[Interview] On a rencontré Luka van de Poel de DeWolff !

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Le mois dernier nous avons eu la chance d’échanger quelques mots avec le batteur d’un des groupes de blues rock les plus en vue du moment : les excellents DeWolff ! On a donc pu discuter entre autres du processus de création hors du commun de Tascam Tapes, qui sortira ce vendredi ! Bonne lecture !

Luka van de Poel : Salut mec !

Pozzo Live : Salut ! Tu vas bien ?

Luka : Je vais bien, et toi ?

PL : Bien aussi ! Ça fait un moment depuis la dernière fois que je vous ai vus, à Lille en 2016, avec Night Beats. Tu peux nous raconter un peu où vous en êtes avec DeWolff depuis la dernière fois ?

Luka : Ce qui est arrivé avec DeWolff depuis 2016… Eh bien beaucoup de choses ! Pendant ce temps on a sorti Thrust, on l’a sorti en 2018, début 2018. Puis on a commencé à tourner dans toute l’Europe. Et on a joué tellement de concerts en 2018 ! Je crois qu’on en a joué environ 150 ou quelque chose comme ça ! Et je pense que la partie la plus cool de la tournée était à la fin de 2018. On est allés en France, en Espagne, en Allemagne, en Autriche… Tous ces pays pour la deuxième fois de l’année, et sur cette tournée on a enregistré notre nouvel album, qui sort en janvier. Donc pendant qu’on tournait pour Thrust, on enregistrait déjà un nouvel album. Il sort bientôt. Donc c’est le principal : on a sorti un album, on a beaucoup tourné et on a grandi en tant que musiciens aussi, je pense. Tu vois, 3 ans pour un musicien c’est beaucoup, tu apprends beaucoup en 3 ans. Et voilà, c’est le principal je pense.

PL : Vous avez mentionné que votre nouvel album, Tascam Tapes sort en janvier…

Luka : C’est exact, oui.

PL : Si on en croit la couverture, il a carrément été enregistré en tournée, tu peux nous en parler un peu plus spécifiquement ?

Luka : Avant qu’on parte sur cette tournée, Pablo (van de Poel, chanteur du groupe et frère de Luka, ndlr) est venu nous voir avec cette idée, il a dit : « et si on écrivait et enregistrait un nouvel album en tournée ? » Et on était genre « OK, c’est fou, mec ! » Au début on pensait que c’était une idée folle, car tourner peut être très dur, parfois. Tu joues tous les soirs, tu dors peu, tu bois trop… Donc on était comme « OK c’est une mauvaise idée » puis on a collecté tout le matériel pour enregistrer, c’est à dire de petits instruments, un enregistreur cassette, qui était la seule manière portable d’enregistrer en analogue. Parce que tu sais, on aurait pu emmener un ordinateur, mais on est pas fan de ça. On voulait utiliser de l’équipement analogue. Donc l’enregistreur cassette était la chose la plus logique à utiliser. Puis on a commencé à le connecter à la batterie de la voiture pour avoir un vrai studio portable. Pas de la manière qu’avaient les Rolling Stones, dans un camion géant, mais on était assis dans notre van Sprinter, qui est très petit, et on utilisait tous ces  petits instruments pour écrire et enregistrer le nouvel album littéralement sur la tournée, sur la route. Donc c’est aussi littéral que possible. Ce qui est sur la couverture, c’est ce que c’est.

PL : C’est aussi écrit sur votre site internet que vous n’avez utilisé ni batterie, ni ampli, ni orgue Hammond. Comment avez-vous fait ça ?!

Luka : (rire) Oui bien sûr il y a de la batterie sur l’album, mais parce qu’on n’avait pas de place, on n’avait pas la place pour une batterie dans le van. Donc on a pensé à la manière la plus cool d’enregistrer la batterie sans utiliser de batterie. Et c’était de la manière avec laquelle les DJ de hip hop le faisaient dans les années 80 et 90, et c’était avec des samples. Avec des grooves super cool se soul et de funk, sur vinyles. Donc quand j’étais chez moi, avant que la tournée commence, j’ai  enregistrer tous ces breaks et intros super cool de batterie de vieux albums de funk et de rock n’ roll, et je les ai mis sur un sampler de batterie. Donc toutes les batteries sur l’album que tu entends, c’est des samples de batterie. Soit d’un vieil album de soul, soit d’un vieil album de funk… On a aussi enregistré quelques parties de batterie que je jouais en tournée, et on l’a samplé. Donc c’est que des samples, c’était la meilleure manière et la plus cool d’utiliser de la batterie sans en utiliser.

PL : Ça a pris combien de temps en tout de faire l’album ?

Luka : Ça a pris le temps qu’a duré la tournée. On a tourné au total 6 semaines en Europe puis on a fait encore 2 mois aux Pays Bas, mais c’était juste le week-end, donc on était pas aussi productifs que sur les 6 premières semaines. Donc je dirais 6 à 8 semaines, parce qu’on a aussi fini certaines chansons dans notre studio. Parce qu’il y avait certaines chansons qui n’étaient pas complétées, on a dû enregistrer des voix, on a dû enregistrer du piano, tu vois. Faire des overdubs pour en faire un album complet. Parce que tu vois quand on a fini la tournée on avait toujours 10 ou 11 morceaux, qui n’étaient pas totalement finis donc on a dû les finir. Je dirais 2 mois, au moins 2 mois.

PL : Y a-t-il une chanson qui a été difficile à faire sur l’album ?

Luka : Oui, l’une d’entre elles n’a pas fini sur l’album parce qu’on essayait de la changer, et de la faire différemment, mais ça ne marchait juste pas donc ce n’est pas sur l’album. Elle est appelée Loving Man, mais c’est une de ces chansons où il est difficile de trouver une bonne forme. Et le truc marrant c’est que la chanson It Ain’t Easy est la chanson la plus facile qu’on aie jamais écrite, et on n’a jamais écrit aussi vite ! On l’a littéralement écrite en environ 10 minutes je pense, et on l’a jouée 2 fois, une fois pour répéter et une fois où on a appuyé sur enregistrer sur l’enregistreur cassette, et on a enregistré le morceau. On a fait le chant à la maison je crois, mais c’était la chanson la plus facile qu’on aie faite je pense, et ça s’appelle It Ain’t Easy donc c’est marrant.

PL : Et c’est une de mes préférées sur l’album, d’ailleurs !

Luka : Ah ouais ? Cool ! Ouais c’est plutôt prenant, c’est pas typique de DeWolff, mais ça marche si bien avec le sampler de batterie, ça vient d’Impeach The President, c’est utilisé beaucoup sur des chansons de hip hop, ce sample. Mais c’est super groovy et la chanson s’est écrite toute seule.

PL : La couverture m’a beaucoup fait penser à Brothers des Black Keys. C’était une inspiration pour vous ?

Luka : Mec, Brothers est tout le temps une inspiration pour nous  ! Je pense que depuis notre deuxième album, ou depuis Lupine, qui est sorti en 2011, c’est toujours un des albums qui nous inspirent le plus. Mais le truc marrant c’est que ça ressemble à l’album Brothers, mais c’est en fait plus proche d’un album de Howlin’ Wolf, sorti en 1968 ou 1969. Et ça dit un truc comme « This Is Howlin’ Wolf’s New Album. He Doesn’t Like It. But He Didn’t Like His Electric Guitar At First Either. » C’est le titre de l’album et c’est juste noir sur blanc. C’était je pense plus l’inspiration. Parce qu’on savait que ça ressemblait un peu au truc des Black Keys « This Is An Album By The Black Keys And This Is Called Brothers » etc. Et on ne voulait pas copier ça. Mais parce que l’album est très simple d’une certaine manière, et très réduit à l’essentiel, on ne voulait pas de couverture d’album extrêmement détaillée. On était genre « OK c’est ce que vous avez, on va faire une couleur plate avec des lettres ». Ça va bien avec la musique je pense.

PL : C’est vrai ! 

Luka : Parce que d’habitude on a de l’art psychédélique poussé à l’extrême, parce que ça doit être la meilleure couverture au monde, en tout cas c’est ce qu’on essaie d’avoir, mais ça n’allait pas avec cet album. Donc c’est pour ça qu’on a choisi ça.

PL : Mes préférées sur l’album sont les deux Blood Meridian. Tu pourrais nous en parler un peu plus ?

Luka : Ouais ! Ça a commencé avec Blood Meridian Pt. 1, Pablo a enregistré ce riff sur une Tascam, avec une guitare acoustique. Et ça sonne super heavy parce que tu entends la distortion de la cassette, et ça sonne très heavy, mais c’est à la guitare acoustique. Donc ça a commencé par ce riff. Je pense qu’à la maison on a commencé à lui donner bonne forme avec les voix, et de la mélodie etc. Pour les voix, on avait un riff sombre, c’est une chanson sombre, et les paroles sont très sombres aussi, elles sont inspirées par un livre de Cormic McCarthy, appelé Blood Meridian. Donc c’est d’où est venue l’inspiration pour en faire une chanson épique en deux parties. On a immédiatement été genre « OK on doit les assembler, les rendre sombre. » Et au départ, elles étaient ensembles sur l’album comme une chanson, avec les parties 1 et 2, mais au final on les a séparées. La première est sous la perspective de ces cowboys hors la loi, tu vois. Chassant des indiens aux Etats-Unis, c’est une histoire sombre. Et la partie 2 est sous le point de vue des indiens qui sont chassés par ces cowboys hors la loi, outrageux et fous.

PL : Ca explique la tension sur le deuxième !

Luka : Ouais, c’est vrai.

PL : Il y a de plus en plus de groupes de blues rock à la 70s comme vous, ou The Heavy ou même The Black Keys. Pourquoi pensez-vous que les gens ont besoin du « 70s revival » ?

Luka : Parce que tu vois que les 60s et les 70s sont la meilleure ère de la musique. Je pense. Si tu aimes le rock, si tu aimes le blues, bon peut-être pas le blues, mais si tu aimes le rock ou le psychédélique, ce genre de trucs, le rock sudiste… C’est la période pendant laquelle la meilleure musique a été faite ! Donc ce n’est pas une surprise pour moi que beaucoup de musiciens de rock le voient comme leur inspiration principale et essaient de prendre ce son et de l’amener en 2019-2020 pour le rendre contemporain. Et on fait ça aussi, on l’a fait pendant longtemps. On a grandi en écoutant les Pink Floyd et Led Zeppelin, et Black Sabbath. Et c’est ce qu’on essaie tout le temps de faire, prendre ce son et le mettre ici et maintenant, et le rendre contemporain. Ce n’est pas une surprise pour moi, mais je suis content que ça arrive. De plus en plus de ces groupes jouent ça ! Il y a eu un moment dans les 80s et les 90s où cette musique n’était pas à la mode. Tu ne voulais pas faire du rock sudiste. Mais heureusement il y avait des groupes comme The Black Crowes et tout. Et des groupes comme Kula Shaker qui faisaient des choses super psychédéliques. Et je suis très content que ces groupes aient continué à jouer ce genre de musique. Et maintenant ça fait si longtemps depuis que Led Zeppelin jouaient au Royal Albert Hall, et les gens veulent revivre cette époque ! Ils ont peut-être un genre de sentiment de mal du pays, si tu vois ce que je veux dire. Ce que je partage totalement.

PL : Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

Luka : En ce moment sur ma platine il y a All Things Must Pass de Georges Harrison. C’est un de mes albums préférés. Il y a quelques chansons dessus que je n’aime pas vraiment et que j’aimerais passer sur ma platine, mais je ne peux pas. Mais 80% est magnifique sur cet album. J’aime vraiment beaucoup la vieille soul, genre Otis Redding, Aretta Franklin, Etta James, c’est ce que j’écoute beaucoup. Et tu sais, le premier album de Boz Scaggs ? Boz Scaggs a fait de la musique nulle ensuite et est devenu populaire, mais son premier album est un super album boueux de blues-rock. C’est super cool, tu devrais écouter, c’est aussi un de mes préférés.

PL : Je vais carrément y jeter une oreille ! Vous tournerez bientôt, et serez en France en février. Est-ce que vous ferez une tournée avec une chorale etc ou bien vous garderez les choses aussi simples que possible comme sur l’album ?

Luka : Eh bien on ne va pas faire les choses exactement comme sur l’album. Car je ne vais pas rester sur scène avec un sampler de batterie. Je ne vais pas faire ça (rire).  En ce moment on répète au studio, on essaie de faire la version live la plus cool possible de ces chansons. Et ce sera très cool ! Ce sera totalement différent de l’album mais ça sera toujours ces chansons. On va jouer It Ain’t Easy, Blood Meridian… Toutes ces chansons ! Et on les jouera de la manière la plus cool que possible. Mais tu sais on est un petit groupe, on est que trois et on n’a pas besoin de gros camions ou de grosse production pour jouer un show de rock n’ roll cool. Donc ça sera juste nous, l’ingé son, un roadie et un van, le même dans lequel on a enregistré l’album ! Un « rock n’ roll circus » !

PL : Enfin quel groupe ou artiste penses-tu qu’on devrait interviewer ensuite ?

Luka : Vous devriez interviewer The Dawn Brothers ! C’est un groupe hollandais, ce sont de très bons amis à nous, et ils viendront avec nous sur la tournée française, donc si tu viens à une des dates tu vas les voir et tu verras à quel point ils sont géniaux ! Donc, absolument, je veux recommander les Dawn Brothers. S’ils vous plait faites-le, parce qu’ils sont toujours un tout petit groupe peu connu, mais ils sont absolument un des meilleurs groupes là-dehors. Je sais pas si tu connais les Teskey Brothers ?

PL : A vrai dire non.

Luka : Ils ont un son similaire, mais les Dawn Brothers étaient là en premier et le font bien mieux ! Ils ont ce son soul, blues et rock n’ roll super. Ils ne sont pas psychédéliques, mais ils ont les pieds sur terre, et sont des mecs très très sympas et de très bons musiciens.

PL : Merci beaucoup, c’était très sympa de te parler, on se voit sur la tournée !

Luka : Merci, à bientôt !

Un grand merci à Replica Promotion et à DeWolff pour cette interview !