Mylène Farmer ressort les armes lourdes. Dans son nouveau single « Des lols et des quoi », elle braque la Bibliothèque nationale de France, vise la langue française et s’attaque frontalement au langage de la Gen Z. Mais derrière les « c’est ouf » et les « chokbar », le message est moins simple qu’il y paraît.

Un casse à la BnF pour sauver les mots

Le clip, dévoilé le vendredi 11 septembre, ouvre sur un régime totalitaire. Les mots ont « été vidés de leur sens » et les bibliothèques sont devenues leurs prisons. Le décor est planté.

On retrouve alors Mylène Farmer en blouson noir, bandana sur le visage, arme en main. Elle mène un casse à la BnF, décidée à voler un mystérieux livre. L’objectif semble clair : sauver la langue et ses mots avant qu’ils ne disparaissent dans le caviardage.

La mise en scène joue à fond l’imaginaire du film de braquage. Pourtant, le véritable but se trouve dans les sous-titres du clip, qui expliquent ce monde où la censure règne. Le geste de Mylène devient alors un acte de résistance, presque politique.

« C’est ouf, askip, chokbar, le seum » : charge ou caricature ?

Au fil du morceau, Mylène Farmer se montre nostalgique. Elle chante : « Dis-moi, où sont passés les mots ? / Ils ont perdu leur charme / Ont déposé les armes ». Le ton est clair : elle regrette un temps où chaque mot pesait.

Elle convoque même Pierre de Ronsard, figure du XVIe siècle, pour illustrer ce déclin : « La langue au plus bas / Des lols sans littérature / Et Ronsard est las, sature ». Et la date de sortie n’est pas choisie au hasard, puisqu’elle tombe le jour de naissance estimé du poète, le 11 septembre.

Mais le clip apporte une autre couche de lecture. À la fin, les censeurs, à genoux, portent l’insigne « BAS » et sont bâillonnés avec des rubans où défilent « banger », « c’est ouf », « trop top », « chokbar », « le seum ». La chanteuse semble décrire un monde saturé de nouveaux mots, comme si ce vocabulaire dénaturait le français.

Pourtant, un détail sème le doute. Le titre « Des lols et des quoi » contient une faute assumée : théoriquement, « LOL » ne prend pas de -s au pluriel. De quoi faire penser à une caricature consciente de ces discours alarmistes sur la langue.

Mylène Farmer, réac… ou plus maligne que ça ?

Certains fans se montrent surpris. Mylène Farmer, connue pour ses doubles sens et ses textes à tiroirs, adopterait-elle soudain une posture « réac » très frontale ? Sur les réseaux, le débat s’est immédiatement lancé.

D’un côté, on peut entendre une vraie inquiétude face à « une langue au plus bas ». De l’autre, plusieurs éléments du clip et des paroles laissent penser qu’elle se moque plutôt des déclinistes. Le contraste entre le style précieux de Ronsard et la notion de « bas » rappelle que le poète lui-même a joué sur ces niveaux de langue.

Dans ses Amours de Cassandre, Ronsard adopte un style « haut », très ornementé. Puis, dans les Amours de Marie, il revendique une langue plus simple, dite « basse », pour toucher à quelque chose de plus vrai. En écho, Mylène Farmer pourrait suggérer que cette langue « au plus bas » n’est pas forcément un drame, mais une autre richesse.

Au final, Mylène Farmer laisse volontairement planer le doute. Faut-il entendre un cri d’alarme ou un clin d’œil ironique ? L’« ange roux » ne tranche pas. Ce flou nourrit l’envie de revoir le clip, de réécouter les paroles, et d’attendre la suite avec « Egrégore », son nouvel album annoncé pour le 30 octobre.


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