Fugazi qui lâche, plus de trente ans après, ses “Albini Sessions” complètes avec Steve Albini… avoue, tu ne l’avais pas vu venir. Et pourtant, c’est bien réel : les enregistrements fantômes de l’ère “In On The Killtaker” sortent enfin du coffre, et en plus, ils servent une bonne cause. Autant dire que si tu as un faible pour le post-hardcore old school, tu vas vivre un vrai petit moment d’histoire en appuyant sur “play”.
Un road-trip en 1992 qui change tout
Retour en 1992. Fugazi tourne en rond sur les futurs titres de “In On The Killtaker”. Les maquettes s’enchaînent, quelques prises à Inner Ear aussi, mais la magie se fait désirer. Alors, le groupe tente un move audacieux : accepter l’invitation permanente de Steve Albini pour une session gratuite à Electrical Audio, qui se trouvait alors dans le sous-sol de sa baraque à Chicago.
Le deal paraît simple au départ : enregistrer deux ou trois morceaux sur un week-end, histoire de se décoincer. Finalement, une fois le matos branché et les bandes qui tournent, impossible de lever le pied. En trois ou quatre jours, 12 titres sont captés et mixés, soit tout ce qui deviendra plus tard l’album “In On The Killtaker”. Sur le moment, dans la pièce, la sensation est dingue. Le groupe se nourrit de l’énergie brute du studio, de la patte sonore Albini, de cette atmosphère rugueuse qui colle si bien à leurs chansons.
Et puis il y a tout ce qu’il se passe en dehors de la régie. Parce que ces Albini Sessions, c’est aussi une histoire d’amitié. Entre deux prises, Steve Albini passe aux fourneaux, prépare des pâtes fraîches, et tout le monde se retrouve autour de la table pour des parties acharnées de Corickey, ce jeu de dés que le groupe lui a appris à Londres. Ajoute à ça des vidéos complètement barrées projetées tard le soir, des discussions sans fin sur le punk, et tu obtiens un week-end quasi mythologique dans l’histoire du rock indé.
Des bandes jugées “trop plates”, devenues légendaires
Pourtant, l’histoire ne bascule pas comme prévu. Sur le chemin du retour vers Washington DC, cassettes de rough mixes dans l’autoradio, le doute s’installe. La claque ressentie dans le studio ne se retrouve pas à l’écoute. Au milieu de l’Ohio, les deux voitures se rejoignent sur une aire d’autoroute. Là, les quatre membres de Fugazi se rendent compte qu’ils partagent le même avis : ces Albini Sessions ne sortiront pas.
Quelques jours plus tard, Steve Albini en personne écrit au groupe. Lui aussi trouve que les morceaux sonnent étrangement plats en dehors du contexte du studio. Du coup, la décision tombe : on range les bandes. Fin de l’histoire… en apparence seulement. Car dès le mois suivant, Fugazi retourne à Inner Ear avec Ted Nicely pour enregistrer ce qui deviendra la version officielle d’“In On The Killtaker”, sortie en 1993 chez Dischord. Pendant ce temps, les sessions avec Albini rejoignent le coffre-fort, nourrissant peu à peu une sorte de légende souterraine.
Bien sûr, quelques fuites surviennent au fil des années. Des copies de mauvaise qualité circulent, des versions crades atterrissent sur le net. Tu as peut-être déjà entendu l’un de ces enregistrements bancals en te demandant ce qu’il y avait vraiment sur ces bandes. Aujourd’hui, enfin, on a la réponse : Fugazi balance l’intégralité du mix original de Steve Albini, tiré directement des master tapes, en version digitale sur Bandcamp. Cette fois, aucun souffle chelou, aucun rip de troisième génération : juste la vérité brute de ces sessions de 1992.
Un hommage à Steve Albini et un vrai geste solidaire
Si ces Albini Sessions sortent maintenant, ce n’est pas juste pour cocher une case “archives” dans la discographie de Fugazi. C’est surtout un hommage direct à Steve Albini, disparu en 2024, et à tout ce qu’il a construit en marge du business traditionnel. Le groupe a choisi de rendre ce chapitre enfin public pour soutenir Letters Charity, l’association avec laquelle Steve et sa compagne Heather Whinna se sont beaucoup investis.
Concrètement, c’est simple : c’est une sortie 100 % digitale, dispo sur la page Bandcamp de Fugazi, et le groupe reverse sa part des bénéfices à Letters Charity. L’orga aide directement des familles en grosse galère financière, sans chichi ni jugement. Tu donnes, ça part vers des gens qui en ont besoin, point barre. C’est dans la droite ligne de ce que représentait Albini : une éthique DIY, une méfiance du spectaculaire, mais un engagement total quand il s’agit d’aider pour de vrai.
Alors oui, tu vas pouvoir te replonger dans ces titres de “In On The Killtaker” sous un autre angle, avec cette captation brute, sèche, ultra “live” typique de Steve Albini. Tu reconnaîtras les structures, mais tu sentiras un autre grain, une autre tension. C’est comme entendre un bootleg de luxe, sauf que cette fois tout est assumé, masterisé (par T.J. Lipple en 2025) et mis en ligne avec la bénédiction du groupe.
En fait, ces Albini Sessions racontent autant une époque qu’un son : celui d’un groupe au sommet de sa créativité, coincé entre le doute et l’excitation, et celui d’un ingénieur qui a façonné le visage du rock indé sans jamais édulcorer ce qui se passait dans la pièce. Maintenant, le truc te revient : à toi de décider si tu préfères la version Inner Ear ou la version Chicago. File sur Bandcamp, écoute ça fort comme un live dans ton salon, et viens nous dire laquelle te met le plus de baffes.
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