Trina Chakrabarti ne tourne plus autour du pot. Avec son nouveau single “Take A Stance”, la chanteuse originaire de Guelph, en Ontario, lâche les métaphores pour un folk protestataire brut, où chaque mot est pensé pour percuter autant que la mélodie.
Un protest song dépouillé, taillé pour les mots
“Take A Stance” est construit comme un manifeste. Pas d’arrangements grandiloquents ni de production surchargée : la voix de Trina Chakrabarti, son ukulélé, quelques choix sonores sobres, et surtout un texte mis en pleine lumière.
Là où son EP “Underworld” explorait les traumas personnels à travers le mythe d’Hadès et Perséphone, cette nouvelle étape tranche net. “Ce morceau n’a aucune métaphore”, explique-t-elle. L’idée : ne plus mettre de distance entre ce qu’elle voit, ce qu’elle vit, et ce qu’elle chante.
Le résultat, c’est un morceau qui ressemble aux protest songs les plus dépouillés : une structure simple, un refrain qui s’imprime et un long final qui tient presque du slogan collectif.


Colère intime, monde en feu
Le point de départ de “Take A Stance” est très concret. Trina Chakrabarti, qui travaille comme musicothérapeute diplômée, écrit la première partie du texte en observant son milieu professionnel se perdre dans le langage “propre” et les formulations policées, pendant que la souffrance humaine qu’on décrit reste bien réelle.
Le deuxième couplet naît d’un autre choc, devant la réaction publique à l’escalade d’un conflit impliquant l’Iran. De là, la chanson s’ouvre sur une réflexion plus large : que signifie se taire, détourner le regard, rester neutre quand les violences s’accumulent ailleurs dans le monde ?
Sur le refrain, elle martèle l’idée d’une responsabilité partagée : “there’s power in the people when we choose to take a stance”. Et dans un long outro, sa voix se fait presque scandée, énumérant des territoires marqués par l’occupation et les violences – de la Palestine au Congo, du Soudan à l’Ukraine, en passant par Hawaiʻi, le Cachemire, l’Iran, le Venezuela, Cuba, Haïti, le Liban, la Syrie ou le Myanmar – avec un même leitmotiv : “free them all”.
Une voix queer, desi et engagée qui assume la vulnérabilité
Chez Trina Chakrabarti, le politique et le personnel sont indissociables. Issue d’une histoire familiale marquée par la colonisation et la partition, elle décrit sa prise de position comme une responsabilité plus que comme un choix. Une partie des revenus de “Take A Stance” sera d’ailleurs reversée directement à la famille d’une amie vivant en Palestine.
Artiste queer, desi et handicapée, formée au Conservatoire royal de musique puis en musicothérapie à Concordia, elle façonne un folk hybride, à la croisée de l’intime et des luttes sociales. Son EP “Underworld”, produit avec Wonder Truly et une communauté de musicien·ne·s rencontrés sur Twitch, posait déjà les bases de cette écriture sans filtre émotionnel.
Sur “Take A Stance”, produite, mixée et masterisée par Ruthie Santiago, Trina Chakrabarti signe peut-être son morceau le plus direct jusqu’ici. Elle prépare déjà la suite avec un prochain single, “Something Like Hope”, annoncé comme la porte d’entrée d’un futur long format. En attendant, “Take A Stance” donne envie de tendre l’oreille… et de se demander, très simplement : où est-ce que, nous aussi, on choisit de prendre position.
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