Avec Manslayer, le groupe de metal louisianais BRAT sort l’artillerie lourde. Death metal primitif, hardcore trempé dans les marécages, thrash assassin… et un angle rare dans l’extrême : la vengeance féminine, inspirée par la country. Oui, tu as bien lu.

La country de vengeance, carburant secret de Manslayer

Derrière les blasts et les riffs, Liz Selfish a pensé Manslayer en écoutant… des tubes country sur les femmes qui se vengent. Des morceaux comme “Before He Cheats” ou “Gunpowder & Lead” deviennent ici l’étincelle d’un disque où ce sont les hommes qui finissent au sol, pas l’inverse.

Liz explique qu’en death metal, ces histoires existent peu, surtout parce que les femmes y restent minoritaires. Elle décide donc de retourner les tropes, couteau en main, pour écrire des textes qu’elle-même n’avait jamais entendus dans le genre. Résultat : un album qui marie violence sonore et imaginaire slasher, avec un point de vue clairement assumé.

C’est aussi la première fois que la chanteuse prend en charge tous les textes. Sur le précédent Social Grace, c’était le guitariste Brenner Moate qui tenait la plume. Ici, il se concentre sur les riffs pendant que Liz transforme la rage en storytelling sanglant.

Death, hardcore, thrash : 17 titres pour régler ses comptes

Enregistré en dix jours à Chicago avec Andy Nelson (Weekend Nachos) à la production, Manslayer se veut plus cohérent et frontal que son prédécesseur. BRAT ne lâche jamais l’intensité, mais varie les angles d’attaque pour coller aux histoires racontées.

Liz voit l’album comme un disque en deux temps. Sur la première moitié, elle déforme les galères quotidiennes des femmes avec un filtre horreur et camp. On croise par exemple le body horror de “Botch Tox”, plongé dans la chirurgie plastique, ou un passage chez le gynéco qui vire à l’enfer sur “Speculum Bleed”.

Sur la seconde moitié, l’heure est clairement à la vengeance. Des titres comme “Ways To Kill Your Husband” ou “Spit On His Grave” ne laissent pas place au doute. “Trophy Hunting” s’attaque aux hommes mûrs en quête de femme trophée, tandis que “Aileen Wuornos” s’inspire de la célèbre travailleuse du sexe devenue tueuse en série, parfaite figure de cette rupture violente avec l’ordre établi.

Musicalement, BRAT navigue entre death très body horror, passages hardcore plus directs (“Asking for Hell”, “Blistered Tongues”) et histoires épiques façon thrash (“Heretic”, “Manslayer”, “Bloody Mary”). L’album aligne 17 morceaux taillés pour cogner, mais en gardant toujours ce vernis rose, camp et volontairement féminisé cher au groupe.

Bimboviolence, guests et promesse de chaos sur scène

Pour Manslayer, BRAT invite aussi quelques alliés de poids. David Davidson de Revocation pose un solo acrobatique sur “Femicidal Vengeance”, parti favori du groupe. Sa guitare surgit en fin de titre et pousse encore plus loin la frénésie générale.

Sur “Blistered Tongues”, Liz partage le micro avec Candace Buckingham de Walls of Jericho. Après les avoir vus sur scène lors d’une croisière Headbangers, le choix s’impose : Candace apporte sa voix surpuissante à un morceau qui penche franchement vers le hardcore.

Avec ces invités, une production massive signée Brad Boatright au mastering et un artwork macabre de Wes Benscoter, BRAT passe clairement un cap. Le groupe parle lui-même d’une évolution de sa “bimboviolence” : toujours fun, toujours camp, mais plus sombre et plus ouvertement brutale.

Sur disque, Manslayer ressemble à un film d’horreur féministe tourné dans un marécage. Sur scène, ce cocktail promet le chaos total. Si tu cherches un album extrême qui casse les codes sans perdre en sauvagerie, il va clairement falloir garder BRAT dans ton radar.


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