Tsar Stangra revient le 1er juillet avec Химните на разрушените светове (Hymns of the Broken Worlds), un album de black metal nourri par l’histoire, la poésie et les rituels de Bulgarie, mais façonné à des milliers de kilomètres de là, au Québec. Un disque de collision culturelle où folklore ancestral, exil et extrême se frottent sans jamais se lisser.

Derrière ce deuxième album, presque dix ans d’écriture et une idée fixe : faire entrer la mémoire bulgare au cœur du metal, non pas comme un décor, mais comme une force vive, parfois brute, parfois mystique.

Black metal, folklore bulgare et choc de continents

Basé à Québec mais tourné vers la Bulgarie, Tsar Stangra a été fondé pour préserver l’histoire, la langue et la mythologie bulgares à travers un black metal habité. Tambura traditionnelle, textes en bulgare, thèmes païens et énergie extrême : tout est pensé pour que les deux mondes coexistent, sans compromis.

Sur Hymns of the Broken Worlds, cette tension est partout. Les structures de la musique folk bulgare croisent un black metal plus occidental, des symboles païens côtoient des sources littéraires chrétiennes, et l’ancienne Europe est relue depuis le froid d’Amérique du Nord. Plutôt que de fondre ces influences, le groupe les laisse s’entrechoquer, comme des plaques tectoniques qui ne cessent de gronder.

On pense parfois à Rotting Christ, Negura Bunget ou Drudkh pour le versant pagan et atmosphérique, mais avec une couleur mélodique propre aux Balkans, cette sensation d’« ancien monde déplacé » qui colle à la peau du projet depuis ses débuts.

Des Thraces aux poètes, un voyage dans la mémoire bulgare

L’album s’ouvre avec « Тракийци – Черни химни за изгубените » (« Thracians – Black Hymns for the Lost Ones »), véritable invocation des ancêtres. Symphonic black metal et mélodies inspirées du folklore y convoquent royaumes oubliés, rituels sacrés et mémoire des Thraces, peuple fondateur dans l’imaginaire bulgare.

Avec « Хан Аспарух » (« Khan Asparuh »), le groupe remonte à 681 et à la naissance du Premier Empire bulgare. Riffs martiaux proches d’un black nordique, passage de tambura et voix parlée : l’histoire prend des allures d’épopée, mais reste solidement enracinée dans la terre bulgare.

Plus intime, « Черна песен » (« Black Song »), inspirée du poète Dimcho Debelyanov, bascule dans un black metal froid, traversé de thèmes de contradiction, de transformation et de tourment spirituel. Peu à peu, le « monde brisé » n’est plus seulement historique ou culturel, il devient intérieur.

« Последният поход » (« The Final March ») referme la première moitié du disque en revisitant la chanson traditionnelle « Назад, назад, моме Калино » à la sauce pagan metal. Court, nerveux et très folk, le morceau agit comme un col symbolique franchi vers une seconde partie plus rituelle.

Exil, rituels païens et langue comme dernier rempart

La face B s’ouvre sur « Тъга за Юг » (« Longing for the South »), inspirée d’un poème de Konstantin Miladinov sur la nostalgie du pays natal. Mélodies bulgares, grecques et balkaniques se mêlent au black païen pour transformer l’exil en mouvement : plutôt que de s’effondrer dans la mélancolie, la chanson fait de la nostalgie une force de survie, comme si l’on portait la Bulgarie en soi malgré l’océan.

Avec « Земни стражи » (« Guardians of the Earth »), Tsar Stangra plonge dans le rituel pur. Le morceau s’articule autour des Kukeri, ces figures masquées du folklore bulgare censées chasser les mauvais esprits. Chœurs cérémoniels, vocalises tribales, chant diphonique, orchestrations et black metal s’y entremêlent pour un résultat plus proche d’une cérémonie que d’un simple titre.

« Завръщането на родния бог » (« The Return of the Native God ») pousse l’intensité encore plus loin, entre invocations à Tangra, répétition incantatoire et montée hypnotique. Le morceau abandonne toute facilité pour se transformer en litanie païenne, probablement l’expression la plus radicale de l’identité bulgare du groupe.

Enfin, « Българският език » (« Bulgarian Language ») referme le disque en revenant à la source : les mots. Inspirée d’un texte d’Ivan Vazov en défense de la langue bulgare, la chanson pose le verbe comme dernier refuge de l’histoire, du mythe et de la mémoire. Après les empires, les dieux, les rituels et l’exil, il reste ce qui permet à tout cela de survivre : une langue qui refuse de se taire.


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