Notes on the Memory of Notes porte bien son nom : ici, ce sont les sons, leurs traces et leurs échos qui deviennent matière première. Le trio formé par Lorenzo Bianchi Hoesch, Adèle Viret et Fabrizio Cassol signe un album où jazz contemporain et électronique se mêlent dans un vrai rituel d’écoute.
Sorti sur le label Ornithology Productions/Kuroneko Media, ce projet ne cherche ni le tube instantané ni le simple fond sonore : il propose une traversée sensible, entre tension, douceur et improvisation ouverte.
Un trio qui transforme l’écoute en terrain de jeu
Dès les premières minutes de Notes on the Memory of Notes, on sent que l’on n’est pas face à un disque “classique”. Les notes apparaissent presque à nu, posées dans le silence, comme si le trio testait la façon dont ton oreille va réagir.
Au centre, un dialogue permanent : le saxophone de Fabrizio Cassol, le violoncelle d’Adèle Viret et l’électronique de Lorenzo Bianchi Hoesch avancent ensemble, se frôlent, se fondent. Rien n’est figé, tout se transforme en temps réel.
Le résultat, c’est une musique qui refuse les cases trop serrées. On y entend un jazz contemporain qui n’a pas peur des machines, des rythmes électroniques complexes qui laissent la place aux silences, des espaces d’improvisation qui gardent toujours une forme de douceur, presque tactile.


Entre jazz, électronique et héritages du monde
Ce qui donne du relief à Notes on the Memory of Notes, c’est aussi le bagage de chacun. Saxophoniste et compositeur belge, fondateur d’Aka Moon, Fabrizio Cassol a depuis longtemps ouvert son jeu aux musiques africaines, arabes ou balkaniques. Ces influences se ressentent dans les phrasés, dans les couleurs harmoniques, sans jamais tomber dans la démonstration.
Face à lui, le violoncelle d’Adèle Viret apporte une voix singulière, loin de l’image sage de l’instrument. Nourrie par des expériences internationales, le jazz et les échanges interculturels, elle tire le violoncelle vers la chanson, la ligne mélodique ou le frottement plus brut, selon les morceaux.
Au cœur du dispositif, l’électronique en temps réel de Lorenzo Bianchi Hoesch agit comme un liant. Artiste sonore passé par l’Ircam, familier du son immersif et multicanal, il tisse des textures numériques qui peuvent tour à tour envelopper, bousculer ou relancer le trio.
On passe ainsi de paysages quasi choraux, avec des couches de voix et d’harmonies flottantes, à des séquences plus rythmiques, portées par des battements discrets mais insistants. Toujours avec cette idée : surprendre l’oreille sans la perdre.


Un album à écouter comme un rituel, du casque à la nuit
Notes on the Memory of Notes fonctionne particulièrement bien quand on le laisse se dérouler d’une traite, comme un seul mouvement. Le disque joue sur les contrastes entre ombre et lumière, souffle et tension, moment suspendu et montée progressive.
Certains titres se détachent naturellement et donnent envie de revenir : la sensualité enveloppante de “Sandalwood”, les questions laissées en suspens dans “The Question”, ou encore la douce gravité de “Song One”, déjà dévoilée en single aux côtés de “Marseille”.
C’est un album qui donnera sans doute autant envie aux amateurs de jazz aventureux qu’aux curieux d’électronique contemplative. Un disque idéal pour le casque, tard le soir, quand on a le temps de vraiment écouter, mais qui peut aussi accompagner un moment plus quotidien, en laissant simplement le trio redessiner l’espace sonore autour de toi.
Si tu cherches un projet qui prend l’écoute au sérieux, sans la rendre austère, Notes on the Memory of Notes mérite clairement qu’on s’y attarde.
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