Tu aimes quand la scène explose de sons bizarres, de machines et d’expériences live qui sortent des clous ? Alors le mois de mars du GRAME va clairement te parler. Entre théâtre habité par des fantômes électroniques, installations immersives qui t’étirent le temps et fables écolo-rock, le centre national de création musicale balance un vrai marathon de vibes nouvelles. Et au passage, ça bouge aussi côté recherche et transmission, histoire de rappeler que l’underground le plus excitant se fabrique souvent loin des grosses tournées d’aréna.

Un mars sous le signe des créations qui secouent

On commence direct avec Hurlevent, la relecture complètement habitée du roman d’Emily Brontë par Maëlle Dequiedt. La pièce passe par le Phénix de Valenciennes, puis par la Comédie de Colmar, et transforme la scène en lande battue par le vent, peuplée de fantômes très vivants. Ici, l’électricité ne vient pas que des acteurs : Nadia Ratsimandresy lâche des musiques électroniques live aux ondes Martenot qui enveloppent tout, comme si la fosse se retrouvait au milieu d’un orage sentimental.

En parallèle, GRAME part aussi sur le terrain du sound design futuriste avec Hypertemps de Clément Édouard, au Périscope à Lyon. Là, tu oublies les formats couplet-refrain : douze tubes sonores t’encerclent et t’embarquent dans une sorte de set ambient très physique, construit comme une dramaturgie du ralentissement. Dans un monde qui scrolle à toute vitesse, la pièce te propose plutôt de respirer, d’écouter les matières sonores se croiser et de sentir chaque geste musical comme un mouvement de corps sur scène.

Et ce n’est pas fini, car Le Pays Innocent de Samuel Gallet et du Collectif Eskandar vient remettre une couche de poésie politique. On est sur une planète abîmée, mais le spectacle refuse le doom permanent. Entre récit et musique, la troupe t’embarque dans une fable écologique où l’espoir reste têtu. La musique, signée Mathieu Goulin et Nadia Ratsimandresy, agit comme une bande-son live de film SF intimiste : ça gronde, ça murmure, et ça redonne un peu foi en l’avenir.

Enfin, côté hybridation totale, Chiendent réunit le violoniste Milo Darnaud et la chanteuse corse Marialuisa Capurso. Entre héritages traditionnels et expérimentations électro-jazz, le duo crée un espace où les frontières fondent comme neige sur une enceinte surchauffée. Là encore, le live ne se contente pas d’un concert classique : le projet inclut un volet de transmission avec des jeunes musiciens, comme si la répétition générale se mélangeait à la performance pour faire naître la prochaine génération de bidouilleurs sonores.

Du labo à la salle de classe : la création comme terrain de jeu

Si tu suis les actualités du GRAME , tu sais que le centre ne vit pas que la nuit dans les salles. En résidence, le projet BBTMTC – Azertype explore un dispositif sonore autour de la neurodivergence. Là, on est dans un vrai labo où le son devient outil de perception, presque de cartographie intime. Puis, un peu plus tard en mars, Manon Lepauvre débarque avec Marasim – Cérémonies dé·voix·lées : un mix de création musicale, danse et vidéo immersive. Imagine un live où la scène, l’écran et les corps se répondent en continu, comme une setlist multi-sensorielle.

Le GRAME pousse aussi la passion du son dans les couloirs des lycées. Avec les Fabriques à musique SACEM, l’artiste Odalie travaille avec des terminales du lycée Lumière à Lyon autour de la MAO. Au programme, contrôleurs, pédales, claviers, synthés modulaires et laptops : en gros, tout l’arsenal pour transformer une salle de classe en petit home-studio. Les élèves apprennent à manipuler des objets sonores en live, à créer leur univers, puis à défendre ça devant le bac. Tu imagines l’examen : plus proche d’un mini concert que d’une interro sèche.

Dans la même logique, Les Ateliers de la création posent leurs valises à la Halle, centre d’art contemporain de Pont-en-Royans. Après une immersion dans l’expo Jour blanc de Johanna Perret, les jeunes sont invités à répondre par le son. Ils sortent dehors, écoutent le paysage, reviennent dedans, bricolent des compositions électroacoustiques. La sortie du 8 avril ressemble presque à un listening session publique : tu passes d’une œuvre visuelle à une pièce sonore comme tu passerais d’une scène à l’autre en festival.

La face geek du son : spatialisation, low‑tech et immersion

Comme tout bon fan de musiques actuelles peut le confirmer, derrière chaque frisson en concert se planque souvent une bonne dose de recherche. En mars, le GRAME met en lumière la fameuse Barre d’Espace, un système autonome de spatialisation audio basé sur la synthèse de front d’onde. L’engin est présenté d’abord au Pôle PIXEL, dans le cadre de journées sur la création numérique et les démarches low‑tech. L’idée : prouver qu’on peut faire voyager le son partout autour de toi sans exploser le budget ni l’empreinte énergétique.

Ensuite, la Barre d’Espace s’invite au centre Inria de l’Université Grenoble Alpes pour une inauguration qui ressemble à un mini-festival scientifique. Romain Michon retrace l’histoire de l’informatique musicale, des premiers sons synthétisés en 1957 jusqu’aux expérimentations actuelles avec l’IA. Puis place au live, avec l’œuvre FELDENKRAIS de Frédéric Kahn, jouée sur 32 haut-parleurs. Le public se retrouve littéralement dans la fosse du son, au milieu d’une pièce électroacoustique en 16 voix, composée à partir de sons captés dans les locaux d’Inria. Tu peux même interagir avec le dispositif, comme si tu devenais ingé son le temps d’un morceau.

Et pendant que tout ça bouillonne, le GRAME continue aussi d’arpenter la scène internationale. À Montréal, le centre rejoint la Semaine du Neuf – Festival Musiques nouvelles, sur le thème Musique & Mouvement. Entre rencontres pro et découvertes, Nadia Ratsimandresy y croise des pointures venues d’Oslo, Strasbourg, Berlin ou Canberra. C’est le genre de rendez-vous où se préparent les sets de demain, ceux qui viendront, peut‑être, te retourner en salle dans quelques saisons.

Au final, ce mois de mars ressemble à une grande partition où chaque projet ajoute sa propre couche : théâtre possédé, expériences immersives, pédagogie par la pratique, bidouilles low‑tech et spatialisation tous azimuts. Si tu aimes les musiques qui n’ont pas peur de prendre des risques, garde un œil sur les actus du GRAME . Et toi, parmi tous ces projets, tu irais voir quoi en premier : la lande fantomatique de Hurlevent, l’espace-temps distordu d’Hypertemps ou la forêt électro-jazz de Chiendent ?

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