Playgrounded revient avec A Flower to Water, un troisième album de metal progressif électronique où le deuil, la patience et la mélancolie se fondent dans des paysages sonores massifs. Entre riffs lourds, glitchs électroniques et silences qui pèsent aussi fort que les guitares, le groupe signe l’un de ses projets les plus habités.
Sorti chez Pelagic Records, ce nouveau chapitre confirme la place de Playgrounded parmi ces groupes capables de parler autant aux fans de Deftones et Nine Inch Nails qu’aux amateurs de Moderat ou Vola.
Un metal qui respire, entre Athènes et Rotterdam
Originaire d’Athènes mais désormais basé principalement à Rotterdam, Playgrounded façonne depuis près de vingt ans un post metal qui n’entre dans aucune case. Le groupe tisse ses riffs avec des textures électroniques ciselées et des touches de néo-classique cinématographique, loin du simple “gros son + machines”.
Après un premier EP en 2014 (Athens EP) puis un premier album remarqué, In Time with Gravity (2017), Playgrounded a franchi un cap avec The death of Death en 2022, déjà sur Pelagic Records. Le disque, sacré Album de l’année aux Rotterdam Pop Music Awards, avait emmené le groupe sur 36 dates en Europe et au Royaume-Uni, aux côtés de The Ocean (Collective) et LLNN, et sur des festivals pointus comme ArcTanGent ou Euroblast.
A Flower to Water arrive donc à un moment clé : un groupe rodé sur la route, sûr de son identité, qui choisit de ralentir le temps plutôt que d’en rajouter dans la démonstration. Ce nouvel album prolonge cette démarche, mais en creusant plus profond du côté de la perte, de la mémoire et de ce qui reste quand tout se fissure.
« A Flower to Water » : le deuil en haute définition sonore
Enregistré et produit par le groupe entre plusieurs studios à Athènes, A Flower to Water profite d’un travail de son ultra précis. Le mix de C. Cederberg (Leprous, Anathema) à Kristiansand et le mastering de George Tanderø à Oslo donnent à chaque glitch, chaque souffle, autant de poids qu’à un mur de guitares.


Le disque suit une construction quasi cyclique, de A Flower… jusqu’à … to Water. Voici la tracklist complète :
- A Flower…
- Counting Embers
- Someone
- Snow
- Of Air and Metals
- … to Water
Le premier single, Counting Embers, condense bien la signature Playgrounded : une montée en distorsions dissonantes qui se désagrège d’un coup, ne laissant plus que la voix grave de Stavros Markonis, presque à nu. Le morceau se reconstruit ensuite lentement, comme si le groupe sculptait le silence lui-même jusqu’à un dernier refrain explosif.
Avec Snow, deuxième single, Playgrounded s’autorise une mise à nu encore plus radicale : un beat bancal en 15/16, des sons électroniques dépouillés, presque sans les couches métalliques habituelles. On entend là le cœur introspectif du groupe, sa fascination pour l’electronica expérimentale et les textures fines plutôt que pour la surenchère.
Pourquoi il faut tendre l’oreille vers Playgrounded
Ce qui frappe sur A Flower to Water, c’est la place laissée au vide. Les respirations entre deux riffs, les pauses entre les pulsations de basse ou les grooves hypnotiques de batterie racontent autant que les passages les plus lourds. Playgrounded fait de ces silences les marqueurs d’un manque, d’absences et de souvenirs qui hantent chaque rupture et chaque reprise.
Cette façon de “composer en décomposant” – déjà au cœur de The death of Death – atteint ici une nouvelle intensité. Le groupe assemble des fragments de bruits, de clips, de textures électroniques en de vastes panoramas sonores, inspirés notamment par des artisans du son expérimental comme Orson Hentschel. Le résultat : un disque qui ne se contente pas d’être “atmosphérique”, mais qui donne vraiment l’impression de voir le chagrin prendre forme.
Si tu aimes les architectures complexes de Karnivool, les climats sombres de Katatonia, les obsessions industrielles de Nine Inch Nails ou les nappes électroniques de Moderat, Playgrounded mérite clairement une place dans ta playlist. A Flower to Water n’est pas un album à consommer vite : c’est un disque à apprivoiser, à réécouter, où chaque détail sonore ouvre une nouvelle porte sur ce que le groupe sait faire de mieux : transformer la lourdeur du monde en une fleur à arroser encore et encore.
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