L’heure est venue de reprendre la route, direction Sète pour un rendez-vous qu’on ne raterait pour rien au monde : le Demi Festival fête ses 10 ans, et pour l’occasion Rachid et son équipe ont vu les choses en grand. Cinq jours au lieu de quatre, et une ouverture inédite : une grande soirée gratuite au Quai du Maroc, en plein centre-ville, avant quatre soirs au Théâtre de la Mer. Investir la ville pour offrir le rap à tout le monde, gratuitement : difficile de trouver meilleur résumé du projet de Demi-P depuis une décennie. D’autant qu’on comprend immédiatement quelque chose en arrivant sur le nouveau site qui accueille ce premier jour gratuit : il est vrai-ment plus grand que l’ancien. De quoi régaler toute la ville !
Tinaa
C’est Tinaa qui a l’honneur d’ouvrir cette édition anniversaire, et c’est précisément la force du projet de Demi-Portion depuis 10 ans : mélanger les gros classiques et les pépites à découvrir. Le public est déjà bien présent sur le quai, entre curieux·ses du centre-ville et puristes venus tôt.
On découvre donc la nantaise, qui s’inscrit dans la lignée des rappeureuses qui mêlent directement intime et politique. Elle qui vient de sortir son premier album cette année (Minuit Sonne, avec notamment un feat de Swift Guad) a vraiment un projet intéressant. Ca se défend bien sur scène, avec un flow très propre pour voir qu’elle est début de carrière, et des textes qui marchent vraiment bien. Accompagnée de sa backeuse et du beatboxer Mike Fly,
Souffrance
On ne compte plus les fois où on l’a croisé ici, avec l’Uzine ou en solo ; et c’est toujours un plaisir (on croisera d’ailleurs Cenza, par hasard, dans le public un peu plus tôt). Le montreuillois reste une des plus belles plumes du rap indé, avec cette écriture à hauteur d’homme qui a fait la force de Tranche de vie et qui prend une dimension particulière en live. Aucun calcul : juste du texte, des barz, et un public qui connaît chaque parole. Si vous ne connaissez toujours pas le bonhomme, on ne peut plus rien pour vous — mais allez quand même rattraper ça d’urgence ; on est toujours bloqués sur son passage dans le « a TRAUMA Freestyle » d’Oumar y’a 3 ans mais Hiver Automne sorti l’an dernier est aussi parfait.
Assassin
Y’a des noms comme ça qui imposent le silence avant même la première note. Assassin, c’est un pan entier de l’Histoire du rap français : les pionniers de la fin des années 80, l’undaground revendiqué, L’État assassine et des textes qui n’ont malheureusement pas pris une ride. Voir Rockin’ Squat et sa bande poser ça gratuitement, en plein centre-ville, devant plusieurs milliers de personnes ; c’est un moment qui dépasse largement le concert : c’est une transmission. Le public alterne entre recueillement et rage de vivre, les classiques s’enchaînent, et on se dit que le Demi Fest ne pouvait pas mieux ouvrir sa décennie que par une leçon d’histoire. Chapeau. Undaground Connexion, Shoota Babylone ; ils ont enchaîné les classiques pour prouver qu’en 2026, ils sont toujours bien là !
Scylla & Furax Barbarossa
Bon, on peut enfin lever le silence : la fameuse « grosse surprise » teasée depuis des semaines par l’équipe du festival, c’était donc eux. Et quelle surprise. Scylla et Furax, c’est deux des plus grosses plumes sombres du rap francophone réunies sur une même scène ; la Belgique et Toulouse (Cocorico, forcément) venues sceller au Quai du Maroc une complicité qu’on entend sur disque depuis des années. Les habitué·es du Demi les connaissent bien d’ailleurs : on les avait vus se succéder ici même en 2022, chacun dans son registre — l’aura hors norme de l’un, l’identité poétique de l’autre qui n’a jamais aussi bien porté son blaz. Alors les voir se renvoyer les couplets ce soir, gratuitement, devant un public désormais vraiment nombreux ; c’est le genre de moment qui résume dix ans de Demi Fest en un quart d’heure. L’ambiance bascule vraiment à ce moment là, tandis que les 2 défendent notamment Portes du désert sorti en 2025, mais aussi les titres sortis entre temps comme Rois de la Jungle. Un petit morceau en solo chacun également, Qui m’demande côté Furax (et 10Vers, qui le rejoins à ce moment), BX Vice côté Scylla ; ca fait toujours plaisir ! L’énergie est digne de ce qu’on peut attendre d’eux, et ils feront un peu moins d’une heure sur la scène à balle, tout comme le public et les quelques tshirt « Caravelle » qu’on a pu croiser, comme annoncianteur.
L’Entourloop
On finit sur le duo et ses MCs pour transformer le Quai du Maroc en sound system géant, accompagnée notamment par Flavia Coelho ou Demi P passés faire un petit coucou sur scène pour accompagner la liesse. Et c’est exactement ce qu’il fallait à cette soirée gratuite : leur mélange de hip-hop, de reggae et de scratches est probablement la meilleure passerelle qui existe entre les puristes du boom bap et les familles sétoises venues voir ce qui se passait sur le quai. Résultat : tout le monde danse, des ancien·nes aux gamins sur les épaules. Mission accomplie.
Avec les invités surprise qui défilent au micro jusque tard dans la nuit (on ne spoile pas, mais vous connaissez la maison : ici tout le monde finit sur scène), cette soirée d’ouverture est une franche réussite et un très beau cadeau fait à la ville. Demain, on rejoint le Théâtre de la Mer pour les choses sérieuses : JoeyStarr, Rocca, Seth Gueko et compagnie. Autant vous dire qu’on a déjà hâte.
Rédaction : Mélanie
Photos : David Vacher





















































