Tu crois avoir déjà fait le tour du punk à guitare-basse-batterie ? Perennial vient brouiller les cartes avec “Modernism”, un album où l’orgue remplace la basse et où chaque morceau explose en moins de deux minutes. Dès les premières secondes, le trio balance une décharge de riffs mod, de cris en duel et de groove 60’s qui donne surtout envie de monter le volume.

Un trio punk… avec orgue à la place de la basse

Il suffit de lancer “Modernism” pour comprendre que Perennial ne joue pas sur un simple gimmick. Après un court larsen et un riff d’intro expédié, le groupe déboule avec un motif nerveux, gonflé à bloc, qui claque comme un uppercut. L’orgue prend la place de la basse, mais il ne se contente pas de boucher les trous : il taille dans le mix, il percute les voix, il donne au son ce côté soul sous amphétamines.

Les ingrédients restent simples, et c’est ce qui accroche. On entend des riffs élastiques et ultra saturés, une caisse claire qui frappe comme un coup de feu, et ces fameux coups d’orgue qui ponctuent chaque phrase hurlée. Le tout sonne à la fois brut et terriblement stylé, comme si un groupe de la Motown avait été capturé par un label post-hardcore.

Perennial revendique d’ailleurs un cocktail “Motown-via-Dischord” saupoudré de chic mod 60’s. Et à l’écoute, cette promesse ne part pas en théorie vague : elle se matérialise dans chaque riff, dans chaque break sec, dans chaque seconde où l’album refuse de perdre du temps.

Entre cool 60’s et fureur post-hardcore

Si la formule de Perennial est claire, chaque titre de “Modernism” l’emmène un peu ailleurs. Certains morceaux, comme “Perennial ‘65” ou “What’s New On The Beat Scene”, appuient sur le fantasme des sixties : on imagine des costards étroits, des clubs enfumés, des kids qui twistent en sueur. L’orgue y souligne ce côté rétro, tandis que les riffs gardent l’urgence punk.

À l’inverse, des titres comme “Cloak & Dagger” ou “Emma Peel” plongent davantage dans un tourbillon post-hardcore. Les guitares s’y font plus abrasives, les rythmiques plus nerveuses, et Perennial glisse même un passage à la basse au son outrageusement sale sur “Cloak & Dagger”. Plus loin, “Ready! Steady! Go!” dégaine un solo de guitare tranchant qui renforce encore la dimension rock & roll du disque.

Le duo vocal Chad Jewett / Chelsey Hahn joue un rôle clé dans cette tension permanente. Les deux s’échangent les lignes comme dans un appel-réponse dément, chacun hurlant à pleine gorge, comme s’ils tentaient de franchir une barrière sonore imaginaire. Cette dynamique donne aux chansons une vraie théâtralité, sans jamais casser le rythme.

Modernisme, slogans cryptés et élégance nerveuse

“Modernism” dure à peine plus de vingt minutes pour dix titres, et c’est clairement voulu. L’album laisse très peu de répit, hormis quelques respirations d’orgue ou de tambourin, et un pont plus inquiétant, presque Fugazi tardif, sur “Me and the Magpie”. Plutôt que d’empiler les expérimentations, Perennial choisit la ligne droite : le disque reste fixé sur l’énergie, la tension, la sueur.

Les textes prolongent cette esthétique mod et sixties. On y croise des allusions à “Going Underground”, à Jack Kerouac (malicieusement rimé avec “heart attack”) ou à Emma Peel, personnage iconique incarné par Diana Rigg dans la série “The Avengers”. La plupart du temps, les refrains ressemblent à des slogans étranges : “Baby, Modernism’s coming for you”, “I’m feeling abstract, baby, are you abstract?” ou encore “The red, red robin goes bop, bop, bopping”.

Ces phrases sonnent presque comme des codes secrets de Guerre froide, ou comme des messages capables d’ouvrir un passage temporel entre un club de 1965 et une cave de 1985. C’est là que Perennial marque des points : le trio ne se contente pas de hurler plus fort, il injecte du style, des images et une vraie attitude dans son punk. Résultat, “Modernism” réussit à faire tenir dans vingt minutes une bonne claque d’adrénaline, avec une élégance qu’on ne croise pas tous les jours dans le genre.

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