Catherine Ringer s’est tue. La voix démente, théâtrale et libre des Rita Mitsouko est morte à 68 ans, emportée par un cancer foudroyant dans la nuit du 14 septembre 2026. Avec Fred Chichin, elle avait bousculé le rock français, de « Marcia Baïla » à « C’est comme ça », laissant une trace indélébile chez plusieurs générations.

Une icône pop née du décalage

Née le 18 octobre 1957 en banlieue parisienne, Catherine Ringer grandit dans une famille d’artistes. Son père est peintre et ancien déporté juif, sa mère architecte. Très vite, elle refuse les cadres : elle quitte l’école à 15 ans et enchaîne théâtre, danse, cinéma, et même des films porno, un passé qu’elle n’a jamais cherché à effacer.

En 1979, tout bascule. Sur le plateau d’une comédie musicale à Montreuil, elle rencontre le guitariste Fred Chichin. Ensemble, ils inventent les Rita Mitsouko, duo explosif, mélange de rock, funk, punk, ska, rythmes sud-américains et humour décalé. Rien ne ressemble à leur musique, rien ne ressemble à Catherine Ringer.

Les tubes s’enchaînent et marquent les esprits. « Andy », « C’est comme ça », « Les histoires d’amour finissent mal » et surtout « Marcia Baïla », écrit en 1984 en hommage à la danseuse argentine Marcia Moretto, morte d’un cancer. Déjà, la maladie rôde dans leurs chansons, mais sublimée par la danse, la rage et la fête.

Une artiste « inclassable », de la scène aux Victoires

Sur scène, Catherine Ringer transforme chaque titre en performance. Elle fait de sa voix un théâtre, change de personnages, passe du murmure au cri. Cette liberté fascine autant qu’elle dérange. Elle devient l’une des grandes figures du rock français, tout en restant insaisissable.

Le duo atteint son apogée en 1986 avec l’album « The No Comprendo », disque phare de la pop hexagonale. Plus tard, « Variéty », paru en 2007, sera le dernier album des Rita Mitsouko. Quelques mois après sa sortie, la tournée s’interrompt brutalement : Fred Chichin meurt d’un cancer fulgurant à 53 ans.

Dans son hommage, la famille parle aujourd’hui d’une « artiste française majeure », saluant sa « grande liberté » et sa « singularité ». Emmanuel Macron la qualifie, lui, d’« inclassable », « irrévérencieuse » et « profondément française », rappelant combien Catherine Ringer dépassait les cases.

En 2012, elle reçoit le titre d’artiste-interprète féminine de l’année aux Victoires de la musique, reconnaissance tardive mais logique pour une chanteuse qui a toujours préféré créer plutôt que plaire.

Après Fred, continuer à faire vivre les Rita

La mort de Fred Chichin aurait pu tout arrêter. Catherine Ringer tente pourtant de poursuivre seule la tournée des Rita Mitsouko. Elle monte sur scène, affronte le vide, puis finit par céder sous la douleur. Pendant un temps, le silence s’installe.

Le producteur Mark Plati, qui a travaillé avec Lou Reed ou David Bowie, l’encourage alors à revenir à l’écriture. Catherine Ringer se remet au travail, pour se prouver qu’elle peut composer sans Fred. Peu à peu, elle retrouve le chemin des studios, puis celui des salles.

Pourtant, c’est souvent avec le répertoire des Rita Mitsouko qu’elle reprend la route. Sur scène, elle convoque Fred dans l’énergie et dans la chair. L’un de leurs trois enfants, Raoul, prend régulièrement la guitare à ses côtés, prolongeant l’histoire familiale.

En 2019, à la Philharmonie de Paris, elle fête les 40 ans de sa rencontre avec Fred Chichin. Plus récemment, elle se consacre aussi à la poésie, qu’elle déclame en public. Elle confiait aimer « le rythme des mots » et improviser des rimes en plein concert, comme un dernier clin d’œil à cette liberté qui l’aura guidée jusqu’au bout.

Avec la disparition de Catherine Ringer, c’est une certaine idée du rock français qui s’éloigne. Mais dès que résonneront « Marcia Baïla » ou « C’est comme ça », sa voix continuera de brûler dans les enceintes… et dans la mémoire de ceux qui l’ont aimée.


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