Welfare Jazz

par Viagra Boys

8
sur 10

Sur leur second album, les Viagra Boys reviennent bousculer les codes du rock en relatant les intrigues d’un loup solitaire.

Dans un jogging crasseux, Sebastian Murphy exhibe son corps tatoué de la tête jusqu’au pied. Scrutant, derrière ses lunettes de soleil au rabais, un monde en décrépitude.

Peu soucieux de son apparence, il crie ses démences dans un dernier soupir présentant un personnage marginal, symbole de l’esprit régressif mais réjouissant du groupe. Une attitude rappelant les fabuleux Stooges, précurseurs des mouvements punk et grunge mené par l’immense Iggy Pop.

L’influence musicale des mouvements punkpost-punk et new wave sont cruciaux dans la dimension sonore des Viagra Boys. Formant une réactualisation moderne de ses genres, ils s’inscrivent dans une émergence actuelle de groupes comme IdlesShameFontaines DC ou Sleaford Mods

Se distinguant par des paroles avant-gardistes aux instrumentalisations inventives. Leur surface second degré n’enlève néanmoins pas la poésie vibrante de leurs paroles, venant parfaire les exploits du premier album “Street Worms” (2018) et du brillant EP “Common Sense” (2020). Ils provoquent un groove irrésistible, quasi hypnotique, avec l’aide d’un saxophone démentiel qui se retrouve sur ce projet.

Présentation du groupe

Le récit démarre sur le très énervé Ain’t Nice, caractérisant l’esthétique musicale du projet. Les sons électroniques agrémentant la rythmique puissante de batterie et de basse parfaitement réglée.

S’ajoute à ça, le fameux saxophone détraqué lors du climax explosif permettant une présentation brutale et sarcastique de la mentalité du narrateur évoquant un sentiment chaotique.

Un rapide solo de saxophone sur Cold Play vient lier ce morceau au suivant, donnant une homogénéité au projet grâce à ses interludes.

Toad venant véritablement poursuive l’album en caractérisant le narrateur. Rejetant toute implication émotionnelle par peur de s’attacher à quelqu’un, il s’affirme en loup solitaire rebelle, amené à renaitre au fil de l’album.

Néanmoins, le dispositif musical reste semblable : une batterie et une basse au groove inarrêtable d’où les sons de synthés et de saxophone à l’agonie viennent complémenter la voix d’un crooner sous cocaïne.

La cadence du projet s’adoucit avec l’interlude This Old Dog, poème absurde et attachant où le narrateur exprime son appartenance animale confirmée dans Secret Canine Agent. Exprimant, une nouvelle fois, son amour pour les canidés.

Après le chaos musical des premiers morceaux, le narrateur devient lucide sur sa propre condition avec Into the sun. Moment plus calme dans son approche, en accord avec le sentiment introspectif du morceau. Il s’écrie : « What kind of person have I become ? », prenant conscience de ses actions néfastes. La guitare évoquant la douleur nostalgique d’un amour perdu lié à ce sentiment.

Sebastian plonge davantage dans un spleen aux relents de new wave crasseuse lors de Creatures. Sa voix désespérée, entourée de sons jazzy et de groove électroniques, apporte un message universel sur la même thématique dépressive. Le narrateur utilisant le ‘’we’’ (nous) pour nous y impliquer directement :

We are the creatures, we’re underwater
We are the creatures down at the bottom

L’album part ensuite sur un morceau instrumental avec 6 Shooter, où chacun des instruments que l’on avait retrouvé depuis le début se rejoignent dans une danse frénétique à la cadence rythmée marquant le milieu de l’album.

L’univers sonore devient apocalyptique par la suite dans Best show II , ou ce que j’imagine être un présentateur radio, décrit notre narrateur comme un être hors du commun n’appartenant pas à notre monde. Les échos de sa voix se répercutent, revendiquant une nouvelle fois sa condition unique mais solitaire :

He is unique, he is an individual, he is alone

Sur Secret Canine Agent, titre aussi court que fou, il devient une créature ayant perdu la raison, aboyant sur une ligne de basse dynamique dans une anarchie musicale.

De retour sur une rythmique plus simple évoquant une version country du Nightclubbing d’Iggy Pop. Il chante le désir de vivre après être revenu à ses démons avec I Feel Alive. Le refrain devenant une devise qu’il essaye de croire, quoi qu’il arrive, lorsqu’il la chante.

Un bruit de saxophone malade, une batterie dansante, une basse écrasante et se lance le tube de l’album : Girls & Boys. Les sentiments contradictoires du chanteur refont surface dans un moment schizophrénique. Revenant à une colère intérieure s’exprimant au travers d’une mélodie entêtante ou la confusion refait surface.

Les voix s’opposent, l’une est grave et calme : “Boys. Girls. Drugs. Love.”. L’autre, folle et animale, caractérisant ses derniers comme la source de ses problèmes : “They always try to bring me down”. Dont il tire une conclusion désespérée : “One day i will burn it down !”. Cette détresse palpable donne cependant une pulsation vivifiante par l’utilisation terrassante de la ligne de basse.

La température se calme néanmoins avec To the country ou il chante les rêves d’un avenir harmonieux sur une ballade au piano, dont le saxophone et la guitare parsèment une aura désabusée, sa voix paraît apaisé. Dirigeant l’album vers une conclusion nostalgique mais étonnamment rayonnante.

La reprise de John Prime : In Spites of Ourselves, conclut le projet par un hommage au chanteur récemment décédé. Choix étonnant mais cohérent avec le reste de l’album. On retrouve l’esprit de dérision ainsi qu’un style country devenant de la new wave dans sa dernière partie. S’ajoute à cela un duo masculin-féminin aux chants, formant une boucle sur la thématique de rédemption du personnage.

Puisant dans un registre dance punk qu’ils mélangent à de la country. Les grooves de basse venant s’enrayer entre les cris d’un saxophone en free jazz« Welfare Jazz » prouve une nouvelle fois que le rock est bien vivant, peu importe sa forme, se réinventant musicalement pendant les 40 minutes que forme ce second essai réussi.

Confirmant leur statut en prenant l’esthétique garage punk de leur premier projet, ils livrent un rendu encore plus sale, enragé mais aussi touchant. Les Viagra Boys n’ont pas fini d’hurler leurs chansons sur la misère d’être en vie, amenant la rage effrénée de son introduction jusqu’à sa conclusion bien plus apaisée. L’harmonie restant encore intacte au fil des écoutes et de sa frénésie mélancolique, devenant insatiable pour l’auditeur.

Welfare Jazz

par Viagra Boys

8
sur 10

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