Avec 156/Silence, le metalcore n’a rien de confortable. Le groupe de Pittsburgh revient avec From A Distance, son sixième album et premier chez Pure Noise Records, un disque lourd, cinématographique et traversé par le deuil comme par la rage.

Spiritual sequel de leur très remarqué People Watching (2024), ce nouveau chapitre pousse plus loin l’équilibre entre violence, mélodies travaillées et atmosphères angoissantes, taillées pour ceux qui aiment autant les breakdowns que les bandes-son de jeux ou de séries sombres.

Un metalcore qui pense autant qu’il cogne

156/Silence s’est imposé au fil des années comme un groupe à part dans le metalcore, capable de mêler chaos mathcore, gros riffs et réflexion presque sociologique. Sur From A Distance, le quintette continue de creuser ce sillon : la brutalité reste bien présente, mais le décor sonore se fait plus ample, plus ciné, presque oppressant.

Le groupe assume d’ailleurs ses obsessions : on retrouve l’influence des musiques de jeux comme Resident Evil ou Silent Hill, mais aussi l’ombre de séries à l’ambiance lourde façon Twin Peaks ou Severance, dont un sample ouvre l’album. On n’est plus seulement dans le mosh, mais dans un univers complet où chaque son sert l’ambiance.

Depuis les débordements incontrôlables d’Undercover Scumbag (2018) jusqu’aux structures plus techniques d’Irrational Pull (2020) puis aux explorations de Narrative (2022), 156/Silence n’a jamais refait deux fois le même disque. People Watching avait amorcé un virage plus mélodique, avec de vrais refrains chantés. Sur From A Distance, cette formule est clairement assumée et renforcée.

De la perte intime aux obsessions collectives

Impossible de parler de ce nouvel album sans évoquer le choc qui l’a précédé : la disparition en 2025 de Lukas Booker, bassiste de longue date, à qui le groupe rendait déjà hommage sur le single “Our Parting Ways”. Ce deuil plane sur From A Distance, qui sonne plus sombre, mais aussi plus sûr de lui.

Jack Murray, au chant, continue d’écrire des textes très personnels, tout en gardant ce regard froid sur le monde qui entourait déjà People Watching. La nouveauté, c’est le point de vue : là où l’album précédent vivisectait le quotidien à bout portant, From A Distance observe les choses avec un recul glacé.

On y croise le culte des “Proxy Idols” (les célébrités qu’on érige en dieux modernes), la difficulté à garder le cap quand tout s’effondre (“Order & Entropy”), ou encore ces pensées intrusives qui surgissent sans prévenir (“Swept from Under (Call of the Void)”). Le morceau-titre est présenté comme une véritable chanson d’amour, profondément marquée par l’imaginaire de Twin Peaks, preuve que la sensibilité du groupe ne se limite pas aux cris et aux cassures rythmiques.

Un groupe prêt à embarquer encore plus loin

Sur le plan sonore, 156/Silence élargit clairement le spectre. Les fondations restent metalcore, mais le groupe s’autorise tout : passages rock plus directs, nappes synthétiques lourdes, retours éclairs vers un mathcore tranchant. Le tout épaulé par la production massive de Josh Schroeder, déjà à l’œuvre auprès de formations extrêmes, qui donne à chaque couche sonore un vrai poids émotionnel.

Les fans de la scène retrouveront aussi quelques invités de choix, avec des apparitions vocales de Mike Hranica (The Devil Wears Prada), Alex Reade (Make Them Suffer) et Tony Castrati (Crippling Alcoholism), qui viennent ajouter encore plus de relief à un album où rien ne semble laissé au hasard.

Sur scène, le groupe a déjà la réputation d’être une véritable déflagration, construite au fil de tournées avec The Devil Wears Prada, Chiodos, Fit For A King, Counterparts, Silent Planet ou encore The Acacia Strain. Avec From A Distance et ce mélange assumé de lourdeur, de mélodie et de storytelling sombre, 156/Silence se donne surtout les moyens d’embarquer ses auditeurs encore plus loin, sans jamais se laisser enfermer par une étiquette.


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