A l’occasion de la sortie de leur premier album « Violence Breeds Violence », nous avons eu la chance de rencontrer Marvin, chanteur de SPLIT. Ce groupe se révèle comme le nouveau visage de la scène Hardcore, s’imposant sur la scène française grâce à leurs convictions, leur rage et leur authenticité. Marvin nous confie ici ce qui nourrit sa rage et comment il la transforme en musique en compagnie des membres de SPLIT.

Pozzo Live : Salut Marvin, comment vas-tu ? 

Marvin : Ça va. J’ai passé une nuit de merde, mais c’est parce que, comme tu le disais, on a fêté la sortie de l’album vendredi. Souvent, les jours qui suivent sont plus difficiles, surtout quand t’as dépassé la trentaine. (rire)

Pozzo Live : Est-ce que tu peux me parler du projet SPLIT, te présenter et présenter les membres du groupe ? 

Marvin : Alors, SPLIT, c’est le groupe que j’ai monté il y a maintenant un an. Enfin, les prémices, c’était il y a un an et demi, mais le groupe est vraiment monté depuis à peine un an. Il y a Lucas Ramos à la basse, qui bossait avec moi sur mon ancien groupe, Structures, en tant qu’ingé son. C’est avec lui que j’ai enregistré l’album et il m’a beaucoup aidé.

Après, il y a Jérémy Cortez à la batterie. Puis, qui nous ont rejoint récemment, il y a Raphaël Motte et Romain Sensey, tous deux à la guitare. Au début, le groupe n’existait dans ma tête que par le biais de démos sur Garageband, que j’ai faite au moment où je jouais encore avec Structures, je pensais déjà à m’émanciper. II fallait vraiment que j’écrive des trucs pour aller mieux. Je voyais déjà “l’après”, du coup, c’est venu naturellement. Lucas m’a aidé à mettre tous ces trucs de Garageband au clair pour pouvoir avancer. 

Pozzo Live : Structures, c’est fini ?

Marvin : Non, j’ai juste quitté le groupe. Pierre, qui était mon binôme dans le projet, a continué. Ça ne me plaisait plus depuis un moment, j’étais malheureux. Les gens me le disent souvent maintenant, que c’est le jour et la nuit, entre le moi d’avant et le moi de maintenant. J’en suis très content. Moi-même, je vois que j’ai plus envie de me lever le matin, je souris plus, je suis plus avenant avec les gens. Je me sens en accord avec moi-même.

Pozzo Live  : Ça te fait plus de bien d’être dans ton projet à toi, aussi, que tu as créé !

Marvin : Oui, parce que j’avais envie de faire mon truc et de prendre la place que j’avais envie d’avoir. Je voulais faire autre chose musicalement.

Pozzo Live : Est-ce que tu peux nous parler de votre premier album, « Violence Breeds Violence », qui est sorti le 10 octobre dernier ? 

Marvin : Oui. « Violence Breeds Violence », c’est vraiment un manifeste assez sombre qui regroupe une grosse période de ma vie, mais aussi des sujets trop souvent invisibilisés dont j’avais besoin et envie de parler. Je n’ai jamais eu l’argent pour aller voir un psy… C’est cliché de dire “la musique est une thérapie”. Mais en même temps, c’est assez vrai. Ce n’est pas pour rien que tout le monde le dit et le fait.

Il y a aussi l’envie de faire quelque chose qui a du sens. J’étais en profonde dépression et avais des addictions. J’avais besoin de parler de ces choses qui me touchaient et qui touchent beaucoup de personnes. Je voulais aussi parler de mes opinions politiques. J’en avais marre de ne pas pouvoir en parler pleinement, alors que c’est ancré en moi et définit la personne que je suis. J’ai des convictions, des opinions, et je les défends. Pour moi, c’est hyper important.

C’est même le plus important,  parce que quand on a ne serait-ce qu’un minimum de temps de parole ou une voix, c’est important de parler de ces sujets. À moindre échelle.

Pozzo Live : Tu parles de sujets qui sont très profonds dans cet album. Est-ce que tu peux nous en parler globalement ? 

Marvin : Il y a les violences policières, bien sûr. Mais aussi une chanson de 25 secondes, “World Sucks”, où je crache un peu sur tout ce que je déteste ou qui m’horrifie dans ce monde : le réchauffement climatique, la montée de l’extrême droite, notre gouvernement qui ne nous écoute plus, nos droits et nos libertés qui sont bafouées et remises en question…

Le sujet des violences conjugales est mis en avant aussi, qu’elles soient physiques ou psychologiques, dont ma mère et ma sœur ont été victimes. Comme beaucoup de femmes, trop. Je ne suis pas une femme, je ne l’ai pas vécu personnellement, j’ai vu ce que ça a causé à mes proches. C’était important pour moi d’en parler, ne serait-ce que pour dire que c’est réel, pour faire entendre la voix de ma mère. La personne qui l’a agressé et violenté n’a quasiment rien eu… Ça m’a profondément affecté, ne serait-ce qu’en voyant ma mère défigurée et ma sœur malheureuse, qui s’est renfermée sur elle-même et qui n’en a parlé à personne et s’est éloignée de tout.  

Pozzo Live : Elles savent l’hommage que tu leur as rendu via la musique ? 

Marvin : Oui. J’ai envoyé un message pas plus tard qu’hier à ma mère en lui disant « L’album est sorti. Cette chanson qui est la toute première de l’album, elle est pour toi. » Ça m’émeut beaucoup quand j’en parle avec ma mère.

Elle m’a dit qu’elle était désolée et ne savait pas à quel point ça m’avait touché (Je ne suis pas trop du genre démonstratif, c’est sans doute pour ça). Je lui ai dit d’abord de ne plus jamais s’excuser pour ce qu’elle a subi, et que oui, bien sûr, ça nous a touchés profondément. Quand on est gamin, on mémorise bien plus ce genre de choses. C’est ça qui crée des traumatismes et jamais je ne lui en voudrais, la victime c’est elle, pas moi.

On s’est dit que le plus dur est derrière maintenant. Il va falloir à un moment que le Karma rattrape un peu les personnes qui commettent des horreurs pareilles. J’y crois.

Ma sœur le sait aussi parce que je lui en avais parlé avant. Je lui ai fait écouter mes démos, c’est plus son style de musique, mais ma mère, pas tellement *rire*. Je crois qu’elle préférait ce que je faisais avant, c’était moins sombre et violent comme elle dit. 

Cet album n’était pas que pour moi. J’ai pensé aussi à la manière dont je devais l’écrire. Je me suis dit que ça pouvait aussi parler à des gens. C’est quand même des sujets qui sont trop souvent mit sous le tapis. Beaucoup de monde a déjà vécu ça, je pense, dans sa vie. Du moins, les gens qui peuvent se sentir concernés par cette musique et ces idéaux politiques. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, quelqu’un qui est de droite ne va pas écouter l’album. Si tu comprends un peu l’anglais, que tu écoutes “Good Cop” en étant de droite, tu comprends que t’es pas tombé au bon endroit.

Après, si ça peut les faire réfléchir, tant mieux. C’est bien que les gens puissent s’y retrouver. Ça peut délier des langues. Comme je disais tout à l’heure, dire ces choses, c’est rassembler les gens, c’est défendre des idées communes, qui ont du sens pour nous. C’est très important. 

Pozzo Live : Tu étais en train de dire que la musique que tu fais dans ce nouveau projet est beaucoup plus violente que ton ancien projet musical. Quelles ont été tes inspirations ? 

Marvin : Le hardcore dans sa globalité, vu que c’est une musique violente, assez engagé voir même politisé. Même si parfois c’est plutôt de façon implicite. Ca m’a énormément inspiré. Je me suis retrouvé dedans, parce que j’ai eu une grosse période hardcore. D’ailleurs, j’étais quasiment tout seul à en écouter dans mon entourage au début… J’avais pas trop de potes proches à qui en causer, partager mes découvertes, etc. C’était un peu frustrant parce que j’étais à fond dans mon truc.

Le hardcore commence à être un peu plus visible maintenant, je peux en parler avec plus de gens, je trouve ça cool. Même si je ne suis pas un énorme fan de Turnstile ou de Knocked Loose, ça reste quand même des groupes où tu as une démarche hardcore. Turnstile ont fait quelque chose de frais, comme je le disais c’est pas mon genre mais ça fait aussi du bien.

Perso j’ai découvert ce style de musique en traînant sur YouTube. Je suis tombé sur un documentaire qui s’appelle “New York Hardcore” qui met en lumière le Hardcore New-Yorkais des 90’s. Là-dedans, j’ai vu un groupe parmi plein d’autres qui s’appelle Vision of Disorder. C’est un groupe plutôt politisé, où leurs concerts étaient des espèces de messes (comme dans à peu près tous les concert hardcore de cette époque), ils dégueulaient totalement toute la souffrance d’une génération. Du coup, je me suis pris une tarte via Youtube et je me suis dit  “Putain, j’aimerais tellement faire ça”.

Qu’est-ce qui m’en empêche ? Rien en fait.

On m’a demandé il n’y a pas longtemps “Est-ce que SPLIT est né du regard des autres ?”. Oui et non. Non, car pour moi, c’était absolument vital de monter ce groupe. Oui, car Vision of Disorder m’a appuyé sur le fait que c’était précisément ça que je voulais faire. Du coup, c’est parti de ça, de ces groupes de la scène New York Hardcore des 90’s. Pour l’anecdote, c’est des groupes que j’écoute moins aujourd’hui. Je suis plus sur les groupes de l’Ouest américain, mais ça restera toujours là. Je suis allé à New York aussi à l’été 2024, j’ai vécu ça un peu comme un pèlerinage.

Pozzo Live : Tu t’es senti à ta place ?

Marvin : Oui. Le voyage m’a marqué. Je m’y suis vraiment senti à l’aise. Là-bas, le hardcore a une place plutôt importante, c’est pas du tout comme en Europe. Ce style fait partie des meubles, c’est un pur produit américain.

Quand Gel a sorti son dernier album, il y avait des affiches partout et une pub sur Times Square. En France, on est encore loin d’avoir un groupe hardcore avec une publicité de cette ampleur.

Pozzo Live : La musique est politisée en France aussi, mais sûrement pas de la bonne manière ! (rire)

Marvin : Oui, parce que ce sont les riches qui détiennent tout et diffusent ce qui rapporte. Comme aux US d’ailleurs, mais aux US le Hardcore se vend désormais plus (dû au fait que certains groupes ont pas mal percés ces dernières années). Comme je disais, ça fait partie de leur culture, underground certes, mais quand même. C’est moins le cas ici. Et les riches, pour la plupart d’entre-eux, ne votent pas à gauche…

Pozzo Live : Tu parlais de l’influence du hardcore en ce moment… Même à Rouen, le hardcore commence à avoir une grande place !

Marvin : Il y a eu une grosse scène hardcore à Rouen dans les années 2010 de ce que je connais un peu. Plus tard le Covid a un peu stoppé tout le monde. Pour un groupe de musique, c’était déjà compliqué de tourner avant le Covid. Après c’est devenu vraiment pire. Beaucoup de salles ont fermé… Les associations et salles de concert ont peu ou pas d’argents et de subventions. Tout est plus cher, rendant les productions musicales plus compliquées.

A Paris et ailleurs, il y a quand même eu de belles choses avant et après le covid : des concerts très cool, des groupes qui ont aussi montré la voie ces dernières années comme Sorcerer, Cavalerie ou Calcine…  A Rouen, maintenant, il y a des groupes screamo comme L’Idylle, qui font des trucs super, mais aussi Benef et certainement pleins d’autres. Je ne sors plus beaucoup, je t’avoue. Quand je sors, je sors plus à Paris ou à Amiens parce que c’est là où j’ai la plupart de mes amis proches.

Mais je vois beaucoup de nouveaux groupes sur les réseaux, avec en bio “Punk”, “Post-Hardcore”, “Grunge” et je lis à côté : “Rouen”. Je n’ai pas encore vu ces groupes en concert. C’est dommage. Je vais essayer de m’y atteler, de m’y intéresser et d’aller les voir.

Pozzo Live : Je pense forcément, quand on parle de hardcore, au groupe suédois Refused. Ils sont les pionniers de cette scène et font leur dernière tournée cette année. Ils ont décidé d’arrêter leur groupe pour des raisons politiques, parce qu’ils sentent qu’ils ne sont plus en adéquation avec leurs convictions en restant dans l’industrie musicale… Qu’en penses-tu ? 

Marvin : Perso je trouve ça dommage qu’ils arrêtent justement ! La raison n’est pas déconnante, loin de là et ça les regarde… Mais je trouve ça dommage, car si eux ou d’autres ne le font pas, ne prennent pas cette place, qui va le faire ? Faire entendre sa voix et porter des messages, secouer les gens-là… On entend que rarement ce genre de musique. Refused étant un groupe de renommée internationale, je trouve ça dommage.

A notre mince échelle avec SPLIT, on va faire quelques SMAC et on est plutôt content de le faire même si ce ne sont pas les salles de prédilection pour notre genre. Nous le faisons parce qu’il y a trop peu de groupes de ce genre qui le font. C’est fort dommage car la programmation d’une SMAC est aussi en parti le reflet de ce qui se passe musicalement dans l’industrie, pas dans un pays car pour ça il y a les indés et les assos (coeur sur vous).

Les musiques extrêmes sont encore à mon goût bien trop souvent invisibilisé dans le paysage des musiques actuelles français. Pouvoir dire des paroles comme les nôtres et faire notre démarche dans des salles subventionnées par l’État, je trouve ça important. C’est aussi parfois autant surprenant qu’absurde, quand on connaît le contexte politique en France. Mais heureusement, il y a quand même toujours des gens passionnés et curieux. Je ne peux qu’encourager les programmateurs de programmer des musiques extrêmes et remercier ceux et celles qui le font déjà.

Pozzo Live :  Vous avez sorti le clip « I Feel Nothing More » hier. Est-ce que tu peux nous parler de sa création ? 

Marvin : Ce morceau change un peu du reste de l’album. Il y a une intro un peu indus’ suivie d’une guitare ibérique qui est une simple référence aux origines de Lucas et moi-même. Nous sommes tous les deux portugais. Pour moi, c’était important d’y mettre une guitare classique ibérique. Ça permettait aussi d’avoir une respiration, car l’album est hyper droit. Façon « autoroute, sans aire pour aller pisser et voler des sandwiches ». J’ai trouvé ça joli aussi. C’est un morceau qui parle d’addiction sous forme métaphorique. 

C’est une relation toxique entre deux personnes. J’y vois la relation que tu peux avoir avec une addiction, mais aussi un amour, toxique mais routinier, réconfortant et rassurant. Tu as l’impression que ça t’aide, que si tu t’en sépares ça sera pire. Mais pas du tout.

Tu n’écoutes personne, c’est comme avoir des œillères… Comme dans toute relation toxique, mais il faut savoir se détacher de l’emprise. Ce que j’ai fait.

Ça fait quatre ans et demi que j’ai arrêté de prendre certaines substances. J’ai arrêté la clope aussi. J’ai vu un addictologue et j’ai réduit considérablement l’alcool. Je me suis remis au sport parce qu’à la base, je faisais du football, je l’avais un peu oublié. J’étais sportif quand j’étais ado. Ca m’a fait beaucoup de bien. 

Ça va malheureusement avec tout le package : mal-être, anxiété, angoisse, perte d’estime de soi, dépression, etc. Ce morceau parle de drogue, mais au final, il est rédempteur. 

Pozzo Live : C’est un clip où on enterre quelqu’un. Est-ce que c’est la métaphore du « t’enterre ton ancien toi» ? 

Marvin : Oui, c’est ça. Et aussi, tu creuses ta propre tombe. L’addiction est jouée par Joëlle dans le clip qui prend une apparence féminine et qui, au final, finit par me tuer. Ce n’est pas ce qui arrive dans la chanson. L’issue est positive. Mais je trouvais ça fort que dans le clip ça soit différent et que Joëlle ressorte et me bute à la fin, trop badass. Elle est belle cette image et je ne voulais pas mettre en scène un féminicide, ce n’est pas le sujet certes, c’est métaphorique, mais j’étais pas du tout à l’aise avec ça.  

Pozzo Live : Avec le groupe, vous avez sorti 5 clips : Good Cop, Stained Soul, For Fuck’s Sake, I Feel Nothing More et World Suck. Est-ce que tu as une préférence pour l’un d’entre eux ?

Marvin : J’adore I Feel Nothing More. Je trouve que Rémi a fait du très bon travail. On aime bien bosser ensemble. Pour moi, c’est un peu un membre additionnel du groupe. Il fait énormément pour nous. On a beaucoup de goûts en commun pour les films d’horreur, pour la musique hardcore… Il a lui-même un groupe et je le trouve talentueux dans ce qu’il entreprend. J’aime aussi l’idée de faire des clips un peu plus “arty” et cinématographiques. Même si je trouve l’art bien trop souvent snobe et bourgeois. Je voulais des clips qui sortent un peu de ce que l’on attend d’un groupe de hardcore.

I Feel Nothing More” est un plan-séquence, c’est trop chiant à faire *rire*. Le moment où Joëlle sort de la bâche, moi j’ai 15 secondes pour aller me mettre dedans. 

J’ai aussi une petite préférence pour Stained Soul parce que c’est vraiment le premier clip dans lequel j’ai joué de A à Z. J’ai beaucoup donné de ma personne. C’était hyper dur parce qu’on a tourné ça en mars à côté de Saint-Étienne et il faisait vraiment trop froid *rire*. J’étais en marcel, plein de matière noire dégueulasse et froide sur moi à ramper à terre dans l’herbe mouillée. Rémy voulait toujours que je fasse plus de prises.

Je ne sais même pas comment j’ai fait pour ne pas choper la crève. A un moment, j’ai dû me foutre devant un feu avec une couette après une douche chaude qui ne m’a même pas réchauffée. Je n’étais pas au top. Mais en même temps, il le fallait. Stained Soul est un morceau tout aussi sombre. Je raconte être contrôlé par une espèce d’être maléfique, une entité représentée dans le clip par cette matière noire. Alors qu’en fait, ton pire ennemi, c’est toi

Pozzo Live : C’est vraiment cette chanson que j’ai préférée aussi. J’adore aussi votre affiche de tournée 2025…

Marvin : Oui moi aussi. Il y a cette phrase qui dit que “ tout pouvoir est violence” ce qui est vrai pour moi. Et la violence engendre la violence. C’est d’ailleurs le nom de l’album. 

La poignée de main et l’accolade, qui pour nous sont des images hyper courantes, gestes du quotidien montre ici une grande violence. Car elles sont réalisées par deux personnes comme celles-ci. 

Pozzo : Où pouvons-nous vous retrouver prochainement ?

Marvin : On ressort d’une tournée avec Coilguns, groupe de post-hardcore Suisse et de belles dates en France. On a hâte de la suite et de la tournée qui s’annonce. On jouera au Point FMR à Paris le 19 février, en Belgique, mais aussi à Pau et à Angers.

Pozzo Live : Pour un an de création du groupe, vous avez quand même pas mal de projets entre : les clips, la tournée… 

Marvin : On n’a pas chômé oui. C’est moi qui boucle les dates pour le moment. On se bouge beaucoup, pour faire tourner le groupe et faire entendre nos morceaux. Si on ne le fait pas, je ne sais pas qui va le faire à notre place. Là, on vient juste de rejoindre le label Incisive, qui est le label d’une amie. On est très contents de ça. Peut-être qu’on aura un tourneur plus tard. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Il faut manger… Je suis intermittent du spectacle. À côté, je fais du road, bosse sur des festivals en driver, de la régie tour et du tour management pour des groupes. Ce n’est pas mon domaine de prédilection. Mais comme je disais tout à l’heure, il est compliqué de tourner et d’obtenir des cachets.

Pozzo Live : Quels sont vos projets pour 2026 ? 

Marvin : Je n’en ai jamais assez. J’en veux toujours plus. Je ne m’arrêterai pas. Plus de concerts j’espère. Je suis aussi sur des nouveaux titres.

Pozzo Live : Un prochain album ? 

Marvin : Oui ! EP ou album, on ne sait pas encore. Mais dans tous les cas, ça ne fera pas plus de 20 minutes. J’aime bien ce format en fait. Je trouve que c’est suffisant. 

Pozzo Live : C’est rare de trouver des auditeurs qui écoutent un album complet à l’heure actuelle aussi ?

Marvin : Oui, parce qu’on vit dans une société qui consomme énormément. On passe rapidement à autre chose et zappe, les gens ne prennent plus trop la peine d’écouter des disques de 40 minutes. Personnellement, je sens que parfois, j’ai du mal aussi à rester focus autant de temps. Les formats changent. 

Pozzo Live : Comment cet album a été accueilli par le public ? 

Marvin : Franchement, vraiment bien. Je reçois beaucoup de messages et de soutiens. Je suis très étonné. Même de gens qui n’écoutent pas forcément ce type de musique. Après, il y a aussi des félicitations de gens qui viennent de la scène. Franchement, ça me touche beaucoup. Je crois ne pas avoir encore reçu un retour négatif, et même si c’était le cas ça n’enlèverai pas cette sensation d’avoir lâché un poids, dont je suis soulagé. J’ai tellement gardé ça pendant longtemps en moi. Le fait de tout sortir, c’était important, d’avoir autant de compliments, c’est du bonus, ça me chamboule un peu. C’est bien d’encourager les artistes. C’est vrai que ça motive de recevoir, ça me donne envie de faire plus.

Le but, c’est clairement d’avoir un tourneur parce que j’aimerais plus me concentrer sur le plan artistique. Je bosse énormément pour le groupe. A tel point que des fois, j’oublie le fait que je suis musicien et que je dois écrire. J’écris toujours entre deux, du moins, j’essaie. Ma vie est rythmée par SPLIT et mes boulots d’intermittents du spectacle. C’est super, mais j’aimerais bien garder que la partie créative. Ne pas avoir la casquette de manager qui pense à tout. Ou de booker, qui doit trouver des dates, qui doit être sur tous les fronts, parce que monter une tournée ce n’est pas simple.

Il faut être parfois fort, car il y a pas mal de remises en question. Il peut y en avoir en tant que musicien, pour écrire, faire découvrir sa musique. Mais il y a aussi tout le truc d’envoyer des mails et d’être en première ligne pour essuyer des refus ou ne pas avoir de réponse. Qu’on te dise non pour telle ou telle raison, je comprends, mais parfois, c’est fatigant. T’as l’impression de ne pas bien t’y prendre, tu doutes. C’est dur de ne pas se remettre en question parfois. Il faut essayer de s’en foutre. J’ai mis tout ce que j’avais dans SPLIT et je mettrais toujours tout ce que j’ai. 

Je commence à connaître un peu le milieu, les refus maintenant ça me motive. J’ai la dalle quand je reçois des refus, j’ai envie de prouver le contraire, qu’ils ont tort. C’est dans ma mentalité. J’ai chopé ça du foot je pense où la concurrence était rude. J’ai toujours dû donner le meilleur de moi même pour avoir ce que je voulais. J’habitais à la campagne, ou en banlieue avec mes parents. On n’avait pas beaucoup de fric, ça doit aussi venir de là. 

Pozzo Live : Tout à l’heure, tu parlais de karma pour des sujets très difficiles… As-tu l’impression d’avoir un retour de karma positif en ce moment ?

Marvin : En fait, le karma… Parfois tu as l’impression de ne pas le mériter. Il y a ce truc de l’imposteur. J’ai un peu ce syndrome-là. Je pense être quelqu’un de confiant en général, mais je peux aussi en manquer à des moments, c’est humain. Je pense que j’aurai toujours ce truc-là. Car je sais d’où je viens et je sais que parfois ça peut être compliqué. Des fois, tu as l’impression de ne pas être à ta place. Aujourd’hui, je sais que je suis à ma place, on a pu me dire “C’est mérité”. Ça me touche vraiment… Ça me donne envie d’aller plus loin. Je suis quelqu’un qui aime donner et j’ai envie de le faire aussi pour les autres. 

Quand tu me demandais “quels sont tes futurs projets”, j’ai pour projet de faire une formation pour l’accompagnement artistique. J’aimerais bien accompagner des groupes dans ce style de musique ou autres, parce qu’il y en a qui ne savent pas forcément comment s’y prendre.

Parfois il faut gérer des trucs qui ne sont pas forcément innés, pour avoir de la visibilité et se mettre sur le devant de la scène… J’ai envie d’aider les gens à démarcher pour de la presse, à trouver des dates, à les aiguiller sur leur son, leurs envies, leurs décisions… Je suis un peu couteau suisse. Maintenant, avec l’expérience que j’ai, je pense pouvoir faire pas mal de trucs comme je le fais pour SPLIT. Je me suis beaucoup bougé et j’aimerais bien le faire pour les autres.

Comme on disait, c’est bien de partager ses idées, mais j’ai envie de partager aussi ce que je sais faire. Pour moi c’est important. 

Pozzo Live : Quelle a été ta dernière découverte musicale ?

Marvin : Alors… Découverte… J’ai découvert tellement de groupes que du coup, c’est dur de penser à un comme ça… Très récemment, je dirais “Prostitute” un groupe de noise rock américain de Chicago que m’a fait découvrir Nikolai de chez Mowno. Un album est sorti, vraiment pas mal, un des albums de l’année après réécoute. 

L’’an dernier, c’était Uniform. Je les avais vus à Paris. D’ailleurs, j’y étais allé seul parce que personne ne voulait venir avec moi. Aucun regret, c’était avec Bad Breeding et c’était trop bien… *rire*

Pozzo Live : Mais c’est très bien les concerts seul aussi.

Marvin : Ouais c’est cool aussi ! Uniform c’était une grosse tarte en live. Cette année ma tarte en live c’est Thou, première fois que je les voyais (c’est du sludge).

Pozzo Live : Quel artiste nous conseillerais-tu d’interviewer après toi ?

Marvin : Je ne sais pas, tu es de Rouen, as-tu déjà interviewé le groupe de ma copine ?

Pozzo Live : We Hate You Please Die ! Il y a longtemps oui, avec l’ancienne formation.

Marvin : Maintenant, ils sont à trois et c’est mieux. Plus Riot, plus punk. Du coup, je t’encourage à écouter leur album si tu ne l’as pas encore écouté et à les interviewer. Je suis content du chemin qu’ils ont parcouru. Je suis fier d’eux. Sinon, je ne sais pas si tu l’as déjà fait, toujours à Rouen, le groupe L’Idylle.

Pozzo Live : Oui l’interview devrait sortir prochainement en compagnie de l’Idylle justement ! Est-ce que tu as un petit mot pour la fin ? 

Marvin : Ce sont toujours les mêmes : Free Palestine, Macron démission. 

Afin de suivre l’actualité de SPLIT, c’est par ici.

Et si vous aimez la scène hardcore, vous pouvez retrouver le report du concert de Paleface Swiss à Bruxelles par là.

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