Chaka Khan, Sullivan Fortner, corto.alto, Oan Kim, Laura Anglade… La rentrée 2026 s’annonce dense pour celles et ceux qui suivent de près le jazz, la soul et toutes les musiques qui aiment brouiller les frontières. De la légende funk en mode célébration de soi aux jeunes pousses du post-jazz, il va y avoir de quoi remplir les playlists.
Voici un tour rapide mais éclairé des disques à surveiller entre fin août et novembre, histoire de ne pas passer à côté des sorties qui feront parler chez les amateurs de groove, de mélodies travaillées et de belles prises de risques.
Chaka Khan, le retour XXL de « CHAKZILLA »
Figure majeure de la soul-funk, Chaka Khan revient le 18 septembre avec CHAKZILLA, sept ans après son dernier album studio. Un retour placé sous le signe de la joie, de la liberté et de l’amour de soi, porté par une artiste tout juste honorée d’un Grammy Lifetime Achievement Award et déjà auréolée de 11 Grammy Awards.
Pour ce nouveau chapitre, Chaka Khan ne fait pas les choses à moitié : le disque sort chez Earthsong Records / BMG et réunit des invités de poids comme Sia, Snoop Dogg et Lenny Kravitz. Un casting qui dit beaucoup de l’ADN de CHAKZILLA : entre héritage funk, pop actuelle et clins d’œil hip-hop, l’album s’annonce comme une célébration à la fois personnelle et fédératrice.
« Cet album parle de joie, de liberté, d’humanité », confie Chaka Khan, qui évoque un parcours de vie dense depuis son dernier opus. Sans renier la diva qui a marqué des générations, Chaka Khan semble ici assumer pleinement une dimension plus introspective, tournée vers le bien-être et l’affirmation de soi. De quoi intriguer autant les fans de la première heure que les auditeurs qui l’ont découverte plus récemment.
Jazz, post-jazz et hybridations : la rentrée la plus aventureuse
Dès le 28 août, le pianiste de La Nouvelle-Orléans Sullivan Fortner ouvre le bal avec Leave That In There (Artwork Records / [PIAS]). Lauréat d’un Grammy pour Southern Nights, il signe l’un de ses projets les plus personnels, nourri de souvenirs et d’histoires familiales. Aux côtés de Tyrone Allen II (contrebasse) et Kayvon Gordon (batterie), il tisse un trio où écriture et improvisation se répondent avec une fluidité assumée.


Le 4 septembre, changement de latitude avec SOME SMALL FORTUNE, nouveau chapitre de corto.alto chez Ninja Tune. Mené par l’Écossais Liam Shortall, déjà remarqué avec un premier album nommé au Mercury Prize en 2024, le projet navigue entre jazz contemporain, broken beat, soul, hip-hop et électronique. Alternance de titres instrumentaux et chantés, plateau d’invités haut niveau (anaiis, BINA., Mick Jenkins, Oscar Jerome, Vector, Eriff, Jacob Alon, Terra Kin) : tout laisse penser à un disque pensé comme un vrai voyage collectif.
Le même jour, Oan Kim & The Dirty Jazz sort Infinity Shakes (Artwork Records / [PIAS]). Treize titres, des collaborations avec Melody Gardot et Arthur Teboul, une matière sonore qui tire plus vers l’indie rock que sur les précédents albums, tout en gardant des teintes jazz, folk et ciné. Le groupe convoque des influences qui vont de Tom Waits à Radiohead, avec cette patine un peu lynchienne qui transforme chaque écoute en petite expérience sensorielle.


La rentrée voit aussi Samy Thiébault et Émilie Aridon-Kociołek relever un pari casse-gueule sur le papier : revisiter Weather Report en simple duo saxophone / piano sur The Weather Acoustic (18 septembre, Gaya Music / L’Autre Distribution). Loin des textures électriques d’origine, ils réinventent ce répertoire culte dans une forme épurée, sans perdre la tension ni la vitalité qui ont fait la légende du groupe de Wayne Shorter, Joe Zawinul et Jaco Pastorius.
Du groove collectif aux voix intimes : les autres sorties à guetter
Le 25 septembre, le collectif parisien Who Parked The Car débarque avec Wrong Answers Only (Resolution Records / L’Autre Distribution). Né à l’IMEP dans l’écosystème Berklee, le groupe à huit têtes s’est fait un nom sur scène avec un mélange très immédiat de jazz, funk, soul et electro. Sur disque, ce groove incendiaire s’appuie sur des arrangements ciselés et une énergie pensée pour embarquer autant le public clubs que les salles plus sages.
En octobre, cap sur New York avec la guitariste, chanteuse et autrice-compositrice Dida Pelled. Son nouvel album I Wish I Was a Single Girl Again (23 octobre, La Réserve) croise jazz, folk, blues et Americana. Inspirée par Bob Dylan, Lou Reed, les grandes ballades jazz et ces « lost women of song » qu’elle cherche à remettre en lumière, elle choisit la force des chansons plus que la démonstration virtuose. Entourée notamment de Sullivan Fortner au piano et Rhodes, Tony Scherr à la basse et Kenny Wollesen à la batterie, elle signe un disque intime qui parle mémoire, identité, amour et quête d’un « chez soi ».
Le 13 novembre, la chanteuse franco-américaine Laura Anglade, nouvelle voix du jazz vocal installée à New York et sacrée aux JUNO Awards 2026, propose Something’s Coming chez Nettwerk. Au programme : douze classiques entre Great American Songbook, comédies musicales et rythmes brésiliens, de West Side Story à Funny Girl, servis par des arrangements de cordes et une approche plus théâtrale, comme une nouvelle étape dans son cheminement.
Enfin, le 20 novembre, les regards se tournent vers VOWSKI. Né au Conservatoire de Paris, ce quartet de post-jazz sort Facing Captivity (Axoh Records / L’Autre Distribution), un album pensé comme un environnement sonore à part entière. Enregistré à Manchester au studio Low Four avec Brendan Williams et accompagné par Daniel Yvinec, le groupe mélange textures électroniques, rythmiques répétitives et mélodies hypnotiques pour transformer l’incertitude et l’enfermement en matière musicale frontale et envoûtante.
De Chaka Khan à la scène post-jazz française, cette rentrée 2026 trace une ligne claire : le jazz, la soul et leurs satellites n’ont jamais été aussi vivants. Il ne reste plus qu’à tendre l’oreille… et à se laisser surprendre.
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