Crippled Black Phoenix revient en 2026 avec un nouveau pavé dans la mare. Le disque s’appelle Sceaduhelm et il sort le 17 avril, histoire de te plonger dans un long crépuscule mental. Ici, pas de gros effets de manche ni de refrains taillés pour les stades. Au contraire, le groupe resserre l’étau, baisse les lumières et t’embarque dans un concert intérieur, là où la fatigue, la mémoire et la culpabilité jouent les headliners.

Un album comme une longue nuit dans la fosse

Depuis les débuts de Crippled Black Phoenix, Justin Greaves mène la barque comme un chef d’orchestre tordu, entre post-rock, folk sombre et lourdeur héritée du metal. Avec Sceaduhelm, il pousse encore plus loin ce mélange, mais en mode épuré. Tu sens tout de suite que l’énergie ne vient pas des explosions, mais de la tension qui monte lentement, comme dans un set où le groupe refuse le drop facile et garde tout sous pression.

L’album tourne autour d’une idée simple et brutale : l’épuisement. Pas juste un coup de mou passager, mais un état permanent. Les textes parlent de burn-out, de deuil, de surveillance, d’institutions qui broient et de relations abîmées. Surtout, ils mélangent intime et politique sans panneau indicateur. En conséquence, tu ne sais jamais si tu es dans la chambre, dans la rue ou sous le regard d’un œil géant, comme le suggère le titre “Under the Eye”.

Musicalement, le groupe mise sur la répétition et les montées lentes. Donc, pas de catharsis, juste des morceaux qui s’installent et refusent de te lâcher. Des titres comme “Things Start Falling Apart”, “The Void” ou “Tired to the Bone” fonctionnent comme des mantras sombres. Tu avances dedans comme dans une salle de concert enfumée où le temps se dilate et où le rappel ne vient jamais.

Sceaduhelm, la nouvelle pièce d’un puzzle tordu

Si tu suis Crippled Black Phoenix depuis un moment, tu sais que chaque disque change un peu les règles. De A Love of Shared Disasters à Banefyre, le groupe a toujours jonglé entre fresques cinématographiques et brûlots politiques. Sceaduhelm, lui, réduit le champ de vision, mais garde la même rage sourde. Plutôt que de raconter l’Histoire avec un grand H, l’album écoute ce qui reste quand la tempête médiatique se calme : la lassitude, les souvenirs, les compromis qu’on traîne comme des t-shirts de vieux concerts.

Côté voix, le disque joue clairement sur la dynamique de groupe. Belinda Kordic, Ryan Patterson et Justin Storms se partagent le micro, chacun avec son angle émotionnel. Belinda tire les morceaux vers une fragilité fantomatique, particulièrement sur “Ravenettes”, “Hollows End” ou “Dropout”. Ryan amène une gravité presque prophétique sur “No Epitaph / The Precipice” ou “Beautiful Destroyer”, tandis que Justin Storms injecte une mélancolie rêche sur “Things Start Falling Apart” et “Colder and Colder”. Du coup, chaque titre sonne comme un témoignage, pas comme un rôle appris.

En parallèle, la production garde un côté volontairement austère. L’album a été enregistré un peu partout entre 2023 et 2025, de Chapel Studios en Angleterre à la Norvège pour le mix. Pourtant, tout sonne comme si le groupe jouait dans la même pièce, tard dans la nuit, sans retouches superflues. Le son reste clair mais froid, presque clinique, ce qui renforce le malaise et colle parfaitement à cette identité de rock macabre que le groupe assume de plus en plus.

Un concert intérieur pour les jours de tempête

Avec un tracklisting qui s’étale sur plus d’une heure, de “One Man Wall of Death” à “Beautiful Destroyer”, Sceaduhelm demande qu’on s’y immerge vraiment. Ce n’est pas un disque que tu lances en fond sonore. Au contraire, il fonctionne comme un long set en club, où tu arrives debout au fond de la salle et tu termines collé à la fosse, sonné mais bizarrement lucide.

Le groupe ne cherche pas à faire plaisir ni à rejouer ses “highlights” passés façon best-of. Au lieu de ça, il documente un état d’usure et de persistance, fidèle à sa manière de défendre les marginaux, les bêtes traquées et toutes celles et ceux qui n’ont pas de micro sur scène. Même les reprises réservées aux éditions bonus, comme “Manhattan Skyline” d’a-ha ou “That’s When I Reach For My Revolver”, montrent à quel point Crippled Black Phoenix aime tordre les références pour les ramener dans son univers ténébreux.

Alors oui, Sceaduhelm ne te prendra pas par la main. Cependant, si tu aimes les disques qui avancent avec la lenteur d’une marche funèbre, mais avec la puissance d’un mur d’amplis, tu vas y trouver ton compte. Mets le son fort, éteins la lumière, et laisse Crippled Black Phoenix te jouer un concert dans la tête. Quand le silence retombera, tu auras peut-être l’impression d’avoir traversé quelque chose. Et, franchement, c’est tout ce qu’on demande à un grand album.


Toutes nos autres actus par ici.

Reste branché avec Pozzo Live

Tu veux encore plus de lives, d’interviews, de découvertes et de pépites musicales ? Rejoins-nous sur nos réseaux sociaux :

On y partage ce qu’on ne peut pas toujours mettre dans les articles : backstages, reels, photos de concerts, et plein d’autres trucs cools.

Envie d’aller voir l’artiste en live ou d’acheter son vinyle ?

On t’a mis les meilleurs liens juste là (et oui, ça soutient Pozzo Live ) :

Tu ne payes pas plus cher, mais ça nous aide à continuer les interviews, les photos en fosse, les reports, et tout le reste ❤️

Vous allez aimer !