Nous les avions interviewés juste avant leur entrée en scène, c’est à la Maroquinerie que nous avons assisté au concert de Spore le 7 mars dernier. La salle était complète pour cette deuxième date d’une tournée de 9 concerts s’étendant sur six mois.
Blue boys club
Pour la première partie, c’est une voix robotique que l’on commence par entendre. Féminine, rappelant un peu celle que l’on peut retrouver dans le métro parisien, elle salue le public d’un “bonsoir” machinal. C’est ensuite une série de “bonsoir” – auxquels la foule répond en choeur – qui résonnent dans la salle, de plus en plus rapidement. Alors que le beat rejoint la voix, c’est en costumes cravates qu’apparaissent les membres du trio Blue Boys Club.
Musique électronique aux accents rock, on comprend rapidement qu’ils ne sont pas là pour plaisanter. Petit bémol sur l’interaction inexistante avec le public entre les chansons. En effet, la voix qui nous a accueillis pour le début du set nous accompagne en réalité jusqu’à la fin. On plonge dans le quotidien lassant et presque risible des employés de bureau, dont la vie est rythmée par ce genre de voix insupportable.
Les chansons s’enchaînent dans une ambiance survoltée, à la limite de la boîte de nuit. On chante, on danse, on saute… La salle est déjà chauffée à blanc et ce n’est que la première partie. Après trois chansons dans cet univers ‘startup corporate’, la voix nous décrit comme “souriants, dociles” et nous annonce que nous sommes des “people pleaser”. La transition vers le single People Pleaser est parfaite.
En parlant de transition, celle vers la dernière chanson du set est toute trouvée. “Félicitations, vous venez d’ouvrir les portes de votre pouvoir intérieur. Vous êtes maintenant un sex symbol.” Sex Symbol, donc, un dernier morceau qui fait se déchaîner le public de la Maroquinerie, plus que prêt à accueillir le groupe suivant. Une boucle robotique de “cordialement” accompagne la sortie de scène du trio, et les lumières de la salle se rallument.
Un voyage… Cubique.
Lorsque la salle est à nouveau plongée dans le noir, l’ambiance est déjà électrique. Les quatre garçons de Spore entrent en scène, et le public cherche Louise – la chanteuse – des yeux. Ce n’est qu’après quelques instants d’interrogations qu’elle arrive enfin. Elle apparaît côté jardin, tenant au-dessus de sa tête un cube lumineux. Lentement, nous la voyons avancer, traverser le public, et descendre jusqu’au milieu de la fosse, où elle dépose ce cube mystérieux, avant de monter dessus.
C’est évidemment avec Ouverture que débute le concert. La chanteuse est face à la scène, éclairée uniquement d’une lumière orange, scène mystique et captivante. Lorsque le refrain arrive, la Maroquinerie est déjà survoltée. Louise rejoint ses compères sur scène à la fin du refrain et place le cube au milieu de la scène, point lumineux qui nous captivera tout le concert durant.
La première chanson terminée, le groupe remercie le public de sa présence, affirme que l’album a été très bien reçu, et qu’ils se sentent bien accompagnés depuis. Louise remercie également les techniciens, fait rare en tout début de concert, mais très plaisant. L’enchaînement se fait avec le dernier single sorti, La course folle.
Après une petite transition demandant au public de les aider pour la chanson suivante, Louise nous enjoint à extérioriser… Et c’est donc J’extériorise qui commence. L’ambiance est électrique, les lumières stroboscopiques renforcent l’impression d’être en boîte de nuit, et le public se déchaîne. On a l’impression d’être en soirée, avec nos amis, et de relâcher toute la pression.
“On vient d’extérioriser,” nous interpelle alors Matteo, guitariste, “Je vais maintenant vous inviter à être libres. Je vais vous raconter l’histoire de cette chanson”. Libre, quatrième morceau de ce set, commence avec Louise et Matteo, assis tranquillement sur scène l’un à côté de l’autre, tandis que Tristan, guitariste également, occupe la scène en rappant. Au moment du pont, c’est apparemment “le moment de la fête foraine”, selon la chanteuse. Tout le monde lève donc les mains et tourne sur lui-même dans une ambiance bon enfant et somme toute adorable.
Avignon, bien entendu
Le prochain morceau nous est présenté comme parlant d’une ville “qui nous ressemble, qui nous rassemble.” En connaissant un peu le groupe, on peut se douter de ce qui va suivre – bien que certains spectateurs tentent de hurler le nom d’autres villes. Louise continue sur sa lancée et annonce “84000, Avignon” ce qui ne surprend absolument personne. Cette Ville, donc, sera suivie par De le dire, deuxième single de l’album, sur le thème de l’amour inavoué, puis Debout debout. Morceau le plus rock de l’album, cette dernière évoque le moment – fort agréable – où nos amis chats nous réveillent après une nuit souvent bien trop courte, histoire de réclamer des croquettes à corps et à cris.
A la fin de ce morceau, petit moment de pause. Léo (claviers, basse) s’approche du devant de la scène, micro en main. Il nous l’explique, ce moment est un moment devenu un classique de leurs concerts. Son discours est clair et d’utilité publique : il faut soutenir la culture, soutenir la musique en live. Il mentionne aussi le Syndicat des Musiques Actuelles (SMA), qui aide notamment les techniciens, et souligne l’importance de tels syndicats.
La référence est la 8ème chanson du set. Puisque Léo rappe au devant de la scène, c’est Louise qui se retrouve aux claviers. Durant le pont, les deux se retrouvent autour du cube lumineux, paré de couleurs bleues, et se mettent à danser autour. Fil rouge (ou bleu?) de ce concert, ce fameux cube continue d’occuper l’espace central de la scène, attirant tous les regards. Arrivent alors sur scène deux invités de marque : Maevol et EyeMC, pour un featuring tout à fait remarquable. Un “moment convivial”, comme le décrit Louise, qui en profite également pour remercier Blue Boys Club d’avoir ouvert le concert.
Finir par le début
Le groupe performe ensuite la chanson Mode Action, avant d’annoncer que le prochain titre sera le dernier. La chanteuse le présente en expliquant qu’il est temps de finir “par ce par quoi tout a commencé”. Elle revient sur l’histoire du groupe, ces cinq amis qui ont décidé de créer un groupe afin de se voir plus souvent, mais surtout de se retrouver autour de leur passion pour la musique. Dans le public, on lève des fleurs faites de tubes lumineux – 99 en tout, distribuées avant le concert. Floral sera la dernière chanson du set, évidemment. La première créée et sortie tous ensemble. L’ambiance est toujours aussi exceptionnelle, et Léo saute même dans la foule pour un petit moment crowdsurf d’anthologie.
Le set fini, tout le monde sort de scène, et la salle reste plongée dans le noir. Le public chante, demande un rappel. Soudain, le cube – laissé sur scène – s’illumine à nouveau, annonçant le retour du groupe. Pour ce rappel, c’est en réalité un nouveau morceau – sans nom – qu’il jouent. Toujours emmenés par la voix envoûtante de Louise, Spore nous livre une interprétation magistrale. Le public est en feu, pas tout à fait d’accord avec l’idée que le concert prenne fin.
Avant de quitter définitivement la scène, cependant, Louise prend une dernière fois la parole. Dans une Maroquinerie respectueusement silencieuse, elle nous enjoint à partager une pensée pour les gens qui souffrent, notamment victimes des guerres, et termine par “ne laissons pas les choses s’échapper, même ici, nous pouvons agir”. À ces mots, le public s’exclame “siamo tutti antifascisti”, chant repris aussitôt par l’entièreté de la Maroquinerie dans une superbe unité, qui conclut parfaitement ce concert.
Setlist
- Ouverture
- La course folle
- J’extériorise
- Libre
- Cette ville
- De le dire
- Debout debout
- La référence (ft. Maevol et EyeMC)
- Mode Action
- Floral
- Untitled

























