Be Not Afraid

par Polyphia

8
sur 10

Polyphia est de retour, et le quatuor texan compte bien nous jouer un très bon tour. Quatre ans après Remember That You Will Die, paru en octobre 2022, Tim Henson et Scott LePage aux guitares, Clay Gober à la basse et Clay Aeschliman à la batterie signent Be Not Afraid, leur cinquième album studio, sorti le 23 octobre 2026 chez Rise Records.

Le groupe s’était taillé une réputation sur une nouvelle approche de la guitare, frottée à des sonorités très pop, parfois à la techno, voire à une techno plus dure, et à un usage très approfondi des synthétiseurs. Cette fois, Polyphia frappe très fort.

Tous les curseurs à 11

Le nouvel album pousse tous les curseurs à 11. La guitare d’abord, utilisée de manière très peu conventionnelle, dans la lignée de ce que le groupe a su démocratiser au fil de ses productions. Les synthés et les samples ensuite, eux aussi poussés au maximum.

Et puis il y a ce socle rythmique : des basses très profondes, des kicks très violents, posés sur des structures chaotiques mais maîtrisées. Le tout donne presque une impression de caricature, et je l’entends ici dans le sens le plus positif du terme : chaque trait est grossi, assumé, jusqu’au bout.

They Know Not What They Do, taillé pour la fosse

À la première écoute, c’est sur They Know Not What They Do que tout ce mélange atteint son climax. Le titre semble entièrement taillé pour le live, prêt à retourner une fosse, et l’on sent qu’il a été composé avec une idée bien précise en tête : faire secouer la tête. Les morceaux qui le précèdent ont un petit côté plus expérimental, avec une vibe un peu plus lisse. Paradoxe, car les expérimentations y vont pourtant plus loin : Polyphia assume d’être un ovni du genre et pousse la guitare dans ses retranchements.

Sur les albums précédents, ces écarts n’étaient qu’une petite touche de style ; ici, c’est presque le jeu traditionnel qui se fait rare, distillé avec parcimonie. Pour composer, Tim Henson a d’ailleurs commencé par chanter ses lignes à voix haute avant de les transposer sur le manche.

N’ayez pas peur, vraiment

Le titre de l’album porte très bien son nom. Faire deux fois le même disque n’a jamais été au programme des Texans, et avec celui-ci, c’est une vérité incontestable. Quelques morceaux, comme Can You Feel It, serviront de très bonnes ancres aux auditeurs perdus qui chercheraient la continuité avec les anciens albums.

Mais la majorité des titres repousse les limites très loin au-delà de celles que le groupe s’était fixées jusque-là en matière d’expérimentation. Polyphia va à l’extrême, à l’outrance, à l’extravagance, et ça marche plutôt bien. Encore faut-il rester accroché : si vous n’avez pas l’oreille avertie, ou si vous comptiez conserver vos acquis, la perte de repères est totale.

Pas pour tout le monde, mais dans la droite ligne de l’histoire

Ce disque plaira peut-être moins aux fans venus du metal. Il risque aussi de laisser sur le carreau ceux qui avaient aimé le côté rigolo des expérimentations, sans être prêts à les voir poussées à ce point. Pour autant, Be Not Afraid est un album abouti, qui s’inscrit dans la logique pure de l’histoire du groupe : repousser toujours plus loin les limites de ses instruments, en les combinant aux technologies synthétiques.

On avance, et ce qui en sort est une musique très puissante, très déstabilisante, très enivrante.

Avancer, encore et toujours

Depuis Muse en 2014, puis Renaissance (2016), New Levels New Devils (2018) et Remember That You Will Die (2022), Polyphia n’a cessé de s’éloigner de ses premières bases metal pour croiser la guitare avec l’électronique et le hip-hop.

Be Not Afraid prend cette trajectoire au pied de la lettre et la pousse jusqu’au bout, quitte à semer une partie du public en route. Ceux qui accepteront de perdre leurs repères y trouveront un groupe qui avance, encore et toujours.

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Be Not Afraid

par Polyphia

8
sur 10

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