Une première journée qui commence fort

Comment réussir à voir plusieurs concerts quand le soleil semble vouloir participer au festival ? Pour ce premier jour de Graspop 2026, la chaleur s’impose rapidement comme l’un des principaux adversaires. À Dessel, les scènes sont nombreuses et l’affiche donne envie de courir partout. Pourtant, après quelques heures, il faut se rendre à l’évidence et choisir ses concerts en acceptant de parfois ralentir. Une hydratation maximale (à base d’eau !) est également très importante.

Les américains de Magnolia Park ouvrent les hostilités du Metal Dome à midi pile. Le démarrage est instantané sans mise en bouche. La tente est déjà correctement remplie pour l’un des trois premier sets d’ouverture du festival. Pogos et wall of death arrivent dès le premier morceau Animals.
Entre deux morceaux une tête de personnage de jeu vidéo, sur l’écran en fond de scène, demande plus « d’énergie » afin de faire monter une jauge. Le public donne bien entendu de la voix pour s’exécuter.
Le groupe revient en demandant des circles pits, puis ensuite du crowd surfing. Tout ceci est bien entendu suivi. Et nous voyons notamment un « jésus raptor » se faire porter par la foule. Nous le reverrons d’ici la fin du festival. Le chanteur Joshua Roberts alterne avec brio entre du chant saturé et du chant clair particulièrement mélodique. Magnolia Park enchaine ses morceaux avec des titres de plus en plus énergiques faisant sauter la foule à chaque fois.

Après Magnolia Park c’est Ankor qui prend la suite sous le Metal Dome. La foule est un peu plus compacte et la température déjà très élevée sous la tente sombre. L’énergie des morceaux tapent directement le public, le groupe donne de sa personne. Les deux gratteux courent dans tous les sens, Jessie la chanteuse danse, chante et fais des allers-retours sur la scène. Des circles pit sont demandés (il n’y a pas que les artistes qui transpirent) et bien suivi. Jessie incorporent de réussis chants criés dans ses morceaux et tient un chant clair très impressionnant. Elle nous confirme qu’il fait très chaud sous la tente, mais cela n’arrête pas la batteuse et les guitaristes qui semblent ne même pas en souffrir.

Retrouvez notre interview de Jessie Williams la chanteuse d’Ankor

Ankor au Graspop 2026

Ankor (© David Johnson)

Un petit tour vers la South Stage nous montre un Danko Jones toujours aussi loquace avec beaucoup de choses à dire, mais surtout beaucoup d’énergie à partager au public. Le set est court, mais le public profite de chaque instant. My Little RnR est définitivement devenu un hit du groupe, qui est joué en clôture de set emmenant tout le public avec lui.

Danko Jones (© Tim Tronckoe)

On se dirige ensuite vers la Jupiler Stage pour découvrir Thrown. Le groupe suédois représente cette nouvelle génération du metalcore qui mise sur l’efficacité. Leur musique possède aussi quelques influences nu metal qui rendent l’ensemble particulièrement accessible.
Sur scène, Thrown chauffe rapidement le public. Cependant, la température est déjà difficile à supporter. Dans ces conditions, rester longtemps devant une scène demande presque autant d’endurance que le concert lui-même.

Thrown (© Eline Dresselaerts)

Retour sur les chaleurs du Metal Dome pour voir les américains de Sleep Theory. Si américains qu’ils ouvrent leur set avec le Party in the USA de Miley Cyrus. Avant Paralyzed le chanteur Cullen Moore demande au public plus de “crowd surfing”, ce qui est exécuté dans l’instant. Gravity est plus doux et permet de reprendre son souffle, avant le retour de l’énergie sur Stuck in My Head où la foule est en folie.
La bonne idée du chanteur sur le hit Static, est d’arriver sur scène avec un pistolet à eau pour rafraichir quelques personnes aux premiers rangs.

Sleep Theory (© Robbe Van Damme)

Une plongée dans le black metal

Quelques minutes plus tard, changement complet d’atmosphère.

Direction la Marquee pour Wolves In The Throne Room. Le contraste est immédiat. Le groupe américain évolue dans un black metal atmosphérique, beaucoup plus immersif. Les compositions prennent leur temps et construisent une ambiance beaucoup plus sombre.
Le concert fait partie de ceux qui marquent le plus cette première journée. L’intensité est différente. Le Graspop 2026 montre déjà l’une de ses grandes forces. En quelques minutes, tu peux passer d’un univers à l’autre sans quitter le même festival.

Wolves In The Throne Room

Wolves In The Throne Room (© Eline Dresselaerts)

En parallèle c’est Wind Rose qui conquiert la North Stage. Les italiens arrivent déguisés sur une scène elle même apprêtée. Un crâne aux longues cornes est installé sur l’estrade à côté de la batterie. La foule saute dans tous les sens, de nombreux slameurs surfent sur la public. De nombreuses pioches gonflables, et quelques haches, sont visibles dans le parterre. Mine Mine Mine! fait sauter la foule de plus belle.
L’univers fantaisiste du “dwarf metal” que propose Wind Rose est bien représenté avec To Erebor ou encore The King Under the Mountain.
Le chanteur Francesco Cavalieri confie qu’après toutes ses années ils n’ont pas créé de costumes version été pour les festivals et retire alors son gros manteau trop chaud pour aujourd’hui. La mythique reprise de Diggy Diggy Hole fonctionne forcément à 100% avec le public venu les voir.

Wind rose

Wind Rose (© Rudy De Doncker)

A Day To Remember, puis Megadeth

À peine le temps de souffler qu’il faut enchainer. À 18h40, A Day To Remember investit la South Stage.

A Day to Remember au Graspop 2026

A Day to Remember (© Rudy De Doncker)

Le groupe américain mélange depuis ses débuts metalcore, punk et rock alternatif. Cette combinaison lui permet de parler à un public particulièrement large. Leur passage s’inscrit donc parfaitement dans cette programmation. Le groupe fait monter une rangée de personnes (probablement des fans) à l’arrière de la scène pour tout le long du set.
The Downfall of Us All met tout le monde d’accord d’emblée, juste avant Right Back at It Again le chanteur Jeremy McKinnon demande des crowd surfing et un jet de confettis lance le morceau. Les pyrotechnies sont de sortie sur Bad Blood et un circle pit est demandé sur le pont de Miracle.
Pour All My Friends c’est le combo, pyro, “pistolet” à tee-shirt pour envoyer du merch dans la foule, et le chanteur demande du “vrai” crowd surfind. Celui est effectué et l’on voit des membres du public surfer la foule debout sur un comparse à eux en guise de planche. Il en sera de même sur All I Want et de longs cotillons éclatent sur la clôture de All Signs Point to Lauderdale.

A Day to Remember

A Day to Remember (© Rudy De Doncker)

Puis vient l’un des rendez-vous très plus attendus de la journée : Megadeth.

À 19h45, Dave Mustaine et sa bande prennent la North Stage. Difficile de ne pas avoir une pensée pour l’histoire du groupe. Depuis les années 1980, Megadeth s’est imposé comme l’un des piliers du thrash metal américain.
Mais en 2026, le contexte est particulier. Le groupe vient de sortir son dix-septième album studio, simplement intitulé Megadeth. Surtout, celui-ci est présenté comme le dernier album studio de la formation. La tournée qui accompagne cette nouvelle période prend donc forcément une dimension particulière.
Voir Megadeth au Graspop 2026 dans ce contexte ajoute quelque chose au concert.

Megadeth (© Robbe Van Damme)

Pendant ce temps sous le Metal Dome les indiens de Bloodywood font déborder la tente. L’ouverture de Dana Dan entraine d’entrée de nombreux mosh pit. Aaj s’illustre par son pont où Karan Katiyar fait un solo de flûte.
Un circle pit sur New Delhi se transforme ensuite en pogos qui ensuite, à la demande du chanteur, deviendra un beau wall of death sur le pont. Un énorme circle pit fera son retour pour Bekhauf. Sur Halla Bol on constate, comme souvent avec Bloodywood, que hormis le batteur tous les membres du groupes se mettent en ligne sur scène de manière égale, tous dans la lumière avec parité. Machi Bhasad (Expect a Riot) conclut le court, mais intense set.

Bloodywood

Bloodywood (© David Johnson)

Pennywise, Within Temptation, Limp Bizkit et Offspring : changement d’époque

À 21h, direction la Jupiler Stage pour Pennywise.

Leur punk californien apporte une nouvelle dose d’énergie. Encore une fois, le changement de style est radical. C’est aussi ce qui rend une journée au Graspop assez particulière. Tu peux commencer avec du metalcore, passer au black metal, retrouver du punk et finir avec du nu metal. Le tout en quelques heures.

Pennywise

Pennywise (© Elsie Roymans)

Dans le même temps, les néerlandais de Within Temptation investissent la South Stage. Sharon den Adel toujours impeccable, de blanc vêtue, avec un masque vénitien qu’elle enlèvera dès We Go to War terminé. Après The Reckoning quelques faibles gouttes de pluie nous donne un léger sursis de la chaleur encre bien présente. La chanteuse néerlandaise profite d’être très proche de sa frontière natale pour s’exprimer avec ses comparses comprenant sa langue, tant pis pour nous. Cela ne nous empêche pas de profiter du toujours aussi bon spectacle que propose le groupe. Stand my Ground le met vraiment en communion avec la foule. Paradise est d’une puissance toujours aussi émouvante et le classique dernier Mother Earth voit des fumées et pyrotechnies habiller la scène.

Within Temptation

Within Temptation (© Tim Tronckoe)

La soirée se poursuit ensuite avec Limp Bizkit.
À 22h35, la North Stage accueille Fred Durst et son groupe. Formé au milieu des années 1990, Limp Bizkit reste indissociable de l’explosion du nu metal à la fin de cette décennie.
Le groupe appartient désormais à une autre époque. Pourtant, son univers reste parfaitement adapté à un grand festival. Les morceaux sont taillés pour le live et cette esthétique continue de parler à plusieurs générations.

Puis vient la clôture de la journée, avec pas moins de nostalgie, The Offspring. Ils ont apportés une invitée très inattendue, la pluie. Celle-ci ayant démarrée légèrement sur la fin de Limp Bizkit va progressivement prendre en intensité devant la bande de Dexter Holland. Cela n’empêche que le set va enchainer les hits et le public va adhérer sans hésitation. Come Out and Play, All I Want, Want You Bad. Certes la pluie fait malheureusement partir petit à petit les moins courageux (ou les moins protégés) mais les restants finissent cette journée dans une euphorie à toute épreuve. Make It All Right a le droit à son lancé de confettis, malgré la pluie battante. Noodles et Dexter font leur enchainement de reprises partielles avec Electric Funeral / Paranoid de Black Sabbath, Crazy Train d’Ozzy Osbourne, In the Hall of the Mountain King. Et même, grande nouveauté, Love Story de Taylor Swift. Une autre pelleté de hits termine un set 100% bonne humeur de Why Don’t You Get a Job? à Self Esteem en passant par The Kids Aren’t Alright.

The Offspring

The Offspring (© Tim Tronckoe)

Une journée à prendre son temps

Cette première journée de Graspop 2026 aura finalement été une histoire de contrastes.

Entre Thrown et Wolves In The Throne Room, l’écart est immense. Entre le thrash de Megadeth et le punk de Pennywise, les univers changent encore. Les univers colorés de Wind Rose ou bien même Bloodywood.
Puis Limp Bizkit ramène tout le monde vers le nu metal avant le punk rock californiens des Offspring.

Et pourtant, tout cohabite.

C’est probablement ce qui fait la force du Graspop. L’affiche ne cherche pas à enfermer le festival dans une seule définition du metal. Elle mélange les générations et les styles. Elle permet aussi de découvrir des groupes que l’on n’aurait peut-être pas forcément vus ailleurs.

Mais cette année, la météo oblige aussi à revoir ses ambitions. Impossible de courir partout sans finir complètement épuisé. Il faut boire, chercher un peu d’ombre et accepter de manquer certaines prestations.

Au-delà des concerts, ce qui frappe dès ce premier jour, c’est l’ambiance. Les festivaliers semblent simplement heureux d’être là. La chaleur fatigue tout le monde, mais elle ne semble pas réussir à gâcher l’envie de profiter.

Après tout, un festival ne consiste pas uniquement à cocher tous les noms de sa programmation. Il s’agit aussi de prendre le temps de regarder autour de soi, de profiter d’un concert et de partager quelques heures avec des milliers de passionnés.

Pour une première journée de Graspop 2026, le programme était déjà bien chargé.

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