Le 21 février, se produisait Till Lindemann à l’Olympia, avec Peter Tägtgren pour un concert événement. Initialement prévu à la Cigale, le show a été déplacé pour accueillir plus de public et affiche complet depuis plusieurs jours. Le duo germano-suédois vient présenter en live son 2ème opus F & M. Un album excellent, en allemand cette fois, qui devrait prendre une autre dimension sur scène.

18h10, le 21 février 2020. 4 mois que le fanboy que je suis attend le concert. J’arrive devant l’Olympia, la file d’attente fait déjà le tour du pâté de maison jusqu’à l’Opera. Des fans bravent le froid de la capitale depuis le début de l’après-midi pour être sûrs d’être en première ligne. L’entrée se fait dans le calme et la bonne humeur, et la fosse se remplit progressivement.

Un petit tour et puis s’en vont

La chanteuse Jadu Laciny. Extrait du compte Instagram du groupe

La chanteuse Jadu Laciny. Extrait du compte Instagram du groupe

Pour accompagner nos deux timbrés favoris, deux groupes viennent jouer un set étonnamment court de 4 chansons chacun. Jadu ouvre le bal, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ont du mal à faire monter l’ambiance. Leur style militaire – à l’exception d’une Jadu Laciny gainée de latex façon catwoman a de quoi surprendre, même si esthétiquement cela reste très réussi.

Après avoir ouvert sur une musique façon gramophone, le groupe enchaîne ses quatre titres face à un public un peu éberlué. La frontwoman ne ménage pas ses effets, donnant du mégaphone et de la caisse claire, avec une voix assez maîtrisée. Mais son style “Military Dream Pop” et son attitude statique peinent à convaincre, et c’est sous des applaudissement clairsemés que le groupe quitte la scène. Si l’esthétique du groupe peut effectivement faire penser aux provocations de Rammstein, le choix musical était peut-être surprenant pour ouvrir aux sieurs Lindemann et Tägtgren.

Daniel Graves en plein show

Daniel Graves en plein show. Photo Vincent Girard-Reydet

Changement d’ambiance, avec l’arrivée du trio américain d’Aesthetic Perfection. Leur metalcore teinté d’électro réveille la foule, qui commence à s’agiter. Le frontman Daniel Graves a sorti les tatouages dans un marcel façon Marilyn Manson, dont il reprend d’ailleurs la gestuelle. Ca bouge (enfin !) dans tous les sens sur scène, le batteur se payant même le luxe de venir haranguer la foule avec l’un de ses fûts. Les quatre titres du set passent finalement bien vite, et on aimerait en avoir un peu plus à se mettre sous la dent. Mais le meilleur nous attend !

En avant pour la décadence

Dans l’ambiance survoltée de la fosse, un message rappelle que le concert est interdit aux mineurs, certaines scènes pouvant choquer. On est également déçus d’apprendre que configuration de la salle oblige, certains effets ne pourront pas être déployés ce soir – haaa, Till Lindemann et son amour de la pyrotechnie… La salle s’éteint à nouveau, et l’écran géant de la scène diffuse un court métrage où Till se promène en couche-culotte dans les rues, avant de se jeter à l’eau et d’y perdre sa couche. Le ton est donné !

Le groupe, tout de blanc vêtu, fait son entrée sur les premières notes de Skills in Pills. Till a sacrifié sa queue de rat habituelle pour des cheveux blonds en bataille, tandis que Peter et ses musiciens sont affublés de couettes de jeune fille. Peter est d’ailleurs venu en famille, puisque la basse est assurée par Jonathan Olsson (Pain), la 2ème guitare par Sebastian Svalland (Pain, In Mourning) et la batterie par son fils Sebastian.

 

La fosse s’agite, et le pogo démarre au centre. Il ne s’arrêtera pas jusqu’à la fin ! Chaque chanson du set est accompagnée d’une vidéo, où l’outrance, la nudité, la violence sont chaque fois de mise. On se croirait dans la tête d’un Joker façon Heath Ledger, où tous les excès sont permis. Sur Skills in Pills, les deux compères se goinfrent de pilules diverses qui tombent sur les parties (pas si) intimes d’une femme dont on ne voit pas le visage.

On enchaîne sur Ladyboy, qui met en scène une shemale dansant lascivement en contrejour, ses attributs masculins bien visibles à l’écran. Le show a vraiment été conçu dans une démarche autant visuelle qu’auditive. Vient Fat et son hommage aux femmes bien en chairs, avant que la bombe Frau & Mann éclate. Le public est survolté, il chante le refrain avec Till – performance notable pour une chanson en langue allemand que le public parisien maîtrise peu.

L’ambiance reste tout aussi survoltée pour Ich Weiß es Nicht, dont le son très électro fait le lien avec Aesthetic Perfection. Till scande ses couplets, les crachant presque à la foule en transe. Sur les refrains, toute la fosse saute, ça bouge aussi dans le balcon. Le duo a tout l’Olympia dans sa poche !

A peine le temps de souffler, que Allesfresser démarre et redonne de l’énergie à la fosse. Sur Knebel, on souffle un peu en écoutant la ballade composée par le génial Peter, et on se dit que finalement, Till peut avoir aussi une belle voix en live. Mais pas le temps de niaiser, tout le monde attend le break… Le chanteur s’en amuse, marque une pause : “Und ich mag dich mit einem Knebel…” Et c’est sur un hurlement de la fosse qu’il lâche enfin “… in der Mund!” et que les gros riffs lourds de guitare reviennent nous prendre aux tripes.

Le concert fait la part belle au premier album Skills in Pills, et il se poursuit avec trois extraits de ce premier opus : Home Sweet Home, Cowboy, et Golden Shower. Ces deux derniers ont droit à des mini-films dédiés, toujours très axés sur la sexualité débridée. Suit ensuite le dérangeant Blut qui met en scène des fontaines de sang, un peu gore mais toujours dans la droite ligne de la folie déjantée du duo.

Les musiciens disparaissent, et un mini-film nous montre Till faisant la leçon d’allemand à une jeune fille nue posée sur ses genoux, sur le texte de Knebel. Quelques fessées plus tard, la musique retentit… depuis une bulle géante apparue dans la fosse, dans laquelle Till et Peter se produisent et font les guignols. Effet garanti sur le public ! Pour couvrir le retour des deux clowns sur scène, Jonathan Olsson se lance dans un solo de slap sur une plate-forme qui monte (tient, ce n’est pas sans rappeler un certain concert de Five Finger Death Punch).

Suivent Praise Abort et Gummi, dont le refrain est repris en choeur par un public qui ne semble pas perdre d’énergie. Vient le moment du rappel, et là encore, la vidéo est au coeur du show. L’écran géant nous invite par 6 fois à faire du bruit pour que le groupe revienne, et la foule répond bien volontiers à la demande, appuyée par les lumières.

La musique reprend sur les notes de Ach so Gern, qui nous diffuse à l’écran une mosaïque grandissante… de vulves diverses et variées. Le morceau est réinstrumenté pour l’occasion à la sauce Pain. Puis c’est le tour de l’hymne de F&M, Steh auf, de retentir enfin. Toute la fosse répond à l’appel [Steh auf! : Lève toi !] et donne au combo ce qu’il lui reste d’énergie. Mais les deux compères nous ont gardé une dernière surprise. Sur l’ultime chanson Fish on, Till amène sur scène un coffre, dont il sort… des poissons frais, qu’il jette sur le public (fosse ET balcon) à l’aide d’une catapulte conçue sur mesure ! Les heureux “chanceux” qui reçoivent les poissons repartiront avec l’odeur du show.

Le temps des adieux

Fidèle à son habitude, Till salue le public une dernière fois avec ses musiciens et nous déclare son amour en français avant de quitter la scène. Les lumières se rallument, je suis sonné par un concert démesuré, qui m’a poussé dans mes retranchements. Une orgie visuelle et musicale, emmenée par un duo déjanté, dont l’univers live tient toutes ses promesses !

Setlist :
– Skills in Pills
– Ladyboy
– Fat
– Frau & Mann
– Ich Weiß es Nicht
– Allesfresser
– Knebel
– Home Sweet Home
– Cowboy
– Golden Shower
– Blut
– Platz Eins
– Praise Abort
– Gummi

Rappel
– Ach so Gern
– Steh auf
– Fish on

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