucle de doom permanente.
Montée des eaux qui engloutissent les villes, jobs sans horizon, existence pilotée par les données et les algos… les dix titres dessinent une humanité qui regarde la catastrophe en face, mais ne bouge plus. Pour le bassiste Stin, ce qui paraissait très américain parle finalement à des auditeurs du monde entier, preuve que ce malaise est devenu global.
Noise rock abrasif, mais avec des hooks en embuscade
S’il reste agressif et frontal, Who Loves The Sun surprend par son travail sur les hooks. Chat Pile va piocher dans le rock alternatif et l’indie d’avant les années 2000, la new wave ou même le trip-hop, sans jamais diluer sa violence.
On le sent sur « Deep Blue », cauchemar saturé de lumière bleue aux guitares fébriles, ou sur « Christabel ‘26 », écrasé par un tempo de marche funèbre et des lignes vocales répétées comme des incantations sanglantes. Le groupe assume des influences plus mélodiques, jusqu’à revendiquer des touches à la XTC dans le jeu de guitare.
« Same Rules » est construit autour d’un enregistrement 4 pistes et d’un beat presque trip-hop, pour mieux servir un texte sur l’isolement. À l’autre bout du spectre, le final « October All The Time » dévoile un visage inattendu de Chat Pile, entre voix presque murmurées et guitare acoustique, comme une victoire hantée au milieu des ruines.
Une ville-fantôme en toile de fond et une tracklist sous tension
L’album reste viscéralement lié à Oklahoma City, personnage récurrent dans l’univers de Chat Pile. La pochette montre la Devon Tower, immense tour de verre presque vide, dominant une maison ou boutique brûlée au premier plan. Un symbole parfait : promesses creuses dressées vers le ciel, pendant que la réalité crame au sol.
Ce décor de ville-fantôme colle à l’atmosphère du disque, renforcé par quelques invités triés sur le volet. Les chanteuses Claire Hannah et Brittany Sawtelle (Nightosphere) viennent épaissir les harmonies sur « Intruder » et « Influence », tandis que le guitariste Hayden Pedigo apporte une touche plus spectrale sur « Family Funeral ».


Voici la tracklist complète de Who Loves The Sun :
- Creature
- Deep Blue
- Same Rules
- PEN I S MALL
- Shrine
- Intruder
- Christabel ‘26
- Influence
- Family Funeral
- October All the Time
Entre colère, lassitude et mélodies qui s’accrochent à la crasse, Chat Pile continue de sculpter un noise rock « beau dans sa laideur », à la fois brut et étrangement fédérateur. De quoi donner très envie de plonger dans Who Loves The Sun dès sa sortie, histoire de mettre un peu de vérité brute dans le flot de contenus jetables.
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