Avant l’annonce de leur tournée française, nous avons eu l’opportunité de rencontrer Lajon Witherspoon, chanteur de Sevendust, avant leur concert en première partie du groupe Alter Bridge au Zénith de Paris. LJ se confie sur l’album One qui sortira quelques mois après, mais aussi sur sa vie familiale et ses souvenirs. L’occasion pour nous de prendre des nouvelles de notre groupe phare déjà interviewé 3 ans auparavant. 

 

Pozzo Live : Merci pour cette interview. C’est un plaisir de te rencontrer en personne.

LJ : Merci, c’est un plaisir d’être ici.

Pozzo Live : Comment vas-tu ?

LJ : Je vais très bien. C’est la dernière étape de la tournée qui a d’ailleurs été incroyable. L’énergie était magique, et j’ai hâte d’y retourner.

Pozzo Live : Nous te rencontrons avant le concert d’Alter Bridge de ce soir, dont tu assureras la première partie avec Sevendust. Quelle est l’ambiance en coulisses, et es-tu heureux d’être de nouveau en tournée avec eux ?

LJ : Oh mon Dieu, alors… Alter Bridge et Sevendust, on se connaît depuis qu’on est gamins, depuis Creed, et on a grandi ensemble. Ce n’est pas comme un concert, c’est plutôt une réunion de famille. Et quand je dis ça, c’est qu’on se rend visite dans la vie de tous les jours chez les uns et les autres, en famille. Après les concerts, on traîne ensemble. C’est vraiment incroyable. L’énergie en coulisses est géniale. Je ne pense pas qu’il y ait eu une seule mauvaise journée.

Parfois, les journées sont un peu plus calmes que d’autres, comme aujourd’hui où on est un peu en retard, mais on va quand même passer un bon moment. Et donc je vais devoir t’expliquer quelque chose. Quand on a un jour de repos, comme demain, on appelle ça le « Roadie Friday ». Tu verras donc probablement beaucoup de membres de l’équipe porter des chemises hawaïennes, parce que ça veut dire qu’ils se préparent à faire la fête !

Pozzo Live : C’est sympa !  Nous sommes ici pour parler de la sortie de votre prochain album. Vous avez déjà sorti un single, « Is This The Real You ? ». Peux-tu nous en parler ?

LJ : Oui. « Is This The Real You ? ». C’était une chanson un peu particulière, peu de chansons voient le jour comme celle-là. On a failli ne pas la mettre sur l’album, et je me souviens l’avoir écoutée avec John, et je me suis dit : « J’aime vraiment cette musique, mais on n’a rien à lui associer. »

Alors, je suis allée en studio, et il m’a demandé : « Comment tu te sens ? » Et j’ai juste répondu en chantant « Could this be something what we’ve got ourselves in? » (« Est-ce que c’est dans ce genre de situation qu’on s’est mis ? » parole qui débute la chanson), et il a dit : « Oh mon Dieu. » De là j’ai fait le gimmick et il a dit : « Stop ! On l’a. » Et puis on s’est arrêtés là, et Elvis, notre producteur a dit : « Oh mon Dieu, c’est génial. ». Je suis très fier de cette chanson. Cette chanson s’adresse, je pense, aux gens dans la vie qui devraient être cohérents dans leur façon d’agir et de te traiter.

Et s’ils changent pour le mieux, c’est bien, mais au bout du compte, ce que tu veux vraiment savoir c’est : « Est-ce que c’est le vrai toi ? Est-ce que tu vas redevenir un connard, ou est-ce que tu vas rester cool à partir de maintenant ? » Tu vois ce que je veux dire ? C’est un peu ce que j’ai écrit. Est-ce que c’est le vrai toi ? Eh bien, ça s’adresse en quelque sorte à tout le monde.

Pozzo Live : Je voulais te poser une question sur le clip. Qui est ce personnage démoniaque ? Est-ce le démon lui-même ?

LJ : C’est une excellente question. Je pense que c’est bien lui. C’est tout à fait lui. Oui, j’en suis convaincu.

Pozzo Live : Peux-tu nous en dire un peu plus sur le clip ?

LJ : Eh bien, le réalisateur est incroyable. En fait, c’est Tim qui a monté cette histoire, et donc, après l’avoir visionnée, on a pu y ajouter nos idées, et ça a fini par vraiment bien marcher. J’adore ça, pouvoir s’ouvrir les uns aux autres. Et beaucoup de gens disent : « C’est de l’IA, c’est de l’IA ! » On s’en fiche ! Je veux dire, je ne savais pas vraiment ça, tu vois, peu importe, mais c’est un clip, et c’est quand même la musique qui est le plus important.

Mais je pense que ça raconte une histoire, et je pense que c’est une bonne histoire, surtout vu la division qui règne aux États-Unis d’Amérique si tu vois ce que je veux dire. Donc, je pense que ça raconte une belle histoire, et j’espère que tout le monde la comprend, pas seulement d’un point de vue politique, mais plutôt dans l’idée de se rassembler et de ne faire qu’un.

Pozzo Live : Peux-tu nous parler du processus créatif qui a présidé à l’album One ?

LJ : Eh bien, j’ai une ferme au Kansas, à environ 30 minutes de chez moi (vu que je roule vite), qui s’étend sur environ 120 hectares. Je n’en exploite qu’une vingtaine, mais ma femme et moi l’avons rénovée. L’énergie qui s’en dégage est magique. C’est sa grand-mère et son compagnon Jo-Ed qui nous l’ont léguée. Il est décédé à 98 ans. Il a passé tout son temps à dormir dans un fauteuil inclinable dans le salon. Ils adorent la musique. C’est juste un endroit où l’on va et où l’on se sent chez soi, nous n’avons pas besoin d’aller ailleurs.

Quand on y est tous ensemble, avec le groupe, j’adore cuisiner, donc je prépare le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner, et puis j’ai un TOC, alors tous les gars se moquent de moi… Parce que si tu laisses une tasse traîner, devine quoi ? Ils me disent : « Hé mec, ne la jette pas, s’il te plaît. Je reviendrai. » Mais j’aime que ce soit propre, donc je passe derrière quand même. Les gars courent, font de l’exercice, puis à midi ou 11 heures, on commence à écrire, et on écrit jusqu’à environ 20h ou 21h, selon comment se passe la journée, et on se sent toujours comblés par l’énergie qui règne dans cette maison aussi, beaucoup de ces chansons ont été écrites à la ferme.

Pozzo Live : Sevendust existe depuis 30 ans maintenant. As-tu remarqué des changements dans votre processus créatif en matière d’écriture de chansons ?

LJ : Oui. J’ai l’impression que nous avons mûri. Nous avons beaucoup grandi. J’ai le sentiment que le processus d’écriture ne se penche plus seulement sur ce qui se passe dans le monde, mais aussi sur nos relations. Il s’intéresse à nos enfants. Ma fille est sur le point d’obtenir son diplôme et d’aller à l’université, et je me dis que c’est effrayant pour moi, parce que j’ai du mal à croire qu’elle soit déjà si grande. C’est une petite jeune femme maintenant, et elle a été acceptée dans plusieurs universités. Elle va aller à KU, donc je suis très fier, mais ça me fait quelque chose. Je pense qu’on est plus inspiré par cela maintenant.

Pozzo Live : C’est adorable, parce qu’à notre dernière interview, tu m’as également parlé du fait qu’elle grandit et que ça te fait quelque chose.

LJ : Ah oui ? *rire* Mon fils lui, heureusement, n’a que huit ans, donc j’ai encore un peu de temps à passer avec lui. Mais oui, la petite, elle prend son envol, et je suis tellement fier d’elle, je veux qu’elle réussisse au mieux, mais je ne veux pas qu’elle parte. Mais au moins, elle va seulement à KU, qui est à environ 35 minutes de la maison, donc je vais pouvoir m’y rendre.

Pour moi, le processus a l’air de devenir plus facile, parce qu’on est vraiment proches d’Elvis aussi, notre producteur, et de son équipe, ce qui est très rassurant. Je n’ai jamais travaillé avec quelqu’un en studio avec qui je me sente aussi à l’aise. Il n’y a pas un seul jour où j’y vais pour chanter et où je suis nerveux, parce qu’il me laisse faire ce que je fais, et c’est pour ça qu’on travaille avec lui, parce qu’il nous connaît en tant que groupe et il nous connaît en tant qu’artistes et musiciens.

Je le considère comme un policier. Il veille sur le groupe tu vois, parce qu’on en a parfois besoin, parce qu’il y en a trop là-dedans, genre, « arrête de t’agiter, laisse-moi faire », donc c’est cool d’avoir Elvis. Le processus maintenant, pour moi, est beaucoup plus facile, j’ai 53 ans, donc je suis le plus jeune du groupe, je pense que le processus, on l’a perfectionné.

Pozzo Live : Peux-tu nous en dire un peu plus sur l’album « ONE » ?

LJ : J’ai l’impression que la boucle est bouclée pour nous. Nous ne faisons plus qu’un maintenant.

J’ai l’impression que nous avons toujours été unis, mais c’est vraiment avec cet album que nous pouvons dire que nous ne faisons plus qu’un. Et j’ai l’impression que le monde a besoin d’être ainsi aussi. J’espère que les gens le comprendront.

Pozzo Live : On est vraiment ravie d’apprendre que vous allez sortir un nouvel album.

LJ : Oh oui, ça va être génial. Et vous allez pouvoir écouter « Is This the Real You » ce soir. On va la jouer en deuxième musique. Je vais m’assurer de vous offrir un super concert ce soir.

Pozzo Live : On a parlé de tes meilleurs souvenirs de scène il y a trois ans. Aujourd’hui, j’aimerais en savoir plus sur l’histoire derrière l’utilisation de « My Ruin » comme bande originale du film Mortal Kombat.

LJ : Oh mon Dieu ! Ça alors,  j’avais complètement oublié cette chanson. C’était incroyable. Ils nous ont simplement demandé d’inclure My Ruin, et bien sûr, on a dit oui. C’est drôle que tu en parles, j’ai un jeu d’arcade chez moi, et pendant la pandémie, les enfants n’avaient vraiment rien à faire, alors je me suis dit : « Vous savez ce qu’on va faire ? On va s’acheter une borne d’arcade. » Du coup, on a Star Wars, la grande version où on s’assoit et on conduit, Golden Tee, Teenage Mutant Ninja Turtles, et puis j’ai un jeu de course, mais j’ai aussi le jeu Mortal Kombat chez moi.

On peut y jouer jusqu’à quatre personnes, maintenant les enfants ne vont plus beaucoup à la salle d’arcade, alors quand je rentre à la maison, je me dis : « Hé, ce sera une soirée jeux d’arcade. ». Parfois, quand je rentre, je l’allume juste, et je vais m’asseoir dans l’autre pièce, et j’entends le jeu. Ca me rend vraiment nostalgique, j’ai l’impression que les enfants aussi adorent ça maintenant, parce qu’ils peuvent inviter leurs amis, et je préfère qu’ils soient là en sécurité plutôt que dehors d’ailleurs. Mais oui, Mortal Kombat, c’est génial. On parle aussi de faire d’autres choses avec des jeux vidéo qui vont bientôt sortir.

Pozzo Live : Est-ce le genre de film que tu aimes en général, Mortal Kombat ?

LJ : Ouais. Tu sais, j’aime les films de combat et tout ça. J’adore les films, point barre. Je suis plutôt du genre à aimer les films d’horreur. J’adore les films d’horreur. Mais Mortal Kombat, c’est cool, j’aime bien, et surtout de pouvoir le regarder avec mon fils et ma fille, c’est génial puisque c’est quelque chose avec lequel j’ai grandi.

Pozzo Live : Tu en as peut-être de nouveaux souvenir à nous partager d’ailleurs ?

LJ : Oui, partout. Dès le début de la tournée, quand on a atterri à Hambourg, en Allemagne, et qu’on a pu aller dans notre chambre d’hôtel pendant une heure, je n’arrivais pas à dormir et on est allés directement en répétition. Depuis, je suis tellement excité pour tous les concerts que j’arrive à peine à dormir parce qu’ils ont tous été incroyables. Comme ce soir, ça va être incroyable aussi, j’en suis sûr. Quelle magnifique salle ! 

On a tellement voyagé, c’est comme si on se réveillait chaque jour dans un endroit différent. Demain, par exemple, on retourne en Allemagne. On a une journée de repos à Munich demain, ça va être sympa.

Pozzo Live : Et ça te plaît ? Parce que voyager, c’est super, mais parfois peut-être que c’est un peu fatigant ? 

LJ : Alors pour cette tournée, il faut deux chauffeurs de bus parce que les trajets sont super longs. C’est fatigant parce que je suis un lève-tôt. Je veux dire, je me réveille assez tôt, alors je me dis : « On est arrivé ? Ah, ouais, on a encore cinq heures de route ». Et j’ai trop hâte d’arriver à chaque fois et ça reste un plaisir parce que j’adore les bus à impériale. Beaucoup de gens doivent se baisser un peu, et vu que je suis un peu plus petit, je me dis que je pourrais courir à travers. 

Pozzo Live : Nous avons deux questions clés à Pozzo Live. La première est : quelle a été ta dernière découverte musicale ?

LJ : Oh wow. Ma dernière découverte musicale ? Eh bien, je dirais ces nouveaux groupes comme Sleep Token. J’ai donné cette réponse aussi l’autre fois ? C’est vrai, je l’ai fait. Mais ça reste une nouveauté pour moi. (rire)

Voyons voir… C’est tellement drôle, ma fille écoute tout ce que j’écoute. Bad Omens !  Nous sommes allés à ce concert avec ma fille et je me suis demandé comment elle connaissait ces musiques. C’était génial de voir qu’elle écoute la même chose que moi.

J’écoute toutes les nouvelles musiques, donc je suis fan de n’importe quel artiste qui essaie de sortir quelque chose. Et je ne pense pas qu’il faille avoir la meilleure voix du monde, tant que l’on a de la conviction et que l’on y croit vraiment.

Pozzo Live : La deuxième question est : quel groupe nous conseillerais-tu d’interviewer après Sevendust ?

LJ : Waouh, c’est une bonne question. Big Wreck. Je te conseille de les écouter.
Ian, le guitariste, a aussi un groupe qui s’appelle Thornley (il s’appelle Ian Thornley), mais Big Wreck est l’un de mes groupes préférés au monde. On a pu participer à la Creed Cruise (Croisière Summer of 99 organisée par le groupe Creed) où ils ont joué avec nous lors de cette dernière édition.

C’était tellement drôle : ma fille n’avait jamais vu le groupe et elle a vraiment adoré, elle voulait leur t-shirt, je l’ai regardé et je me suis dit : « Eh bien, tu ne sais pas que c’est dans ton ADN. J’ai écouté ça tout le temps quand tu étais bébé », et c’est pour ça qu’ils aiment autant ce genre de musique avec mon fils. C’est vraiment cool de les voir apprécier ce que j’apprécie, tu sais, c’est marrant, parfois, ça m’énerve un peu.

Je me dis : « Comment tu connais cette chanson ? Comment tu connais ce groupe ? » Tu sais, l’autre jour, j’ai mis « This Is Our Last Goodbye » de Jeff Buckley en fond sonore, et ma fille m’a dit : « J’adore cette chanson », et je lui ai répondu : « Comment tu la connais ? » C’est vraiment génial de voir ça, tu vois.

Pozzo Live : Quelle est ta chanson préférée d’Alter Bridge pour headbanger ce soir ?

LJ : Écoute, je vais te dire, j’adore toutes leurs chansons ! Mais je m’assure toujours, même si je suis occupé ou en train de faire autre chose, d’aller voir Mark chanter « Burn It Down » devant la scène avec Myles qui joue ce solo à la fin. C’est… attends de voir ça ce soir. Je veux dire, toutes les chansons sont géniales, mais « Burn It Down » est l’une de mes préférées.

Pozzo Live : Tu seras en coulisse ?

LJ : Non, la plupart du temps, comme hier soir, j’étais devant avec la foule. J’adore ça parce que j’aime regarder le concert de cette façon et vraiment vivre l’expérience. Parfois, des gens viennent me dire bonjour. Bien sûr, j’adore ça.

C’est pour ça qu’on est là. Et on passe un bon moment. L’autre soir, je regardais le concert et je me tenais à côté d’un couple qui n’avait aucune idée de qui j’étais. Ils étaient en train de se laisser emporter par une chanson et j’ai juste tapoté le gars, ému, et sa femme a dit : « Ce gars-là, c’est LJ ! » C’était génial. On a donc pu se rencontrer et discuter. C’était vraiment cool.

Pozzo Live : Quelle est la chanson de Sevendust que tu préfères jouer d’ailleurs ?

LJ : Oh, waouh. Je ne sais pas. Pour l’instant, « Is This The Real You » est ma chanson préférée, mais attends de découvrir l’album. J’ai tellement de morceaux préférés que j’ai hâte que tout le monde les entende.

Pozzo Live : Merci beaucoup pour cette interview, et bon concert ! 

LJ : Merci à toi.

Pour lire notre autre interview de Sevendust, c’est par ici, et pour lire la chronique de l’album One c’est par !

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