Dead Register revient d’outre-tombe avec un gros cadeau pour nos oreilles fatiguées : “Fiber (10th Anniversary Deluxe Remaster)”, qui débarque le 22 mai 2026 chez AVR. Si tu aimes les albums qui te prennent à la gorge comme un set en club sombre, tu vas vouloir remettre les pieds dans cette cathédrale de basses. Ici, pas de nostalgie mielleuse : le trio rouvre un chapitre qui n’a jamais vraiment été refermé, et remet la pression comme au premier jour.

Un remaster qui respire comme un concert

Dès les premières secondes de “Alone”, tu sens que Dead Register n’est pas venu faire de la figuration. L’album avait été enregistré en 2016 quasiment en live, avec M. Chvasta, Avril Che et Chad Williams qui jouaient ensemble en temps réel. Du coup, le remaster garde ce feeling de salle de concert où chaque coup de caisse claire résonne dans ta cage thoracique. Il sonne plus clair, plus affûté, mais sans perdre les aspérités humaines qui faisaient déjà mal à l’époque.

“Alone” pose tout de suite le décor : tempo lent, tension rampante, basses qui s’étirent dans le vide. Tu as l’impression de fixer l’horizon sans savoir si quelque chose va enfin arriver. Entre isolement total et petite lueur d’espoir, le morceau installe ce tiraillement qui infuse tout le disque. On n’est pas là pour le spectacle clinquant, mais pour le mouvement intérieur, celui qui te laisse collé au fond de la fosse à ruminer tes fantômes.

Au centre de tout, évidemment, il y a “Fiber”. Le titre est né d’un simple malentendu en répète, et il est pourtant devenu la pierre angulaire du groupe. Basse, basse synthé, batterie, voix : rien de plus. Pourtant, le morceau tourne comme un rituel. La tension monte, redescend, remonte encore, jusqu’à devenir presque hypnotique. Sur scène, c’est le moment que les fans réclament en fin de set, celui où tout le monde lâche enfin ce qu’il avait coincé dans la gorge depuis le début du concert.

Un voyage émotionnel

Après ce centre de gravité, le disque continue de creuser. Avec “Drawing Down”, la machine se met vraiment en marche. La batterie se fait plus pressante, presque cavalière, tandis que la mélodie garde une retenue étrange. Comme un sprint en ralenti. Les paroles parlent de fins qui ont déjà commencé, et tu te retrouves à hocher la tête en pensant à toutes ces histoires que tu n’as jamais vraiment closes. C’est l’un des gros atouts de Dead Register : transformer l’effondrement en quelque chose de presque beau.

Plus loin, “Grave” t’écrase doucement. Le morceau prend son temps, pèse chaque seconde comme si chaque note posait une pierre supplémentaire sur un monument invisible. On est loin du pathos, et le groupe regarde la mort droit dans les yeux, sans fioritures.

Entwined” change ensuite de focale et zoome sur l’intime. Les vocaux se font plus mélodiques, presque caressants, pendant que l’instrumentation reste en retrait. Les relations paraissent indestructibles… jusqu’à ce qu’elles se disloquent, ne laissant que des échos. Tu sens le groupe jouer avec cette ligne floue entre souvenir réconfortant et poids du passé. Puis “Incendiary” enfonce encore le clou. Chaque note tombe comme une enclume, le temps se dilate, et tu peux presque sentir l’air se raréfier. À volume fort, c’est une expérience physique, comme un dernier ralenti avant l’explosion finale de l’album.

Un retour aux sources qui ne sonne pas réchauffé

En bonus, la version remasterisée se termine sur “Reverse (Live Bonus Track)”, enregistrée lors du concert de sortie de Fiber en 2016. Le son vient tout droit de la console, sans maquillage. Tu entends Dead Register en mode brut, encore en train de modeler des idées qui prendront leur forme définitive plus tard dans leur discographie. C’est un joli clin d’œil, comme une boucle qui se referme au même endroit où tout a commencé.

Ce qui frappe, dix ans après, c’est à quel point ce disque refuse de vieillir poliment. Le trio d’Atlanta, qui a construit son identité sans guitare, uniquement sur basses, synthés, piano, batterie et cette voix baryton qui plane au-dessus de tout, continue de privilégier la sensation physique. Sur scène, aucun backing track, rien de pré-enregistré : seulement le volume, le mouvement et l’interaction avec la fosse. Ce remaster remet exactement ça en avant : la densité, l’intimité, et ce poids sonore qui te colle au sol.

Si tu suis Dead Register depuis “Captive”, “Don’t Fail Me” ou “Alive”, tu sais déjà que le groupe navigue entre post-metal, rock gothique, textures indus et songwriting expérimental, sans jamais se laisser enfermer dans une case précise. “Fiber (10th Anniversary Deluxe Remaster)” confirme surtout une chose : certaines œuvres ne sont pas faites pour disparaître discrètement. Elles reviennent, plus lourdes, plus claires, et continuent de servir de catharsis partagée à chaque écoute.

Alors, tu replonges dans Fiber pour son anniversaire, ou tu le découvres enfin dans cette version deluxe ? Viens nous dire ce que ça donne à plein volume, lumière éteinte, comme un vrai concert dans ton salon.

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