J’ai rencontré au Black Dog Lionel Marquez, bassiste et cofondateur de Exhorted, pour parler de leur premier album Old Bastards Never Die. L’occasion de s’intéresser à ce jeune groupe français qui nous propose un death metal agressif, pêchu, mais plus subtil qu’il n’y paraît au premier abord.

Pozzo Live : Salut Lionel, merci de nous accorder de ton temps. Tu es chaud ?

Lionel Marquez : Écoute c’est la forme. On enchaîne des interviews jusqu’à ce soir, et celui qui se plaindrait à notre place, il n’a pas compris comment ça marchait !

PL : Qu’est-ce qui ne marchait pas dans vos formations respectives, pour que vous formiez Exhorted toi et Yves ?

LM : J’ai joué avec Broken Age pendant 20 ans, et j’avais atteint la fin d’un cycle. On a fait plusieurs albums, pas mal de concerts, mais je me sentais pris dans un carcan trop serré avec ce groupe, je n’arrivais pas à en sortir. Je voulais essayer d’explorer d’autres sonorités, mais le style du groupe était bien en place et il n’y avait d’envie de sortir de ce qu’on maîtrisait bien, sans prendre de risques.

PL : Monter Exhorted, ça a été un retour aux sources ?

LM : Non pas vraiment. Ça s’est fait naturellement. On s’est retrouvés tous les deux, on a constaté qu’on avait la même envie. On ne voulais pas faire juste des morceaux pour se faire plaisir, mais créer un projet vraiment abouti et aller jusqu’au bout. On ne voulait pas revenir à ce qu’on a connu à nos débuts. On voulait vraiment faire quelque chose de tros et sérieux. La composition s’est faite très naturellement finalement, ce qui sortait de la guitare était vraiment ce qui me représentait.

PL : Tu as écrit les parties de guitare et de basse ?

LM : Oui, et Yves a écrit les textes. On a mis le chant en place ensemble sur la base de mes démos, avec une batterie programmée pour voir ce que ça donnait.

PL : C’est Kevin Paradis, le batteur de Benighted, qui a enregistré la batterie ?

LM : Il n’était pas question qu’il nous rejoigne car il est déjà très occupé, tu imagines bien. C’était donc un batteur de session. On a pris le groupe un peu à l’envers : on a d’abord enregistré à deux, puisqu’on avait l’expérience qu’il faut pour, et ensuite on a cherché à le compléter pour la scène. Quand les dates de studio sont tombées, on a dû trouver rapidement quelqu’un qui puisse jouer, car on voulait un son analogique pour l’album. J’avais déjà joué avec Benighted, et je les ai contactés. Je savais qu’ils étaient cool, et Kevin a très vite accroché sur notre musique. Ça a lui apporté un peu de fraîcheur par rapport au style de Benighted, et comme il était disponible avec l’annulation de leur tournée suite au Covid, il a pu plier ça en quinze jours.

PL : Ca a été compliqué de trouver un batteur dans l’esprit que vous recherchiez pour le live ?

LM : On l’a trouvé il y a environ un an. Ça a été un peu compliqué, car Kevin a un sérieux niveau, et on voulait quelqu’un sur Besançon pour que ça soit plus simple de répéter ensemble et faire vivre Exhorted. Au pire on aurait contacté Kevin pour nos lives, mais ça aurait compliqué les choses, et l’idée était vraiment d’intégrer un membre à part entière. On a eu la chance de trouver Edoardo [Panepinto] : il est sicilien et a emménagé il y a un an et demi. On s’est rencontrés via des amis communs, notre son lui a plu, et il se trouve qu’il a le même niveau que Kevin, donc ça a marché !

exhorted old bastards never die
PL : Je suis assez nul en genre. Où est-ce que je vous case : du Death, du Brutal Death, du Grind, du Death Melodique ?

LM : Écoute c’est à toi de me dire, non ? [rires] On a une base de Death, car même si on écoute de tout c’est quand même notre genre de prédilection. J’aime bien Death Melodique, car on a des lignes de mélodie de guitare de temps en temps, pour l’ambiance. Même si c’est pour moi un aspect beaucoup plus marqué dans le “vrai” Death Mélodique. Mais après c’est un peu à l’appréciation de chacun en fait.

PL : Un aspect qui ressort sur l’album, ce sont les changements de rythme brutaux.

LM : Je me mets toujours à la place de l’auditeur quand je compose. Et comme quand je joue, je me pose la question : est-ce qu’on ne commencerait pas à se faire chier, là ? Est-ce qu’ils ne commencent pas à trouver le temps long dans la fosse, là ? Est-ce qu’il faut un gros riff lourd pour que ça bouge un peu ? Est-ce qu’il faudrait plutôt calmer le jeu ? Un riff qui ne me fait pas bouger la tête, déjà, tu oublies.

PL : C’est une musique pour se casser la nuque ?

LM : C’est le but [rires]. C’est une musique pensée pour le live, et pour voir un pitt en transe. Quand je compose, je me dis que si le riff commence à me fatiguer au bout de 7 ou 8 mesures, c’est qu’il va fatiguer les gens aussi. Donc je change. Mon but, c’est que les gens ne se fassent pas chier et les faire voyager un peu dans tous les registres. Je fais assez peu de transitions au final, car j’aime l’effet tranchant, je veux surprendre les gens aussi. Je veux qu’à la fin des morceaux, il se disent : “tiens, là il y a des trucs pas mal quand même”.

PL : Yves a une identité vocale très marquée également. Vous l’avez travaillée spécifiquement ?

LM : Oui, car son groupe dans les années 90 était plutôt un groupe de fusion, donc pas du tout sur le même registre. Il faisait des reprises d’AC/DC ou de Judas Priest, il a carrément changé d’univers. On l’a travaillé ensemble, on ne voulait pas tomber dans n’importe quel extrème. On voulait que les gens qui ne sont pas à fond dans le Death puissent accrocher à la voix, qu’elle ne soit pas trop agressive. On voulait qu’un mec qui écoute du Death de temps en temps soit accroché par notre style.

PL : Tu dirais que votre musique est brutale, ou énergique ?

LM : C’est énergique, avec des parties brutales [rires]. Exhorted n’est pas Danko Jones, on va plus loin ! [rires]

PL : Qu’est-ce que tu cherches à exprimer dans cette brutalité ?

LM : On arrive à jongler dans notre composition, je crois, en des chansons assez agressives et des choses super cool. C’est l’alternance d’ambiances qui m’intéresse, la couleur qu’on lui donne, plus que l’agressivité pure. Je ne voulais pas d’un album avec 9 morceaux rentre-dedans. Le premier, qui est aussi le premier single, l’est, car il faut annoncer la couleur et montrer qu’on va en prendre dans la gueule. Mais ensuite on a sorti Open Your Eyes, qui est agressif mais avec une autre ambiance, une autre couleur. C’est agressif, mais avec des nuances.

PL : Y a-t-il de la place pour la subtilité, dans Exhorted ?

LM : Je pense que le mot-clé, c’est contraste plus que subtilité. Je ne veux pas écouter un album du début à la fin et ne plus me rappeler ce que j’ai écouté, ne pas avoir de chanson qui m’a marqué, un refrain, un break, une mélodie super cool. Je veux proposer aux gens du choix, et qu’ils en retiennent des choses. D’ailleurs, l’ordre des morceaux n’est pas fait au hasard, on a vraiment essayé de proposer un parcours aux auditeurs. Tu en prends plein la gueule au départ avec Help Me, et quand tu finis sur You’re My World, tu sens que tu as fait un petit bout de chemin.

PL : Ce n’est pas un album à écouter en aléatoire sur Spotify alors ?

LM : Non, il faut l’écouter posé, analyser un peu, faire attention aux ambiances.

PL : L’album a été financé par crowdfunding. Vous aviez mis en avant votre volonté d’avoir un produit abouti. Pourquoi avoir mis autant de frais pour un premier album, avoir fait des vinyles par exemple ?

LM : C’était notre choix dès le départ : on le fait à fond, ou on ne le fait pas. On voulait un produit béton, dont on puisse être fiers. Tu peux aimer ou pas les compos, mais on a mis le parquet pour avoir une production impeccable. Les vinyles, c’était pour nous déjà, ça fait plaisir d’avoir l’objet, on a beaucoup d’amis qui en écoutent. Et puis pour les gens : lors de la release party à Besançon, on en a écoulé plein. C’est une super satisfaction. Oui ça coûte cher, mais ça nous regarde au final. L’important, c’est que le public ait en main un produit bien fini, de qualité.

PL : Est-ce que vous avez pu faire tout ce que vous vouliez, ou avez-vous du faire des concessions ?

LM : Non, on a pu n’en faire aucune. On a l’album qu’on voulait, avec un super travail de mixage et de mastering fait Oli Baudoin [Ex- Kataklysm].

PL : Comment s’est faite la rencontre ?

LM : On a la chance d’avoir 20 ans d’expérience derrière nous avant Exhorted, et d’avoir pu faire les enregistrements nous-mêmes. Quand on a eu 3 chansons de prêtes, on les a envoyées à tous les gros producteurs, comme celui de Gojira ou Napalm Death par exemple, et les retours étaient positifs. Au final, on travaillé avec Oli parce qu’il nous a contactés le soir même, et qu’on a été touchés par son enthousiasme. Il s’est vraiment investi pendant un mois dans notre production, on a gardé des contacts avec lui depuis. C’est ça aussi qu’on veut donner comme esprit à notre groupe, celui d’une bande de potes. On est vraiment content du travail qu’il a fait, le son est léché et très travaillé, le mix est équilibré, c’est un album dont on est fiers.

PL : Vous avez hâte de faire du live ?

LM : Oui, on en a très envie ! En ce moment on fait des auditions pour trouver un guitariste permanent, mais on a déjà 3 propositions de concerts pour 2022 suite aux premières chroniques, c’est vraiment positif. Imagine que même la Fnac a fait une critique sur notre album, on n’y croyait pas ! Pour le format, on verra. On a des propositions de dates uniques, des propositions de tournées aussi, mais il faut qu’on voie si c’est tenable, car on a une vie de famille et des boulots à côté. Notre but pour l’instant, c’est d”arriver à faire vivre Exhorted en le finançant, et de le faire connaître.

PL : Quel artiste Pozzo Live devrait interviewer après toi, selon toi ?

LM : Swarmaggedon, un groupe de Death mélodique de par chez nous à Besançon. Ils ont déjà sorti un album et vont en sortir un deuxième dans pas longtemps.

Vous pouvez suivre Exhorted sur leur page Facebook et leur site web.

 

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