Ici Meurt ma Joie

par Les Bâtards du Roi

7.5
sur 10

Trois titres, treize minutes : Ici meurt ma joie est un EP paru le 16 octobre 2026 chez Les Acteurs de l’Ombre, label nantais. Les Bâtards du Roi, groupe orléanais formé en 2022, y font suite à Les Chemins de l’exil (2025) et à un premier album éponyme sorti en 2024 chez L’Ordalie Noire. Le fil est le même depuis le départ : des frères ont commis un régicide, et on les suit dans leur fuite.

UN BLACK METAL QUI VA DROIT AU BUT

Treize minutes pour convaincre, c’est un pari audacieux. Le groupe ne réinvente pas la roue du black metal, mais ce n’est pas le propos : il fait dans l’efficace. La production est très sérieuse, le son moderne et percutant, et pourtant assez “sale” pour rester dans les codes. Les rythmiques, très percussives, ne laissent aucun répit.

On est dedans dès les premières notes, pris dans un tourbillon de trémolos, pris dans une lente expiration, pour ne retrouver de l’oxygène qu’au bout des trois titres. Le morceau-titre ouvre l’EP, Et la nuit s’éternise le prolonge, Où pourrit la lumière le clot.

L’EXIL JUSQU’AU VILLAGE MAUDIT

Direction un village isolé, oublié du monde : la superstition, la décadence et les cultes anciens y règnent, avec un cercle de sorcières aux commandes, dont l’une finit par avoir les frères sous son emprise. Je ne vais pas m’attarder sur le lore des disques précédents : c’est celui de cet EP qui m’intéresse, et la manière dont la musique l’exploite.

Et ça colle totalement à l’esthétique putride et sale du black, sans tomber dans le cliché. On reste sur des thèmes qu’on connaît, ce qui est plutôt réconfortant. Sur « Et la nuit s’éternise », Diffamie, la chanteuse de Galibot, est de la partie pour apporter une fraicheur vocale bienvenue qui enrichit le propos. Quant aux sonorités médiévales, elles suffisamment subtiles pour ne pas tomber dans la parodie. Elles donnent un caractère singulier aux compositions en renforçant au passage l’identité musicale du groupe.

UNE HISTOIRE QUI SE TRANSMET DE DISQUE EN DISQUE

Le vrai coup de force des Bâtards du Roi tient moins à la musique qu’à ce qu’ils racontent. Depuis l’album éponyme de 2024, puis Les Chemins de l’exil en 2025, chaque sortie prolonge la même histoire, née d’un régicide, et ces trois titres la font avancer d’un cran.

C’est un concept assez peu exploité à l’échelle d’une discographie entière, et il apporte un véritable charme supplémentaire. Dans un genre où le vu et revu est omniprésent, c’est une très belle manière de se démarquer : là où la musique ne révolutionne pas le style, l’histoire qui se transmet de projet en projet apporte une dimension et une profondeur toutes nouvelles.

On considère alors l’œuvre au-delà de chaque disque, on l’écoute autrement, dans la durée, un peu comme une bonne série.

TREIZE MINUTES QUI SE RÉÉCOUTENT

L’avantage d’un EP de treize minutes tient en peu de mots : ça s’écoute vite, ça se comprend bien, et ça se réécoute très bien. Ici meurt ma joie ne bouscule pas le black metal et n’en a pas l’ambition, il l’incarne avec efficacité.

L’EP est disponible en CD, en vinyle et en numérique.

Ici Meurt ma Joie

par Les Bâtards du Roi

7.5
sur 10

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