[Interview] Notre interview de Boban Milunović – créateur du Metaldays – à Paris

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Retrouvez ici notre interview de Boban Milunović – créateur du Metaldays – à Paris au Hard Rock Café.

Tête-à-tête avec Boban Milunović, organisateur du festival MetalDaysPozzo Live

 

Pozzo Live a rencontré Boban Milunović, l’un des fondateurs et organisateurs du festival MetalDays, qui n’a pas hésité à partager les dessous de l’organisation de festivals. Il s’est livré en détail sur cet énorme festival de Slovénie qui rivalise avec d’autres mastodontes, mais a aussi évoqué ses futurs noms de rêve et la scène musicale en général, car Boban Milunović est un amateur de musique avant tout. Retour sur un échange passionnant et convivial.

Pozzo Live : Pensez-vous que vos festivals apportent de la visibilité à la Slovénie, à l’échelle internationale ?

Boban Milunović : Oui, tout à fait, et nous le tenons pour sûr. En effet, nous réalisons une enquête après chacune de nos éditions, et l’une de nos questions est « Comment avez-vous découvert la Slovénie ? »  Il en résulte que 78 % de nos visiteurs entendent parler de la Slovénie grâce à notre festival.

 

PL : Vous avez de grosses têtes d’affiche cette année, comme Arch Enemy, Dream Theater ou encore Architects. Comment réussissez-vous à décrocher des groupes aussi prestigieux ?

BM : Le festival en lui-même est devenu un festival bien établi, à la réputation solide. C’est l’un des gros festivals de métal d’Europe, et les groupes aiment y jouer, car c’est un festival qui jouit d’une excellente communication, et qui touche une large audience. L’ambiance y est géniale, et pour les artistes c’est très appréciable.

 

PL : Étiez-vous un fan de musique à la base, qui a souhaité créer son propre festival par la suite ?

BM : Tout à fait, j’ai toujours été un grand amateur de musique, j’ai grandi à la fois en écoutant du métal et du blues, et encore aujourd’hui, je continue d’écouter de la musique et d’acheter des disques.

 

PL : Et quel type de support préférez-vous : les CD ou les vinyles ?

BM : Sans hésiter les vinyles, je n’ai pas de CD chez moi [rires]. J’utilise Tidal, un service de streaming en qualité master et hi-fi, j’écoute en streaming les musiques qui me plaisent, et j’achète aussi les disques.

 

PL : Avec la standardisation des festivals en général, est-il devenu plus facile ou plus difficile pour vous d’engager des artistes au MetalDays, si l’on vous compare à d’autres gros festivals produits par des géants tels que LiveNation, sur les mêmes périodes ou mêmes zones géographiques ?

 

BM : Je dirais que c’est l’argent qui dirige le monde, et que si un artiste obtient une meilleure offre ailleurs, il la saisirait certainement. Toutefois, dans notre région, nous n’avons pas vraiment de concurrents, nous sommes le plus gros festival, par conséquent lorsque les artistes réalisent leurs trajets de tournées en Europe, ils ne manquent pas d’ajouter l’étape du MetalDays à leur parcours, car ils aiment vraiment y jouer.

 

PL : Les genres de prédilection du MetalDays sont plutôt le heavy métal, et le métal extrême. Allez-vous continuer à proposer ce genre de musiques, ou bien comptez-vous explorer d’autres styles ?

BM : Nous essayons de mettre à l’affiche divers styles de métal, nous ne nous focalisons pas sur un seul genre de métal en particulier. Je suis très satisfait de l’affiche de cette année, car cela va du noise avec Neurosis au black métal symphonique de Dimmu Borgir, en passant par tout ce qu’il y a entre les deux. C’est l’approche que nous maintiendrons également à l’avenir.

PL : Quels sont les défis que vous rencontrez lorsque vous organisez un tel festival ?

MD : L’une des choses délicates à gérer réside dans notre emplacement au sein du parc National, et les nombreuses réglementations et exigences concomitantes provenant de la municipalité comme le fait qu’il est interdit de camper dans certaines parties du site, car il s’agit de forêts protégées. Aussi, il y a deux fleuves qui entourent notre site. S’il est appréciable pour les festivaliers de pouvoir nager et assister aux concerts, à la nuit tombée, lorsqu’ils se garent ou qu’ils boivent, cela peut être dangereux si quelqu’un tombe à l’eau. À cet égard, nous disposons d’une sécurité renforcée en matière de maîtres-nageurs. Ce sont les principales difficultés rencontrées.

 

PL : D’ailleurs, avez-vous peur parfois que certains festivaliers éméchés se noient ?

MD : Évidemment, mais nous mettons tout en œuvre pour que ce genre d’évènements ne se produise pas.

 

PL : Quelles anecdotes drôles ou originales concernant le festival ou les groupes pouvez-vous nous raconter ?

MD : Je me rappelle que lorsque nous avions reçu Motörhead, nous leur avions réservé un logement luxueux, et Lemmy est sorti du bus en disant « Hors de question que je reste ici, je veux un hôtel avec une machine à sous ! », alors que c’était vraiment un bel endroit, avec un super chef et plein d’autres commodités ! J’ai alors conduit jusqu’à la ville la plus proche, mais tous les hôtels étaient complets, et il n’y avait qu’un hôtel doté d’une machine à sous. Je les ai convaincus de me laisser aller voir par moi-même dans les chambres, pour tenter de convaincre des hôtes de procéder à un échange ! Un couple de personnes âgées a accepté de céder sa place, et de se rendre dans notre logement coquet en échange. Résultats des courses, Lemmy était content, et ces personnes aussi !

PL : Tout le monde y a trouvé son compte !

MD : Oui [rires] !

 

PL : Quels conseils donneriez-vous à des groupes émergents pour qu’ils aient une chance d’être programmés dans vos festivals ?

MD : Chaque année, nous programmons trois nouveaux groupes, et nous avons aussi ce programme appelé « New Forces », une scène spéciale pour ces formations en herbe. Ainsi, nous nous efforçons de promouvoir ces groupes parmi les groupes principaux et leur offrir d’excellentes conditions. Nous souhaitons leur montrer ce que c’est de jouer dans de plus gros festivals avec tous ces groupes.

 

PL : Il y a de plus en plus de festivals en France comme le Hellfest et le Download, ou d’autres comme le Lollapalooza, etc. Pensez-vous que d’autres producteurs et organisateurs de festivals vont « envahir » le territoire de la Slovénie ?

MD : C’est possible oui, mais la Slovénie est un tout petit pays d’à peine 1,9 million d’habitants. Nos festivals accueillent seulement 20 % de Slovènes, le pourcentage restant se constitue de festivaliers étrangers. Sur ce plan, je ne crois pas qu’il soit vraiment intéressant pour des tourneurs tels que LiveNation de venir en Slovénie, car ils devraient faire en sorte d’attirer encore plus d’étrangers en Slovénie, ce qui n’est pas chose aisée. Par exemple, s’il y avait une édition du Download Ljubljana, et une autre du Download France, un festivalier français n’aurait pas vraiment d’intérêt à aller jusqu’en Slovénie, car c’est le même festival. Or, MetalDays est un festival à part entière qui n’a pas son pareil, et qui attire de nombreux Français par sa particularité.

 

PL : Pensez-vous qu’ils feraient le pari de tenter d’attirer plus de Slovènes dans ces festivals ?

MD : Peut-être, mais encore une fois, proportionnellement parlant, il sera compliqué d’attirer 60 000 Slovènes sur une population qui en compte 1,9 million, ce qui est même bien moindre qu’une ville comme Paris !

 

PL : Vous avez créé cinq autres festivals : Winter Days of Metal, Overjam Festival, Bluesland et Punk Rock Holidays. À quand un festival de rap ?

MD : Je n’ai jamais songé à un festival de rap, mais pour vous expliquer, nous sommes un groupe de 11 personnes, et certaines personnes s’occupent de musiques spécifiques, par exemple de reggae à Overjam ou de punk. Personnellement, je ne suis pas un fan de musique punk ou de reggae, et en business, il faut que le cœur y soit, c’est pour cela que dans le cas d’un festival rap, il nous faudrait intégrer des personnes qui viennent de la scène rap, et je n’ai pas d’amis dans ce domaine ! [rires]

 

PL : Nous avons les Metal Days, et pourquoi pas les « Metal Nights » ?

MD : Ce ne serait pas possible, car nous ne sommes pas autorisés à jouer après 2 h du matin. Il faudrait dans ce cas que le festival soit silencieux, avec des écouteurs par exemple !

PL : Cela serait-il possible en intérieur ?

MD : Ah oui, bonne idée, je n’y avais pas pensé, en intérieur ça pourrait peut-être marcher. Honnêtement, je ne connais aucun endroit à Ljubljana qui pourrait accueillir un événement la nuit.

PL : Vous pourriez par exemple créer une « before » à la Knot Fest, juste avant le festival MetalDays, programmer une Metal Night, en guise de hors-d’œuvre ?

MD : À vrai dire, c’est une bonne idée, une bonne thématique qui pourrait faire une bonne pub, mais je ne vois pas comment concrétiser cela, à cause de la réglementation.

 

PL : Vous êtes un fan de métal. Quels groupes souhaiteriez-vous programmer à l’affiche de vos festivals ? Quels sont les groupes que vous écoutez actuellement ?

MD : J’aimerais bien programmer Tool ou Alice in Chains au MetalDays. J’aimerais aussi accueillir Blackberry Smoke, Gary Clark Jr ou encore Kenny Wayne Shepherd au Bluesland. Ces derniers temps, j’écoute beaucoup de Rivals Sons que j’adore, leur dernier album est génial, je suis aussi un grand fan de Bowie, qui malheureusement n’est pas disponible ! [rires]

PL : Peut-être en hologramme !

MD : J’adore aussi AC/DC.

PL : Pozzo Live est très fan de grunge métal également, donc ce serait vraiment top.

 

PL : Je vous laisse le mot de la fin…

MD : Si vous recherchez une expérience de festival radicalement différente, qui ne soit pas uniquement axée sur la musique, mais où vous profiterez aussi de tout ce qui est synonyme de vacances, à savoir une nourriture excellente, la baignade, les grands espaces, du deltaplane, canyoning, rafting, saut en parachute, massages, ou tout ce qui peut vous fait plaisir, et avec en prime de la bonne musique, alors c’est l’endroit qu’il vous faut !

Site Internet

Billetterie

Interview menée par Charles Pozzo Di Borgo, organisée par Replica Promotion.

Retranscrite et traduite par Stela Estrela.