A l’occasion de la sortie de l’album Darkbloom, nous avons échangé avec Andy le bassiste de We Came As Romans.

Pozzo Live : Bonjour. Comment allez-vous ? Tout le monde va bien ? Vous, le groupe, vos familles ?

Andy : Tout le monde va bien. On vient de terminer une tournée de 74 jours aux États-Unis. Très longue, géniale, mais épuisante.
On prend un peu de temps pour récupérer et se réhabituer à la maison. On prépare aussi deux concerts dans notre ville, dans de petites salles, pour la sortie de l’album. On répète depuis quelques jours, et tout le monde est de bonne humeur, impatient que le disque sorte.

Pozzo Live : Cela fait cinq ans depuis le dernier album. On imagine que la perte de Kyle a été terrible (leur chanteur), et la pandémie n’a rien arrangé. Avez-vous pensé à arrêter le groupe ou à repartir sur autre chose ?

Andy : Quand Kyle est décédé [Ndlr : en 2018], il y a eu énormément de confusion, de douleur, d’émotions impossibles à définir. Il faut du temps avant de pouvoir prendre la moindre décision.
On devait partir en tournée avec Bullet For My Valentine aux États-Unis. Après sa disparition, pendant deux semaines, on ne savait pas si on devait y aller ou non. La plupart d’entre nous ne voulaient pas : on avait besoin de temps pour guérir.

Puis on a eu une discussion avec notre management et notre label. Ils nous ont dit : « Vous avez besoin d’être ensemble. Rester seuls à la maison ne vous aidera pas ». Le thérapeute de notre batteur a dit la même chose. Alors on a décidé de faire cette tournée, qui a duré environ un mois. Ça a été la tournée la plus difficile de notre vie  — mentalement, émotionnellement, physiquement. Mais à la fin, ça nous a prouvé qu’on pouvait continuer.
Qu’on pouvait encore être un groupe, même sans Kyle.
Après ça, tout s’est remis en place : les tournées, puis l’écriture.

Pozzo Live : Avec ce nouveau line‑up et ce nouvel album, avez-vous réussi à faire de la musique comme avant, ou avez-vous dû changer votre manière de composer ?

Andy : Le processus d’écriture pour cet album était très différent du précédent que nous avions fait. Avant, Josh écrivait presque tout, puis chacun ajoutait ses parties. Kyle gérait énormément la production et les voix.
Avec Dave désormais seul au chant, il a fallu repenser toute l’identité du groupe : adapter la musique à sa voix, comprendre ce qui lui convenait le mieux.

Josh écrivait déjà avec Nick Sampson, un ami du Michigan avec qui on avait fait plusieurs titres. J’ai rejoint ces sessions. On a aussi écrit avec Keith (Breaking Benjamin), Cody (Wage War), et d’autres encore. Josh et moi composions, puis Dave arrivait plus tard pour poser les voix.

On a travaillé avec un coach vocal, David Benitez, qui nous a aidés tous les trois — parce qu’on chante et hurle aussi sur le disque. Au total, on a composé environ 48 morceaux . Beaucoup étaient très tristes, parce qu’on était encore en plein deuil. Nos proches nous disaient : « C’est super, mais tellement triste ». On ne voulait pas sortir un album dépressif. On voulait dire : on est toujours là, on avance, on surmonte.

Ensuite, on a confié tout ça au producteur Drew Fulk, qui a repris le rôle que Kyle tenait habituellement. Il a assemblé toutes les pièces et donné vie au disque. Le processus était totalement différent, mais au final, on a trouvé une formule qui fonctionne vraiment pour nous.

Pozzo Live : Black Hole est sorti il y a un an. Que pouvez-vous nous dire sur ce morceau ? Réalisez-vous qu’il vous a apporté énormément de nouveaux auditeurs ?

Andy : Black Hole est le dernier morceau écrit pour l’album . On l’a composé avec KJ et Zach Jones. Josh et moi écrivions le week-end, quand le producteur prenait ses jours off.
On avait une vision du titre, mais on ne savait pas encore comment la concrétiser. Il restait deux jours de studio, et le morceau devait absolument être terminé. À la base, c’était deux chansons différentes, qu’on a fusionnées.

Les producteurs ont proposé des mélodies façon Jacoby Shaddix (Papa Roach) dans les couplets. Quelqu’un a prononcé le mot Gravity, et tout s’est aligné : les paroles, l’idée d’être aspiré dans un trou noir [Black Hole]… Tout s’est imbriqué naturellement.
Au départ, on visait un style Linkin Park / Bring Me The Horizon, puis le morceau a pris une tournure plus radio rock, presque malgré nous.

On parlait depuis longtemps avec Caleb (Beartooth) pour écrire ensemble. Finalement, il nous a dit : « Je veux juste être sur le disque. »
Sa voix a ce double aspect : très heavy quand il le veut, mais aussi très radio-friendly. Ça a apporté un équilibre parfait.

Quand on a envoyé Black Hole à notre management, ils ont enfin lâché : « OK, c’est vraiment énorme ». Ils étaient restés très froids jusque-là pour ne pas qu’on se repose sur nos acquis.

Pozzo Live : Le résultat est un vrai succès. C’est un morceau qui reste dans la tête pendant des jours.

Andy : Merci beaucoup. C’est un titre fun et accrocheur, ça fait plaisir à entendre.

Pozzo Live : Vous avez déjà sorti cinq singles, soit la moitié de l’album. Pensez-vous que les plateformes de streaming poussent les groupes à abandonner le format album ?

Andy : Honnêtement, ça peut aller dans les deux sens. Il y aura toujours des groupes qui sortent des albums, parce que c’est la manière classique de faire, et moi j’adore ça : un album, c’est un univers complet.
Mais aujourd’hui, certains artistes veulent juste sortir un single, collaborer avec quelqu’un, publier une chanson qui n’a pas forcément besoin d’être dans un support album.

Nous, on reste attachés au format album, mais ça pourrait changer. Et puis il y a les contraintes : les vinyles, les retards de production depuis le COVID…
Sortir plusieurs singles permet aux fans de s’habituer, et nous de préparer une sortie complète avec tout le merchandising prêt.

Bref, ça dépend du groupe, de son style, de son public. Et je pense que ça va continuer à évoluer.

Pozzo Live : On imagine que vous avez des projets de tournée après la sortie de l’album. L’Europe est-elle dans les plans ?

Andy : Je n’ai pas le droit de dire quoi que ce soit, sinon je me fais engueuler.
Mais gardez les yeux ouverts : il y aura des dates aux États-Unis et à l’étranger. Une fois l’album sorti, on part en tournée très intensivement.

Pozzo Live : Y a-t-il un endroit où vous n’avez jamais joué et où vous rêveriez d’aller ?

Andy : On a joué presque partout : deux fois en Amérique du Sud, plusieurs fois en Asie du Sud-Est, Philippines, Alaska, 16 tournées européennes, Russie, Ukraine…
Mais jamais en Inde, jamais en Égypte, et jamais à Hawaï. On a joué dans 49 États américains, il ne manque que Hawaï — c’est un énorme objectif pour nous.

Pour l’Inde, c’est personnel : mes parents étaient missionnaires, et j’y ai vécu un an quand j’avais cinq ans. J’aimerais y retourner en adulte, pour jouer ce que j’aime. Parkway Drive y a joué, et ça avait l’air incroyable.

Pozzo Live : Dernière question, quel artiste ou groupe conseilleriez-vous à Pozzo Live d’interviewer ?

Andy : En ce moment j’écoute beaucoup de trucs très heavy : Lorna Shore, Darko…
Mais si je devais choisir quelqu’un : Aesop Rock. Pas A$AP Rocky — Aesop Rock, le rappeur. Il a, je crois, le plus grand vocabulaire de tous les rappeurs. Il est brillant, fascinant, et il donne très peu d’interviews. Je l’ai rencontré deux fois, il est très discret. Je serais le premier à regarder si vous l’interviewez.
Sinon, Maynard de Tool. Un artiste incroyable, dans tellement de domaines.

Merci à Andy pour son temps et merci à Kinda Agency
Interview réalisée en visio le 10 octobre 2022

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