TUNGL

par Eivor

8.5
sur 10

Quand une chanteuse féroïenne signe chez Nuclear Blast, grosse maison allemande plus habituée au métal, on se demande forcément ce que ça va donner. Tungl, « la lune » en féroïen, est le premier album d’Eivør pour le label. Il est paru le 16 octobre 2026, deux ans après Enn, sorti en 2024 chez Season of Mist, et compte dix titres. Voyons ce que cette lune donne à entendre.

Un rite lancinant

Le premier titre, Og mánin græt (« Et la lune pleura »), s’inspire de la chain dance, cet hymne a cappella médiéval toujours vivant dans la tradition féroïenne, où les danseurs forment un cercle en frappant le sol du pied. La musique y est très lancinante, et la rythmique invite à danser : un rite ? La question se pose.

Là-dessus, la voix s’installe tout au premier plan, très présente, et c’est précisément l’aspect minimal de la musique qui la sublime. Le deuxième titre élargit le décor : un peu plus de distorsion, davantage d’effets dans l’instrumental, et l’arrivée d’instruments à cordes. La base instrumentale devient plus riche, mais la voix ne cède rien de sa place centrale dans le mix, même quand elle se retrouve couverte de réverb, comme sur le pont.

Répéter sans jamais ennuyer

Ce qui reste bluffant chez Eivør, c’est sa capacité à rendre prenante une musique répétitive, et à ne pas ennuyer une seule seconde. Tout tient à la qualité des compositions, qui mettent en avant ses envolées lyriques, avec une constance que l’on retrouve tout au long de sa discographie. Certaines rythmiques et certains effets ont même un côté Depeche Mode.

Entre les morceaux énergiques, des titres comme Hinumegin / The Other Side adoptent une approche beaucoup plus onirique, sans que la puissance émotive ne s’en trouve diminuée : elle passe par le traitement des instruments et par les arrangements vocaux. Sa sœur Elinborg partage d’ailleurs l’affiche de Fangað.

Chamanique, pas encore du Heilung

Si l’on aime cet album, c’est avant tout pour le traitement instrumental qu’il propose. Il y a là un côté très chamanique, même si l’on n’est pas encore sur du Heilung, et un côté très lancinant, très transe, qui court d’un bout à l’autre du disque. L’ensemble pourrait sembler répété, mais dès qu’on se plonge dedans, on y déniche pas mal de micro-détails, des variations légères et subtiles.

Les effets instrumentaux sont très poussés, ce qui apporte une richesse compositionnelle vraiment intéressante tout au long de l’album, et la voix d’Eivør reste mise en avant de bout en bout. Le disque a d’ailleurs été enregistré à l’ancienne, tout le groupe réuni dans une maison louée à Velbastaður, le seul studio des îles Féroé, à Tórshavn, ayant fermé.

Des racines et une lune

Tungl se referme sur Everyone But Me, deuxième titre chanté en anglais, signé en collaboration avec Danny Saul, compositeur avec qui Eivør avait déjà travaillé sur l’album The Last Kingdom: Destiny Is All. Depuis Larva, en 2010, qui l’avait éloignée de son passé folk pour l’électronique, la chanteuse n’a pas coupé le fil avec ses racines, et la chain dance qui ouvre le disque en témoigne.

On retrouve surtout une Eivør dont la qualité ne faiblit pas, voix en avant, et on ne s’en plaint pas. Tungl est disponible en CD, en vinyle et en numérique.

TUNGL

par Eivor

8.5
sur 10

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