Quatre ans après son premier album solo, Life Screams, Lacey Sturm est prête à remettre le couvert. L’ancienne frontwoman de Flyleaf à des choses à dire et nous le prouve lors de cette interview confinée, mais détendue, comme à la maison.

Pozzo Live : Récemment, on a pu vous entendre avec Breaking Benjamin sur leur reprise de “Dear Agony” sur leur dernier album, Aurora. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette collaboration ? Vous connaissiez déjà Ben Burnley avant, n’est-ce pas ?

Lacey Sturm : Oui, on a tourné avec lui environ trois fois avec Flyleaf, et on a fait des festivals ensemble. Je me souviens, vraiment au tout début, on a tourné ensemble mais on n’a pas vraiment noué de relations. On était juste la première partie. On s’est croisés quelques fois, mais après on a fait une autre tournée avec eux plus tard et là on a appris à mieux se connaitre. Il a assisté à notre set et je pense qu’il l’a apprécié ce qu’on faisait et il a dit qu’il était fan. On est toujours reconnaissant de savoir qu’il a porté de l’intérêt à ce qu’on faisait, parce qu’honnêtement, quand on tourne avec des groupes, la tête d’affiche n’assiste généralement pas à la première partie, et on apprend pas forcément à connaitre le groupe avec lequel on tourne. Donc c’est toujours cool quand ça arrive. Après avoir quitté Flyleaf, ils étaient en tournée avec Skillet. Et Jen Ledger, la batteuse de Skillet, a son propre groupe, et certaines dates se chevauchaient avec la tournée de Skillet. Donc ils m’ont demandé de venir chanter à sa place sur cette tournée. Pendant cette tournée, je suis allée saluer Ben, et il a demandé à écouter certains trucs sur lesquels je travaillais pour un projet acoustique avec mon mari. Il a dit que ça lui plaisait beaucoup et il m’a demandé si j’aimerais que l’on travaille ensemble, ou qu’il enregistre une de nos chansons. J’ai dit « Ok, bien sûr, ce que tu veux ». L’opportunité de cet album s’est présentée, et il m’a demandé de chanter pour cette chanson en particulier, Dear Agony. J’ai entendu les paroles, et elles me parlaient vraiment à cause de ce que je traversais à ce moment-là. Elles ont vraiment résonné en moi et avec ce que j’avais en tête à l’époque et j’ai su que c’était quelque chose que je voulais faire.

Pozzo Live : Vous nous avez laissé savoir que vous travailliez sur un nouvel album. Est-ce qu’il progresse bien ? Est-ce que le confinement a ralenti le procédé de création ?

Lacey Sturm : Non, en fait c’est marrant, mais le coronavirus nous a probablement aidés à en faire plus. Ça n’a pas vraiment changé nos vies, on n’était pas tournée. J’ai mon fils, il a presque deux ans maintenant. Donc ils ont 8 ans, 6 ans et presque deux ans. On a passé beaucoup de temps avec notre cadet, il a besoin de beaucoup d’attention en ce moment. Donc on était à la maison de toute façon, mais être à la maison et être créative c’est cool, ça fonctionne bien. On a commencé à travailler là-dessus il y a un an en fait. Korey Cooper, de Skillet également, est une amie à nous. Elle écrit très bien, et elle est très douée pour faire sa propre musique électroniquement. Elle sait faire batterie, guitare, basse, mélodies, claviers, tout ça sur ordinateur, et elle est capable d’avoir des idées très rapidement. On a travaillé ensemble très vite. C’était génial. Je me suis rendue là-bas pendant deux jours, on a passé du temps ensemble et on a composé six chansons en l’espace de deux jours. La chanson qu’on est sur le point de sortir fait partie de celles que j’ai écrites avec Korey. Mon mari a pris tout ce qu’on avait fait ensemble et a mis mon batteur dessus, Tom Gascon. Il a tourné avec nous, c’est un batteur incroyable. On a aussi demandé à notre nouveau bassiste, Mike Renata. Il est jeune et super talentueux. Donc on a enregistré la basse, puis mon mari a enregistré la guitare, il a aussi géré la pré-production et la production, il a tout mixé et je suis très impressionnée. Il a fait beaucoup de recherches sur les mix, et je suis très difficile à ce niveau-là. Je pense que dans une chanson, ça fait tout. Mes mixers préférés, Chris Lord-Alge et Tom Lord-Alge ont collaboré sur des albums de Flyleaf. Mais ils ont aussi un groupe qui s’appelle Cage9. C’est un groupe américain, ils sont vraiment géniaux, si vous n’en avez jamais entendu parler, vous devriez les écouter ! Le chanteur de Cage9, Evan Rodaniche a fait mon premier album solo. Il l’a enregistré et mixé, et ses mix sont mes préférés. Il n’est pas très connu, mais il devrait l’être, il est excellent. Mais je trouve que les mix de mon mari sur ces nouveaux morceaux sont au même niveau, ce qui est très impressionnant. Je ne savais même pas qu’il savait faire ça ! Il a vraiment plein de talents différents, il faut croire. J’en apprends tous les jours ! Onze ans de mariage et je lui découvre encore des talents que j’ignorais.

Pozzo Live : Que peut-on attendre de cet album ? Est-ce que vous avez des choses à confesser ? Un message à faire passer à votre public ?

Lacey Sturm : Il y a toujours un message avec nous, et avec moi surtout. Si je n’ai pas de raison de crier, je ne le ferai probablement pas, il faut qu’il y ait une raison. Selon moi, la musique permet toujours d’exprimer nos émotions. C’est crier pour la justice, crier pour… peut-être une façon de trouver la paix. On a l’impression de comprendre le chaos qui nous entoure, l’impression de pouvoir attraper cette terre sous nos pieds. Et c’est comme un séisme, on a aucune idée de ce qui va se passer. Alors le simple fait de pouvoir exprimer ça clairement, du fond du cœur, c’est soulageant. C’est une façon de gérer la peur et la frustration, et avec un peu de chance, de capturer la voix d’autres personnes qui ne savent pas comment exprimer cela. Je trouve que c’est une chose magnifique pour les artistes, et l’art de manière générale. Parfois, on ne peut pas exprimer les choses à l’écrit. Parfois, on peut exprimer les choses simplement en ayant une conversation, ou en détruisant des objets, ou en se disputant. Ça n’exprime même pas ce qu’il se passe, ça effleure simplement le sujet, mais la musique permet de creuser et de vraiment l’exprimer. Et ensuite, on se sent compris, et écouté, et on peut enfin être apaisé et se dire : « Ok, je ne suis pas fou, et ça passera un jour, je vais m’en sortir et je ne suis pas seul ». Je pense qu’on parle de pas mal de choses différentes dans l’album. C’est intéressant que la première chanson sorte maintenant. Beaucoup d’artistes ont tendance à être prophétiques et à ressentir ce que beaucoup de personnes traversent et ils le ressentent eux-mêmes. C’est bien de reconnaître que ce ne sont pas juste mes sentiments personnels, qu’on peut être entre nous et comprendre ce que les autres ressentent et se dire « Pourquoi je suis autant en colère ? Oh, c’est parce que ce mec juste ici est super en colère, et ce n’est même pas mon problème ». Peut être que je vais ressentir de la peur alors que je n’ai jamais eu peur de ma vie, mais ce mec à côté de moi flippe ! Être capable de reconnaître quelque chose, parfois simplement de l’empathie et de la compassion, et savoir que ça ne vient même pas de nous, je trouve ça très éclairant, parce que c’est ma façon d’être. J’ai tendance à faire attention à ces choses-là. C’est comme un don. C’est la même chose pour mon fils. Et beaucoup de nos fans sont comme ça. Beaucoup d’entre eux ont ce même don de compassion et c’est dingue parce qu’ils font attention à tellement de choses, mais c’est simplement leur façon d’être. Et on a la possibilité de l’exprimer. The Decree, la chanson qu’on va sortir la semaine prochaine, enfin, je ne sais plus exactement quand elle doit sortir, s’applique prophétiquement à ce qu’on traverse en cette période de confinement. Ce n’était pas volontaire puisqu’elle a été écrite il y un an ! Mais ça arrive souvent quand j’écris. C’est une autre époque, et quand la chanson sort, elle colle parfaitement à ce qu’il se passe. On dit toujours « ma vie n’est pas définie par l’argent » ou « ma vie n’est pas définie par mon travail », parce que toutes ces choses sont temporaires, instables et ne nous garantissent aucune sécurité. Les choses comme des relations superficielles, la popularité, la célébrité, ce que les gens pensent de toi, tout ça va passer, aller et venir, et c’est inconstant. Mais on dit ça, «je suis sage et philosophe, et je sais que la vie c’est plus que ces choses superficielles ! », mais d’un coup, tout s’arrête, on n’a plus rien de tout ça et c’est un peu « oh, alors, voyons si tu peux le prouver : est-ce que ta vie se résume à autre chose que tout ça ? Parce que maintenant, tu ne peux plus te tourner vers ton travail, tes relations sans avenir, tu perds peut-être ta sécurité financière ». On se dit « c’est plus qu’une maison, c’est plus que des vêtements », mais peut-être que si on perd tout ça, on devra se demander si tout ça c’est vrai pour nous aussi. Par exemple, je me souviens quand je chantais la chanson Cassie que j’avais écrite après la fusillade de Columbine au lycée. Avant de chanter Cassie sur scène avec Flyleaf, je disais un truc philosophiquement brillant, genre : « Vous ne devriez pas être choqués que des gens meurent, tout le monde meurt. Vous devriez être surpris d’être toujours en vie ». Je me croyais super intelligente, vous voyez. Et tout d’un coup, notre ingénieur du son a été tué dans un accident de voiture, et je n’ai plus réussi à dire ça sur scène parce que j’étais tellement choquée de son décès. On pense tout savoir, jusqu’à ce que les théories deviennent réalité, jusqu’à ce que tout soit remis en question. Et après tu te dis : « Wow, j’ai dit ces choses, mais est-ce que je les pense vraiment ? ». Ça fait onze ans que je suis mariée, et ce n’est pas quand tout est parfait que je sais que mon mari m’aime, c’est quand tout va mal et que tout est remis en question, et qu’il choisit de rester. Et je me dis « Wow, c’est ça, c’est la promesse qu’on fait quand on se marie, ça marche vraiment. Pour le meilleur et pour le pire, c’est vraiment le pire là, est-ce que tu es sûr de rester ? Et on est toujours là ». C’est un peu la même chose avec le coronavirus, ce qui est vraiment important c’est : « Qui est-on réellement ? Est-ce qu’on est toutes ces choses extérieures ? Est-ce qu’on est quelque chose au fond de nous ? Qu’est-ce qui compte : toutes ces activités, ou bien notre âme et ce qu’on est au fond ? ». C’est un peu ce dont parle The Decree. Désolée, c’était une réponse vraiment longue !

Pozzo Live : Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ? Quelles sont vos inspirations ? Est-ce que vous prenez le temps d’écouter de la musique ou est-ce que vous faites simplement la vôtre ?

Lacey Sturm : C’est exactement ça ! On fait beaucoup de musique en ce moment et c’est très fluide. Chaque jour, il y a une nouvelle chanson à chanter, c’est une période de créativité très intéressante dans ma vie avec mon mari, puisque c’est un artiste. Notre niveau de créativité est très élevé, parce que je crois que ce qui tue le plus la créativité c’est le business, quand on essaie d’être partout. Avoir la chance d’être à la maison, et de venir à bout de la peur, l’anxiété, la raison, quel est le sens de la vie ? Et si plus rien ne changeait ? Notre vie entière est train de changer, et si c’était ça notre nouveau mode de vie, comment on survit ? C’est une période vraiment géniale pour l’art. C’est intéressant que vous m’ayez donné l’option de répondre « est-ce que vous ne faites qu’écrire ? », parce que c’est ce que je fais. Si vous n’aviez pas dit ça, j’aurais probablement essayé de réfléchir à ce que j’écoute, et il y a des trucs géniaux. Il y a de la musique géniale. C’est marrant que je sorte cette musique rock heavy parce que ce n’est pas du tout ce qui m’aide en ce moment. Le rock de manière générale ne m’aide pas du tout en ce moment, j’ai besoin de calme ! J’ai besoin de musique apaisante et douce. En ce moment, il y a un groupe qui s’appelle Islander, c’est plutôt indé, mais j’adore leur musique, ils sont très inspirants mais aussi très passionnés. C’est du rock heavy, un peu comme Deftones. Je pense que c’est un des derniers groupes que je me suis mise à écouter.

Pozzo Live : C’est encore un peu trop tôt pour reparler de concerts. Mais plus tard, est-ce que vous pensez qu’une tournée européenne serait envisageable ? Je pense bien sûr à la France. C’est quelque chose que tu n’as jamais fait avant, même avec Flyleaf si je ne me trompe pas. 

Lacey Sturm : On a joué à Lille et on a visité la ville. On a voyagé là-bas avec Korn, je crois. Oh non, avec Stone Sour. Enfin peut-être une fois avec Korn. Mais on n’est pas venus beaucoup là-bas, c’est sûr. Et j’adorerais venir ! J’adore la culture française, ça me fascine. Je l’adore. Je sais qu’il y a une sorte de tension entre les américains et les français. Je suis un peu gênée d’être américaine quand je suis en France… Mais il y a une sorte de communion aussi. Ce que j’aime à propos de l’Amérique, on le retrouve beaucoup en France. C’est bizarre parce qu’on voit beaucoup de choses aux Etats-Unis, des tas de choses qu’on croit spécifiques à ce pays, mais on ignore l’essence même de ce qu’est être américain : ce que c’est d’être libre, que quelqu’un se soit battu pour notre liberté. Notre génération ne connait pas ça. Mais j’adore la liberté. Ce concept me fascine totalement, je l’adore et ça me passionne vraiment, et je pense que l’art est ancré dans la liberté. Et je trouve que cette idée est très présente en France. J’ai l’impression qu’il y a énormément d’art et une grande liberté et j’aime ça. Je ne saurais pas l’expliquer !

Pozzo Live : Il n’était pas sûr que vous aimeriez qu’il en parle, mais Ben Burley a dit qu’une collaboration entre vous serait possible. Plus tard, est-ce qu’on peut s’attendre à une création musicale de vous deux ?

Lacey Sturm : Oui, j’adorerais ! J’adorerais faire ça. Je pense qu’il est partant aussi. J’ai déjà donné mon accord pour faire ça, donc je suppose que tout dépend de ses disponibilités. Quand je donne des interviews, les gens me disent souvent que Ben n’est pas sûr que je voudrais en parler, et moi je pense la même chose pour lui, je ne sais pas s’il veut en parler, parce que je ne sais pas trop ce qu’il en pense. Parfois on se dit par hasard « On va faire le meilleur des albums ! », et c’est un peu « Ok, c’est quand tu veux ! », donc j’attends un peu qu’il m’en reparle. C’est un peu pour ça qu’on a attendu avant de sortir l’album, parce qu’on pensait faire des choses avec Ben. Mais ça a pris pas mal de temps, et ces chansons sont appropriées maintenant, donc on va les sortir, et on verra ce qu’il se passe avec lui quand il sera prêt.

Pozzo Live : Dernière question, quel groupe ou artiste nous conseillez-vous d’interviewer ?

Lacey Sturm : Je réfléchis à des gens intéressants à interviewer… Vous avez déjà interviewé Korn ?

Pozzo Live : Pas encore.

Lacey Sturm : Ça serait sûrement une bonne interview, les mecs de Korn. Ou bien, vous connaissez P.O.D ?

Pozzo Live : Oui, on les a interviewés l’année dernière.

Lacey Sturm : Vous avez parlé avec Sonny ?

Pozzo Live : Non, avec Marcos Curiel.

Lacey Sturm : Marcos ne faisait pas partie du groupe quand j’ai tourné avec eux, mais je les adore. On a tourné avec eux quand je faisais encore partie de Flyleaf. Stone Sour ?

Pozzo Live : On ne les a pas encore interviewés non plus.

Lacey Sturm : Corey Taylor est une des meilleures personnes qui soient, tout comme James Root. On a fait une date avec Slipknot, mais je ne connais que Joey Jordison de Stone Sour. Je pense que ce sont eux les plus drôles ! Il y a tellement de gens géniaux. Shinedown ?

Pozzo Live : Cela serait formidable. On adore Shinedown

Lacey Sturm : Mon mari a tourné avec Shinedown récemment quand Zac, le guitariste, n’a pas pu assurer la tournée européenne. Mon mari est allé avec eux et a travaillé avec eux.

Pozzo Live : Nous étions au Hellfest quand votre mari tournait avec Shinedown. C’était un concert génial !

Lacey Sturm : Oui, il m’a parlé du Hellfest, il s’est beaucoup amusé ! J’étais vraiment fière de lui. Il m’a rapporté des autocollants du Hellfest. (rires)

Pozzo Live : Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. On espère vous voir bientôt quand cette période sera finie !

Lacey Sturm : J’adorerais, j’ai hâte ! En ce qui concerne mes espoirs en termes de tournée, je pense qu’on reviendra et qu’on fera une tournée.

Merci à Lacey Sturm pour le temps qu’elle nous a accordé et merci à Birdhouse Group.

Interview réalisée par Gaël le 29 avril 2020.

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