Green Carnation revient en 2026 avec un disque qui ne va clairement pas te laisser indemne. Avec A Dark Poem, Part II: Sanguis, le gang norvégien de prog rock/metal rallume la flamme et plonge encore plus profond dans les ténèbres intimes. Après avoir remis la machine en route avec The Shores of Melancholia, les musiciens passent la seconde et t’ouvrent la porte de leurs chambres les plus sombres, sans filtre ni fioritures.

Un deuxième chapitre plus intime, plus brutal… et plus beau

Sortie le 3 avril 2026, Sanguis marque le cœur battant de cette trilogie inspirée par la tragédie d’Ophelia. Là où la Part I faisait surtout monter la marée de la mélancolie, ce deuxième volet t’embarque en pleine tempête émotionnelle. D’ailleurs, Kjetil Nordhus le dit lui-même : ici, Green Carnation veut que tu entendes des histoires personnelles, brutes, parfois carrément douloureuses.

Le morceau titre, “Sanguis”, ouvre le bal avec plus de neuf minutes qui ressemblent à un mini-concert à elles seules. D’abord, tu as ces montées vocales claires et ces nappes d’orgue d’Endre Kirkesola qui essaient d’apaiser les blessures de famille. Puis, progressivement, tout se fissure. La fin doomy te balance au visage des souvenirs d’enfance lourds comme un riff de Paradise Lost, avec cette ligne qui reste en tête : « Father was boiling, mother was crying… ».

Ce n’est pas que de la pose dramatique. Stein Roger Sordal, bassiste et parolier principal, explique qu’il a longtemps hésité à adoucir ses textes. Finalement, il les a laissés tels quels, presque crus. Résultat : tu te retrouves face à un disque où le prog sert vraiment à décortiquer des vies, pas juste à empiler les mesures impaires. On est plus près de la sincérité d’un Katatonia que du démonstratif pour le démonstratif.

Une tracklist pensée comme un set, entre uppercuts et moments suspendus

Sur les 37 minutes de Sanguis, Green Carnation ne lâche jamais l’intensité, mais varie constamment l’énergie, un peu comme une setlist qui alterne gros murs de son et respirations. Après le choc du titre d’ouverture, tu bascules sur “Loneliness Untold, Loneliness Unfold”, où Sordal prend le micro. Là, tout se resserre. L’arrangement sonne presque acoustique, dépouillé, comme si le groupe jouait en fin de concert, lumière tamisée, dernier rappel fragile. Quand il lâche « Do you want to die? », tu sens que la question n’est pas théorique.

Ensuite, le disque remet du poids dans la balance. “Sweet to the Point of Bitter” aligne des riffs bien charnus, mais reste ultra mélodique, avec un arrière-goût de rancœur qui colle aux mots. Puis “I Am Time” sort la grosse artillerie émotionnelle : la guitare de Bjørn Harstad serpente comme un vent de changement, tandis que la voix insiste : « In your mind, I’m tomorrow / For your sake, I should be today ». Là, tu sens clairement l’écho des grandes heures du prog, façon Pain of Salvation, mais à leur sauce.

“Fire in Ice” relève encore la tension avec une approche plus politique, nourrie par les secousses déjà présentes sur The Shores of Melancholia. La batterie de Jonathan Pérez cogne comme une pluie glacée, et tu visualises sans peine la fosse qui headbang sur ces doubles croches massives. Pourtant, malgré cette puissance, l’album reste surtout centré sur la vulnérabilité, sur ces zones grises où tristesse et apaisement se mélangent.

Une odyssée prog qui laisse en suspens… et donne envie de la suite

En filigrane, Green Carnation joue ici sur un équilibre délicat entre perte, douceur et catharsis. Nordhus explique d’ailleurs que cette Part II parle de deuil et de tristesse, mais que ces sentiments peuvent parfois devenir presque réconfortants, comme un étrange calme avant la fin. Tu le ressens pleinement sur la dernière piste, “Lunar Tale”. La flûte d’Ingrid Ose vient flotter au-dessus d’un piano nocturne, et le morceau scintille tout en projetant un futur franchement inquiétant, avec ce « The end justifies the means, you’ll see » murmuré comme un secret.

Si tu suis le groupe depuis l’époque de Light of Day, Day of Darkness, tu vas forcément repérer des échos de cette ambition-là : gros formats, dramaturgie assumée, goût pour les fresques. Pourtant, Sanguis pousse le curseur ailleurs : moins démonstratif, plus humain, presque à fleur de peau. D’ailleurs, le lien de longue date entre Nordhus et Sordal se ressent à chaque ligne chantée. On a vraiment l’impression d’entendre un ami prêter sa voix à l’histoire d’un autre, avec respect et bienveillance.

Au final, A Dark Poem, Part II: Sanguis agit comme un deuxième acte parfait : il approfondit le récit, explore de nouveaux reliefs émotionnels et, surtout, te laisse en suspens. Quand le dernier accord de “Lunar Tale” s’éteint, tu restes là, un peu sonné, déjà en train de te demander jusqu’où cette trilogie va oser aller. Maintenant, il ne te reste plus qu’à monter le son, t’installer comme si tu entrais dans la salle avant un concert, et laisser Green Carnation dérouler son sombre poème jusqu’au bout de la nuit.


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