ADX ont sorti leur nouvel album, 13ème Choc, ce vendredi 25 septembre. Ce fût l’occasion pour nous de leur envoyer quelques questions.
Pozzo Live : 13e Choc marque une orientation plus agressive et plus thrash dans votre son. Qu’est-ce qui vous a poussés à durcir le propos musical cette fois-ci ?
ADX : Ça ne vient pas vraiment d’une décision prise au départ en se disant : « Cette fois, on va faire un album plus thrash ». C’est plutôt quelque chose qui s’est imposé naturellement au fil de la composition. Les riffs étaient plus directs, plus agressifs, avec davantage d’impact, et on a choisi de suivre cette direction plutôt que de chercher à la tempérer.
ADX a toujours eu cette composante speed et heavy metal, avec parfois des passages beaucoup plus agressifs. Sur 13e Choc, on a simplement poussé certains de ces éléments un peu plus loin. Le son et la production renforcent également ce côté très incisif, notamment au niveau des guitares.
L’important était néanmoins de conserver ce qui fait l’identité d’ADX : les mélodies, les refrains, les harmonies de guitares et cette façon assez particulière que nous avons de mélanger heavy, speed et désormais quelques influences plus thrash.
Pozzo Live : Vos textes mêlent toujours histoire et imaginaire. Comment avez-vous choisi les épisodes historiques présents dans 13e Choc, notamment celui des Neuf de Senlis ?
ADX : L’Histoire a toujours constitué une source d’inspiration importante. Nous sommes particulièrement attirés par des événements qui possèdent déjà une dimension très forte, presque romanesque, mais qui sont parfois relativement peu connus du grand public. L’idée n’est pas simplement de raconter une date ou une bataille : il faut qu’il y ait derrière un véritable récit, des personnages, un contexte et une tension dramatique qui puissent être transposés musicalement.
Les Neuf de Senlis en est un bon exemple. Le morceau revient sur un épisode du procès des Templiers. En 1310, neuf d’entre eux furent condamnés puis brûlés à Senlis, dans le contexte des persécutions qui frappaient alors l’Ordre du Temple. Quelques jours auparavant ou autour de cette même période, des dizaines d’autres Templiers avaient également été envoyés au bûcher à Paris. Senlis s’inscrit donc dans cette succession d’exécutions qui accompagne la chute progressive de l’Ordre.
Ce qui nous intéressait était justement de revenir au commencement de cette mécanique : comprendre comment des hommes appartenant à un ordre qui avait été extrêmement puissant ont pu se retrouver accusés, emprisonnés, jugés puis exécutés. Il y avait là tous les ingrédients d’un morceau d’ADX : l’Histoire, la violence, le pouvoir, la foi, la condamnation et évidemment cette image extrêmement forte du bûcher.
C’est aussi typiquement le genre de sujet que nous aimons traiter parce qu’il peut donner envie à quelqu’un qui écoute le morceau d’aller ensuite chercher ce qui s’est réellement passé. Nous ne cherchons pas à faire un cours d’Histoire, mais si une chanson peut raconter une histoire forte tout en donnant envie d’en savoir davantage, alors elle a aussi rempli une partie de son rôle.
Pozzo Live : Après plus de quarante ans de carrière, qu’est-ce qui vous donne encore envie d’explorer de nouvelles intensités et de pousser certains curseurs ?
ADX : Probablement le fait de ne pas vouloir refaire indéfiniment le même album. ADX possède une identité très forte et il n’est évidemment pas question de la renier, mais à l’intérieur de ce cadre il reste énormément de choses à explorer.
Quand de nouveaux morceaux arrivent, on cherche avant tout ce qui peut les rendre efficaces. Parfois cela passe par davantage de mélodie, parfois par quelque chose de plus épique, et cette fois certains titres réclamaient clairement davantage de puissance et d’agressivité.
Le fait que le groupe continue également à évoluer humainement et musicalement permet d’apporter de nouvelles idées. Tant qu’il y a cette envie de composer, de jouer et de monter sur scène, il est assez naturel de continuer à faire évoluer la musique.
Pozzo Live : ADX a toujours chanté en français, même quand certains labels vous poussaient vers l’anglais. Aujourd’hui, que représente ce choix pour vous ?
ADX : Avec le recul, c’est devenu une partie essentielle de notre identité. Dans les années 80, chanter du heavy ou du speed metal en français pouvait sembler moins évident, notamment lorsque l’objectif était de toucher un public international. Il y a donc effectivement eu cette tentation ou cette pression pour aller vers l’anglais.
Mais le français apporte une personnalité immédiatement identifiable au groupe. Il correspond aussi parfaitement aux sujets que nous abordons, notamment lorsqu’il s’agit de l’Histoire de France.
Aujourd’hui, nous ne le vivons plus vraiment comme une contrainte ou même comme un choix à défendre. C’est simplement notre langage musical. Quand on entend ADX, le chant en français fait partie du son du groupe au même titre que les guitares ou le style de composition.
Pozzo Live : Votre imagerie médiévale et guerrière est devenue une véritable signature. Comment ce lien avec l’Histoire continue-t-il d’inspirer votre écriture aujourd’hui, après quatre décennies de carrière ?
ADX : L’Histoire est quasiment inépuisable. Même après quarante ans, il reste énormément d’événements, de personnages ou de périodes qui peuvent devenir le point de départ d’un morceau.
Mais ce qui est intéressant, c’est surtout que derrière les événements historiques, on retrouve toujours des thèmes très humains : la guerre, le pouvoir, la peur, le courage, la vengeance, la folie, la loyauté ou la trahison. Ce sont des sujets intemporels.
Cette dimension historique permet également de créer des ambiances très fortes. Certaines histoires appellent naturellement quelque chose d’épique, d’autres quelque chose de sombre ou de violent. Cela influence donc non seulement les textes, mais aussi la manière dont la musique peut être construite autour d’eux.
Pozzo Live : Vous avez traversé plusieurs époques du metal français, des années 80 à aujourd’hui. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la scène hexagonale ?
ADX : La scène a énormément changé. Dans les années 80, le metal français reposait sur relativement peu de groupes, de médias spécialisés et de structures capables de les accompagner. Aujourd’hui, il existe une quantité impressionnante de groupes français, dans pratiquement tous les styles de metal, avec souvent un niveau musical et technique très élevé.
Internet a également complètement changé la manière dont un groupe peut se faire connaître. Il est désormais possible pour un groupe français de toucher directement un public international, ce qui était beaucoup plus difficile autrefois.
En revanche, il y a aussi énormément plus de groupes et de musique disponible. Il faut donc parvenir à exister au milieu d’une offre considérable.
Ce qui est intéressant pour nous, c’est de pouvoir aujourd’hui partager l’affiche avec des groupes de générations très différentes. Cela crée une continuité entre la scène historique du heavy metal français et les formations beaucoup plus récentes.
Pozzo Live : Vous jouez régulièrement dans de grands festivals comme le Hellfest ou le Motocultor. Quelle place ces événements occupent-ils dans votre dynamique de groupe ? Préférez-vous ceux-ci ou de plus petits comme le Mennecy Metal Fest ?
ADX : Ce sont deux expériences assez différentes et justement complémentaires.
Les très grands festivals comme le Hellfest ou le Motocultor offrent évidemment des conditions et une exposition exceptionnelles. On peut jouer devant énormément de monde, y compris devant des personnes qui ne seraient pas forcément venues spécifiquement voir ADX. Pour un groupe, ce sont toujours des moments particuliers.
Mais les festivals plus petits ont d’autres qualités. Il y a souvent davantage de proximité avec le public, une ambiance plus familiale et plus de possibilités d’échanger avec les gens et avec les autres groupes.
Nous n’avons donc pas forcément envie de choisir entre les deux. Jouer devant plusieurs milliers de personnes sur une grande scène procure une énergie incroyable, mais un festival comme Mennecy peut créer une proximité et une atmosphère que l’on ne retrouve pas nécessairement dans les très grosses structures.
Les deux font partie de la vie d’un groupe et nous apprécions justement de pouvoir passer de l’un à l’autre.
Pozzo Live : Avec les arrivées plus récentes de Neo, Jules et Frederick, comment décririez-vous l’alchimie actuelle du line-up ? Qu’est-ce que ces nouveaux membres ont apporté à ADX ?
ADX : L’une des forces du line-up actuel est justement de réunir plusieurs générations et plusieurs parcours musicaux autour de l’identité d’ADX.
Quand de nouveaux musiciens arrivent dans un groupe qui possède déjà plus de quarante ans d’histoire, l’objectif n’est pas de transformer complètement ce groupe. Il faut respecter ce qui constitue son ADN tout en apportant naturellement sa propre personnalité.
Neo, Jules et Frederick sont arrivés avec leurs influences, leur manière de jouer et leur propre expérience musicale. Cela apporte forcément une énergie nouvelle, aussi bien dans la manière d’aborder les morceaux que dans le son ou les arrangements.
L’équilibre actuel fonctionne bien parce qu’il y a justement ce mélange entre l’expérience et l’histoire du groupe d’un côté, et une certaine envie de pousser les choses plus loin de l’autre. 13e Choc reflète probablement assez bien cette alchimie : on reconnaît immédiatement ADX, mais avec une énergie et une agressivité qui correspondent aussi au line-up actuel.
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