Ecce Shnak ne signe pas un simple nouveau single : avec “Anna O”, le groupe art-rock new-yorkais transforme un asile en théâtre de résistance, entre grunge abrasif, lyrisme théâtral et réflexion frontale sur le féminisme contemporain. Un morceau qui tape aussi fort dans les oreilles que dans la tête.

Un poème de famille devenu brûlot féministe

Avant d’être une chanson, “Anna O” était un poème. Celui de Robin Kneubuhl, mère du compositeur, bassiste et chanteur baryton d’Ecce Shnak, David Roush. Pour la première fois, il a laissé quelqu’un d’autre écrire les mots du groupe, et ce lâcher-prise donne un texte à la fois intime et violemment politique.

Kneubuhl décrit son poème comme “une lamentation sur les contradictions tragiques de la pensée et de la pratique féministes contemporaines”. Elle en embrasse les idéaux, tout en pointant la façon dont ils peuvent être détournés, parfois au détriment même des femmes. Cette tension nourrit chaque ligne d’“Anna O”.

Côté références, la figure d’Anna mélange la célèbre patiente d’inspiration freudienne Anna O. et la tireuse d’élite Annie Oakley. Une héroïne à la fois objet d’analyse et arme dégainée contre le patriarcat, prise dans les paradoxes mais déterminée à s’en sortir.

Grunge, art-rock et grand théâtre

Musicalement, Ecce Shnak ne retient pas les coups. “Anna O” naît en 2019 d’un instrumental bruyant, sur lequel Roush et le producteur Jeff Lucci posent le poème de Kneubuhl presque par hasard. Le résultat est un morceau où la flamboyance art-rock se frotte à une énergie grunge très physique, avec une vraie sensation de lutte permanente entre sophistication et brutalité.

On retrouve l’ADN du groupe, déjà aperçu sur l’EP “Shadows Grow Fangs” en 2025, mais poussé plus loin : guitares qui grincent, sens du drame, voix qui jouent sur plusieurs registres. Le tout porté par une équipe studio de haut vol : Mario McNulty (David Bowie, Prince, Nine Inch Nails) au mix et Kris Crummett (Sum 41, Dance Gavin Dance) au mastering, pour un son massif mais précis.

“Anna O” est le troisième extrait de l’album “Dandy Variances”, attendu début 2027 chez Records, Man Records. Un aperçu qui laisse entrevoir un disque où art-rock, grunge, ambitions théâtrales et expérimentations devraient se percuter sans filet.

Un clip d’évasion et de vengeance

Pour accompagner le titre, Ecce Shnak dévoile un clip réalisé par DJay Brawner, déjà derrière les vidéos de “Vincent” et “Eddie, Legalistic Homeslice”. On y suit Bella Komodromos, soprano du groupe, dans le rôle d’Anna, internée dans un asile, tour à tour vulnérable, furieuse et déterminée.

Entre murs blancs, regards oppressants et médecins abusifs, la mise en scène joue à fond la carte du malaise, jusqu’au moment où Anna renverse la situation. Elle se rebelle, affronte son docteur et son aide servile, et finit par conquérir sa liberté. L’image fait écho au texte : une femme prisonnière à la fois de ses geôliers et des contradictions du discours qui prétend l’émanciper.

Formé en 2011 au cœur de la scène expérimentale new-yorkaise, Ecce Shnak continue ainsi de creuser un sillon à part, quelque part entre Nirvana, Pixies, Talking Heads et une troupe de théâtre sous acide. Si tu as besoin d’un morceau qui bouscule autant qu’il accroche, “Anna O” est déjà disponible sur les plateformes de streaming et mérite clairement une place dans ta prochaine playlist.


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