LUGOSi revient frapper là où ça fait mal avec The Scars, un deuxième album post-hardcore viscéral où se télescopent colère politique, histoires intimes et besoin vital de rester en vie. Entre rage punk, éclats noise et mélodies à fleur de peau, le groupe parisien assume un disque pensé comme un grand exutoire collectif.

Porté par les singles « Matches » et « Kate Whispers », ce nouveau chapitre confirme LUGOSi comme l’un des projets les plus sensibles et intransigeants de la scène extrême francilienne.

Un post-hardcore coloré, queer et à contre-courant

Depuis 2016, LUGOSi s’est fait un nom dans les caves parisiennes en jouant vite, fort et proche du public. Leur truc : associer une imagerie colorée, presque pop, à une musique qui cogne dur, entre punk, noise-rock, mathcore, post-hardcore et screamo.

Le groupe réunit Fabien Claes (guitare, piano), Adrian Verdier (guitare), Arthur Bercovitz (basse, claviers), Lucas Joly (batterie) et Pieriv Ruys (chant). Sur scène, ils ont déjà croisé Sick of It All, The Armed, Frontierer, Svalbard ou encore Pogo Car Crash Control, avant de sortir un premier album, inconsolable, fin 2022.

Mais LUGOSi, ce n’est pas qu’une histoire de gros son. Ulcérés par le machisme ordinaire de leur scène et par la montée de l’extrême-droite, les cinq refusent de partager l’affiche avec des artistes problématiques et tiennent à faire de leurs concerts des espaces safe pour un public souvent queer, fragile, en colère ou tout ça à la fois.

Au fil des années, le groupe a affirmé une identité militante et queer très claire, tout en encourageant ses auditeur·rices à prendre soin de leur santé mentale. Dans la fosse comme dans les textes, l’idée est simple : on n’est peut-être pas bien, mais on n’est pas seul.

The Scars : un album qui parle de blessures… et de survie

Avec The Scars, LUGOSi s’attaque frontalement à ce qui laisse des marques : la mémoire, les traumatismes, l’impuissance face à un monde qui brûle. Mais le disque ne se complaît jamais dans le nihilisme. Il parle aussi de solidarité, d’espoir têtu et de tout ce qui permet de continuer à tenir quand tout se fissure.

Premier aperçu dévoilé début juin, « Matches » est sorti accompagné d’un clip en animation mêlant stop motion et rotoscopie, réalisé par Joao Francisco “Jeff” Preto. Une manière déjà de montrer que le groupe ne limite pas son ambition à la seule déflagration sonore.

Deuxième extrait, « Kate Whispers » se présente comme le cri d’une personne qui refuse de céder au désespoir, même quand les séparations et les blessures semblent prendre toute la place. Pieriv y rend hommage à ces chansons qui “vous sauvent la vie dans le noir” et à une certaine Kate que l’on devine sans peine en filigrane. C’est une chanson d’amour, mais surtout de ce qu’il reste quand l’amour ne suffit plus : reconstruire autrement, composer avec la distance, accepter que tout ne soit pas binaire.

Sur le reste de l’album, la santé mentale revient comme un fil rouge. « Another Downer » et « I Must Be Fine » pointent du doigt les faux-semblants et l’injonction à aller bien. « The Fire » hurle l’impuissance devant un monde en flammes tout en rendant hommage à des figures militantes comme Tracy Chapman, Bobby Sands ou Victor Jara, jusqu’à un final habité porté par le saxophone de Patrick Shiroishi (The Armed).

Cuivres, cordes et cris : un disque pensé pour faire mal… et du bien

Si inconsolable cherchait surtout à capter la frénésie du groupe en live, The Scars assume un pas de côté. L’enregistrement, accompagné par Valère Brisard et Youri Benais (prise de son et mix) et Alan Douches (mastering), permet à LUGOSi d’élargir sa palette : cuivres, cordes, claviers et musicien·nes additionnel·les viennent densifier les morceaux sans lisser leur brutalité.

Les chansons ont été pensées comme de vrais objets de studio, avec des couches instrumentales parfois inattendues. Sur « Ghosts of Christmas Past », la rage se frotte à une vulnérabilité presque désarmée autour de l’acceptation de la mortalité. « and Nothing Hurt » raconte l’épuisement et l’absurde, quand tout finit par ressembler à un mauvais rêve qui ne s’arrête pas.

Finalement, « Everything Ends » referme le disque comme un dernier souffle, porté par des cuivres qui épaulent une colère désespérée avant de laisser place à une note plus douce, intime, presque chuchotée. Un générique de fin qui ne promet pas que tout ira mieux, mais qui montre qu’on peut au moins regarder nos cicatrices en face.

Avec The Scars, LUGOSi signe un album dense, cathartique et profondément humain, pensé autant pour te retourner en live que pour te cueillir au casque, tard le soir. À toi maintenant de voir si ces cicatrices-là te parlent.


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